SAINT EDERN |
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« Patron de trois paroisses dans le diocèse de Quimper et de Léon » par Yves-Pascal Castel |
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Saint Edern, un ermite des anciens âges en Armorique, accorde son patronage à trois paroisses éponymes, une en Léon, deux en Cornouaille qui gardent vivante la mémoire de l’irlandais venu les évangéliser dans un passé quelque peu noyé dans les brumes. |
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La Vie de saint EdernLa Vie de saint Edern, non consignée par les hagiographes reconnus, Albert Le Grand et dom Lobineau est absente des livres liturgiques. Ainsi sans remonter très haut dans le passé lointain, l’ « Ordo divini officii » publié par Mgr Sergent, en 1861 tant pour le bréviaire, l’ « office divin », que pour la célébration de la messe ne l’a pas retenu. La très populaire « Buez ar Zent », la Vie des Saints d’Aotrou Madec, répandue dans les familles dans la première moitié du XXième siècle qui magnifie, entre autres Gouesnou, Herlé, Neven et Sané, ne mentionne pas Edern. Le calendrier liturgique relativement récent de 1969 ignore saint Edern.
Il faut attendre la publication du « Propre du diocèse de Quimper et de Léon », édité en 1989, par l’abbé Job Irien, en charge du Minihi Levenez, pour voir enfin conférer à saint Edern la date du 26 août, dans la succession des fêtes religieuses. Edern n’est pourtant pas un inconnu. Joseph Chardronnet dans « Le livre d’or des saints de Bretagne » publié en 1974, le cite, incidemment à propos de son cerf… dans la notice de saint Herbot. Le « Dictionnaire des saints bretons », édition Sand, 1985, lui accorde, en revanche, une notice relativement étoffée. En fait, la connaissance que nous avons de la vie de saint Edern provient de deux sources, un texte en prose, un texte en vers. Le texte en prose a été mis en valeur par le R. P. Dom François Plaine. Sa « Notice sur la vie et le culte de saint Edern », dans « Bulletin de la Société archéologique du Finistère », 1892, t. XIX, p. 200-215. On la trouver sur Internet grâce à la diligence de Yvon Autret qui l’a mise en ligne. Résumons ce que dit le texte en prose. Un certain Raoul de Kerlan, greffier de Landivisiau, chargé en 1776 de dresser l’inventaire des archives patoissiales au presbytère de Plouédern note consciencieusement la présence d’une « copie en parchemin de l’ancienne Vie de saint Edern, natif d’Irlande par laquelle il s’apprend que du temps d’Allain, surnommé Ré-Bras, duc de Bretagne, Edern quitta son pays et vint aborder vers l’an 894, au canton du Juch, d’où il se rendit en une forêst et lieu qu’on appelle Quistinit, à près de trois lieues de Quimper-Corentin , et y fist bastir un hermitage en un coin de la forest, y bastit une petite chapelle, laquelle fust depuis érigée en église paroissiale qui se nomme aujourd’hui Lannédern. ». Cette note Raoul de Kerlan, aujourd’hui disparue est connue par une copie faite par la suite. Les précieux détails donnés sur l’origine du saint issus d’une « Vie » en latin sont complétés et en partie rectifiés par une « gwerz », chant rythmé et rimé qui s’inspire du texte perdu. L’abbé Roudaut, ancien curé de Ploudiry, après l’avoir publiée la communiqua à Dom François Plaine qui en tira l’article de 1892 cité plus haut. Par ailleurs, Anatole Le Braz dit avoir recueilli la « gwerz » auprès d’un informateur de Plouvorn dont il donne une traduction. |
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Avant de poursuivre voici deux des trente-cinq strophes de cette « gwerz ». Le premier couplet tout à fait classique est une invitation à écouter. Selaouit oll compagnonez Selaouit cana ar vuhez, Buez an Aotrou Sant Edern A patron euz a Blouédern. (Ecoutez, tous les compagnons, Ecoutez donc chanter la Vie La vie de Monsieur Saint-Edern, Qui est patron de Plouédern). Le dernier couplet est une invitation à prier. A ni irio Plouiz-Edern ; Pedomp a-unan Sant Edern, En em erbedomp a galon Ouz an hini zo hor patron. (Et nous, les gens de Plouédern, Prions ensemble saint Edern, Recommandons-nous de tout cœur, A celui-là , notre patron). |
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La « gwerz », étirée en longueur, selon la loi du genre, rapporte entre autres l’histoire de la vache, transcrite dans le « Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie », Mars-Avril 1919, P. Peyron et J.-M. Abgrall, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon, Lannédern, p.53-54.
« L’ermite avait une pauvre vache qui s’égarait quelquefois dans les champs d’autrui, et tous de crier qu’elle était voleuse et de faire retomber leur colère sur le Saint. Même le seigneur de Quistinit, château voisin, donna ordre à ses gens de lâcher ses chiens sur la bête, si bien que celle-ci sous leurs morsures terribles, resta comme morte sur place. L’Ermite survient, appelle sa vache et celle-ci obéissant à son ordre, se lève pleine de vie et sort du champ de ce seigneur inhumain. S’il avait été moins cruel et plus clairvoyant, il aurait pu remarquer que partout où l’animal avait passé, le blé poussait en plus grande abondance, pour réparer en admirable mesure ses innocents larcins. « Pour éviter ces molestations, l’anachorète s’avança plus loin dans le pays entre Brasparts et Loqueffret, dans le bois de Coat-ar-Roc’h, non loin du bourg actuel de Lannédern. Là , tout près d’une fontaine, il établit son ermitage et construisit un oratoire à la Sainte Vierge, à l’endroit où se voit maintenant la chapelle Notre-Dame du Bois de la Roche ». Est aussi rapporté un autre épisode de la vie du saint « Il arriva qu’un jour un cerf, poursuivi par un gentilhomme à la chasse, et sur le point d’être forcé par les chiens, vint se réfugier « sous le pan de la robe monastique » du saint, semblant lui demander un asile pour échapper à la mort. L’Ermite lui accorda l’hospitalité, et désormais l’animal ne le quitta plus, allant brouter et pâturer aux environs, dans la journée, et revenant le soir prendre son gîte. » Notre gwerz, strophe 27, garde le souvenir d’un autre détail de la Vie de l’ermite qui montre combien il était éloigné des événements fortuits de ce bas monde. Un jour, vint à passer par le bois de Coat-ar-Roc’h le duc de Bretagne et sa suite une chevauchée qui les mènerait de Cornouaille en Léon. Indifférent au vacarme provoqué par la troupe,plongé dans sa contemplation, Edern ne prêta pas attention à la demande lancée par quelqu’un de l’avant-garde désireux de s’orienter dans la forêt qu’il ne connaissait pas. Le soufflet que le soudard irrité infligea au priant l’ayant ramené à la réalité, celui-ci lui tendit l’autre joue selon le conseil évangélique bien connu. «Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tend lui aussi la gauche. » Mais cela ne supprima pas le châtiment divin, qui frappa la troupe entière d’aveuglement et qui eut bien du mal à parvenir aux limites du Léon. Le duc ayant fait le vœu de bâtir une église au lieu où il recouvrirait la vue, ceci se produisit au lieu qui se nommera plus tard Plouédern. On éleva donc là une église en l’honneur de saint Edern dont les prières pour ses tourmenteurs avaient fini par recevoir l’aval du ciel. |
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| En ce qui concerne la fin de vie de saint Edern, on pourra s’étonner avec Dom Plaine qu’elle ne soit rapportée dans aucun document. L’avant-dernière strophe de la « gwerz » se contente de mentionner son Dies natalis, le jour de sa naissance au ciel, sans en préciser le lieu. : « En septembre, le premier jour,-on y célèbre sa fête- Car c’est ce jour-là qu’il s’alla reposer avec Jésus, dans son Paradis ». Malgré le silence documentaire on est quasiment assuré qu’Edern est mort à Lannédern, qui conserve son tombeau, et de nombreux témoignages de sa présence, triptyque en bas-relief, reliquaires, vitrail, croix de procession, et statues. Saint Edern en honneur de Lannédern : tombeau, triptyque, reliquaires, croix de procession, statue, vitrail, etc. |
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1. Le tombeau de saint Edern à LannédernPour décrire le tombeau de saint Edern, il n’y a quasiment rien à ajouter à ce qu’écrivaient, il y a environ cent ans, les pionniers de la découverte du patrimoine que furent les chanoines Peyron et Abgrall.
« Le tombeau de saint Edern se trouvait autrefois au milieu de la nef (de l’église de Lannédern). Mais comme l’espace était trop étroit pour les fidèles, vers 1860 il a été relégué au bas du collatéral nord, où il est un peu perdu dans l’obscurité. Ce monument est constitué par une table portée sur une arcature à redents qui semble du XIVe siècle, et sur cette table est la statue couchée du Saint, vêtu de la robe et de l’aumusse, les mains jointes et les pieds posés sur le cerf qui est sa caractéristique ordinaire ». (Peyron, Abgrall, « Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie », op. cit. Mars-Avril, 1919, p. 51). Ajoutons que le saint serre sous le coude gauche le livre de prières avec ses fermoirs et que le cerf selon Dom Plaine semble être venu près du tombeau de son maître y expirer « pour témoigner l’attachement inviolable qu’il avait voué à son sauveur ». |
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2. Le triptyque aux six bas-reliefs. Un triptyque polychrome du XVIe siècle, présente six scènes typiques de la vie de saint Edern. Traitée en bas-reliefs et sortie de la main d’un imagier local fort honnête, l’œuvre, naguère accrochée dans l’ossuaire, est désormais plaquée au mur du bas-côté nord. Les six scènes empruntées au légendaire de saint Edern sont bien faites pour frapper l’imagination d’une population rurale. Deux d’entre elles évoquent la vache de l’ermite, deux autres son cerf. Il y a des chevaux, il y a des chiens… On aura plaisir à retrouver des épisodes de la « Vie » évoquée plus haut .1) « L’intercession de saint Edern » (Panneau de gauche, en haut). Saint Edern est en prière près de la fontaine avoisinant l’oratoire qu’il a érigé en l’honneur de Notre-Dame. Derrière lui une femme arrive pour recourir à son intercession. 2) La « vache voleuse » (Panneau de gauche en bas). Pendant que le seigneur de Quistinit, accompagné d’un cavalier lui fait de vifs reproches Edern, se confond en excuses pour la vache venue brouter dans le domaine réservé au maître, tandis qu’un manant s’occupe de la chasser à grands coups de bâtons. 3) « Le hallali des chiens sur la vache voleuse » (Panneau du milieu en haut.). En présence des gens du seigneur, une petite troupe de quatre hommes armés de lances, les chiens s’acharnent sur la vache qui n’en peut mais. Trois roquets la harcèlent, un gros matou, grimpé sur son échine, commence à la dévorer, tandis que au sommet du bas-relief, Edern, qui ne sait autrement se défendre se tient en prière devant son petit oratoire, 4). « L’insulte à l’ermite » (Panneau du milieu, en bas). Ici, surgissent deux cavaliers en fureur, précédés par deux hommes de pied. Si le premier ouvre la marche d’un air indifférent le bâton à l’épaule, le suivant lève un pied menaçant et une main pour souffleter Edern pieusement agenouillé devant son oratoire. 5) « L’accueil du cerf poursuivi par les chasseurs » (Panneau de droite, en haut). Un chasseur accompagné de son chien sonne le hallali, cependant que le cerf court s’agenouiller auprès de l’homme de Dieu toujours plongé dans sa prière pour implorer la protection. 6) « L’étonnement du chasseur » (Panneau de droite, en bas). Un cavalier s’extasie devant le spectacle offert. Le cerf que chevauche l’ermite se tient comme agenouillé devant le chien de chasse miraculeusement tombé en arrêt face à lui. |
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3. Les reliquaires d’argentLe trésor de Lannédern possède des reliquaires d’argent de tailles différentes qui respirent la simple plénitude des beaux objets d’orfèvrerie locale du XVe siècle.
Le grand reliquaire est une longue châsse cantonnée aux angles de contreforts ornés des figurines représentant quatre des apôtres le plus souvent nommés dans les évangiles : Pierre, André, Jean et Jacques. Le couvercle se soulève sur des charnières avec une barrette pour assurer la fermeture. De nombreuses plaques de réparation, certaines en cuivre argenté, témoignent de l’intérêt porté à l’objet au cours du demi millénaire de son existence. Les deux lunettes rectangulaires ouvertes sur la face permettent d’apercevoir les reliques contenues dans un coffret de bois, qui, lui, est bien moins ancien que le reliquaire lui-même. L’orfèvre qui l’a ciselé a marqué son travail de son poinçon les lettres I et E en caractères gothiques. Sans avoir pu déterminer à qui appartiennent ces initiales, on pense qu’il s’agit d’un orfèvre breton, sans doute morlaisien. Un second reliquaire, plus petit, accuse la forme d’un pupitre porté par quatre lions accroupis aux angles. Une lunette ovale ménagée dans le couvercle qui s’ouvre sur charnières permet de voir la relique et de recevoir des baisers selon une coutume ancestrale. Si la lecture du poinçon est correcte, on attribuera la confection de ce petit reliquaire à Yves Ployber, un orfèvre de Morlaix que l’on sait avoir travaillé en 1490 et en 1497. La marque de l’orfèvre s’accompagne d’une marque de Morlaix, une hermine passante, sous le corps de laquelle un M, initiale du nom de la ville.
Ce second reliquaire contient un objet fort curieux a allure d’amulette. Sorte d’anneau épais en onyx percé d’un trou en son centre, cela passe pour avoir appartenu à saint Edern lui-même. Il arrive ainsi que les reliquaires conservent des objets dont l’origine et la fonction demeurent énigmatiques. A propos des reliques de saint Edern, la paroisse de Lannédern, en a cédé quelques portions à Plouédern en 1664. 4. Saint Edern sur la croix de processionLa grande croix de procession de Lannédern, joyau qualifié de croix finistérienne, à cause de son profil de petit calvaire, témoigne elle aussi de l’importance du culte accordé au saint patron de la paroisse. En argent massif, elle porte l’inscription : FET CE IOVR 19 AVRIL 1620. Elle a été ciselée par l’orfèvre morlaisien François Lapous dont le poinçon, lettres F et L séparées par une hermine héraldique, surmontées d’un petit oiseau, rappelle que Lapous veut dire l’oiseau en breton. Voisin de la marque du maître un second poinçon est fait d’une hermine passante avec la lettre M qui est l’initiale de la ville de Morlaix. Une troisième marque fort simple : un H majuscule est celui qu’utilisa la jurande des orfèvres de Morlaix dans les années 1620.
Le maître François Lapous, non seulement orfèvre mais excellent graveur a rivé au revers de la croix une plaque ovale d’argent doré sur laquelle se détachent finement enlevée au burin une image de notre ermite chevauchant le cerf, bâton sous le bras, chapelet en main. La croix qui présente sur le nœud hexagonal à double étage les figurines des douze apôtres reconnaissables à leur attribut personnel, porte les armoiries des Lezormel des Tourelles : « bandé de six pièces d’argent et d’azur ». Leur devise était « Le content est riche ».
5. La statue de saint Edern dans le choeurDans le chœur, angle nord-est se dresse une des plus belles statues que nous ayons de saint Edern. Elle s’abrite dans une grande niche rectangulaire dont la corniche ornée de denticules, avec des montants garnis de chutes de fleurs, flanqués d’ailes à volutes avec des feuilles d’acanthe. Le saint au noble visage tourné vers le fidèle, se drape dans une longue tunique dont les plis couvrent en partie la croupe du cerf. Ie saint tient un grand livre fermé sous le bras droit. La bête qui témoigne du savoir faire animalier du sculpteur, va l’amble, c’est-à -dire levant à la fois alternativement les deux jambes du même côté.
6. Saint Edern dans la maîtresse-vitreLa maîtresse vitre, dite de la Passion, datée 1571 et divisée en douze panneaux, en réserve un, dans la lancette de gauche, à saint Edern. Celui-ci chemine juché sur un grand cerf blanc, tout en égrenant son chapelet. Mais comme il est tourné vers l’extérieur, dans un ensemble dédié à la Passion on est en droit de se demander si nous n’avons pas là un remploi provenant d’une autre fenêtre. On remarque néanmoins la présence de notre saint dans le soufflet de pointe de la même verrière d’axe.
7. Saint Edern au calvaireAux trois-quarts environ de la hauteur du fût du calvaire du cimetière de l’enclos, une console porte un saint Edern juché sur son cerf. L’ermite, le visage enfoncé sous sa capuche, tient le bâton pastoral en main droite et le livre de prière dans l’autre (« Atlas des Croix et calvaires », n° 1084). |
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8. Le lit de l’ermite dans la chapelle désaffectée de Coat-Ar-Roc’hA cinq cents mètres au sud-est du bourg, au bas d’un massif rocheux, la chapelle désaffectée de Coat-ar-Roc’h, qui vers 1957 allait à la ruine, est aujourd’hui transformée en habitation. Originellement dédiée à la Vierge comme la « gwerz » le souligne, et datant du début du XVIe siècle l’édifice passe pour avoir été bâti sur l’emplacement de l’ermitage de saint Edern. A l’intérieur « dans un collatéral séparé de la nef par des colonnes octogonales, une source jaillit d’un rocher émergeant du sol » ( « Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie », op. cit. p. 56). Le lit de l’ermite « entouré de pierres brutes des deux côtés et offrant une pierre taillée pour reposer la tête, passait pour préserver des maux de dos ».
Pour finir avec la présence du saint dans le secteur proche de Lannédern, on signalera la croix de la route qui monte vers Loqueffret. Erigée sur le territoire de cette dernière commune au nord du village nommé Bilirit, c’est un petit calvaire. Daté 1625, l’œuvre sculptée par Roland Doré, porte l’inscription : M : Y : BELERIT . ET . LOVIS . BELERIT . FRAIRES. 1625.
C’est désormais un monument hybride. La statue de saint Edern sur une console accrochée au fût un jour brisée a été restaurée en 1982 par Guy Pavec, sculpteur à Landudec. On en a profité pour demander au sculpteur de tailler une Vierge et un saint Jean perdus depuis des lustres (Atlas n° 1252).
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| Les représentations de saint Edern dans les églises du Finistère Saint Edern, on le sait, est inséparable de son cerf. Vêtu en ermite, il ne faut pas le confondre avec saint Théleau lui aussi monté sur un cerf mais en habits épiscopaux. Théleau, patron de la paroisse de Landeleau, était évêque de Llandaff, dans le pays de Galles.
A Plouédern, le baldaquin des fonts baptismaux, disparu ces dernières années dans un incendie, était entre autres orné d’un Edern au cerf, Certains voient dans l’association de ces saints avec un cerf l’héritage de la religion celte qui tenait la bête en grande vénération. La chute annuelle des bois suivie de repousse passait aux yeux des anciens pour être symbole de lmort et de résurrection. Le cerf , on le sait était associé au culte rendu du dieu Cerninos. Ederrn, tout comme Théleau monte la bête à cru. Nulle part on ne voit trace de harnachement sur l’animal, ni de guides aux mains du cavalier. La prestance du cervidé fournit une belle occasion à qui le sculpte de déployer la ramure d’un dix-cors, la qualification ordinairement donnée au cerf âgé de sept ans. Mais, n’allons pas plus loin. Il ne semble pas que l’on puisse distinguer ce que le langage de la vènerie appelle le dix-cors jeunement qui n’a que six ans, du grand dix cors encore appelé royal, un individu qui a huit ans ou les dépasse. La ramure de la bête est traitée de façon parfois fantaisiste avec des andouillers disposés de façon approximative. Dressons une brève liste des saint Edern au cerf conservés dans les églises du Finistère. Toutes en bois, ces statues ont en général gardé leur polychromie. Dans l’église paroissiale d’Edern, le saint ermite se voit sur la console de gauche dans l’angle du chœur. Il tient ainsi la place honorable accordée au patron des églises selon les critères liturgiques traditionnels. L’homme de Dieu se tourne vers les fidèles comme pour leur faire la lecture de la page du livre tenu grand ouvert en main gauche, alors que sa droite empoigne le bâton du pasteur. Toujours à Edern, dans la chapelle Notre-Dame du Niver la statue de saint Edern sur une console du mur latéral proviendrait, selon le « Nouveau Répertoire », de la chapelle Saint-Jean-Botlan . Quoiqu’il en soit, ici l’artiste dans un travail relativement rudimentaire, le montre droit sur son cerf, indifférent à qui vient lui rendre un culte. L’équipage s’avance sans se préoccuper comme à l’église paroissiale d’enseigner les fidèles. Et pour le bien marquer le livre est tenu fermé dans la main gauche de ce saint Edern. L’église de Plougar, conserve une statue en bois polychrome de notre saint. Son culte s’y est naguère ravivé par la confection d’une bannière. Datée 1937, elle montre d’un côté le saint avec l’inscription PLOUGAR 1937 SAINT EDERN, et de l’autre Jeanne d’Arc, SAINTE JEANNE D’ARC, JHESUS MARIA.
Existe aussi un groupe d’Edern au cerf au château de Brézal, (Plounéventer). Taillé vers 1990 dans le tronc d’un grand cèdre foudroyé par la tempête le saint Edern de Robert Gourlaouen est original. L’artiste a pris le parti d’agenouiller son ermite le visage levé, comme perdu dans la contemplation. A ses côtés agenouillé, lui aussi l’inséparable cerf légendaire. La position des protagonistes, bien particulière, se double d’une seconde curiosité. La ramure du cervidé est empruntée à un véritable animal.
Saint Edern dans les vitraux Edern. La verrière du bras nord du transept, composée par Rault de Rennes datée de 1928, illustre trois épisodes de la vie d’Edern.
1. Le moine irlandais aborde aux rives armoricaines, seul dans sa barque. 2. Suit l’épisode du cerf qui, poursuivi par les chasseurs, vient chercher refuge auprès du saint. 3. La troisième scène qui occupe les deux lancettes voisines illustre un épisode qui ne correspondant pas à la vie de notre Edern est emprunté au cycle de saint Théleau, autre saint au cerf, comme on l’a déjà fait remarquer. Théleau s’était vu proposé par le seigneur du pays la portion de territoire limitée par la course que pourrait faire le cavalier au cerf, entre le coucher et le chant du coq. Sur ces entrefaites, la sœur du saint, prise de pitié pour son frère et craignant que la future paroisse ne fût trop étendue pour lui, fit flamber un brasier au milieu des ténèbres provoquant le cocorico du gallinacé qui, annonçant bien tôt le lever du soleil, arrêta net le chevaucheur du cerf dans sa course. Saint Edern et ses fontaines. On a volontiers fait remarquer qu’en Bretagne, comme sans doute ailleurs, le culte des saints populaires quelque peu ignorés des calendriers officiels se réfugiait au fond des campagnes, dans les chapelles et les fontaines où ils étaient l’objet de pratiques rituelles particulières.
Dans le bassin de la fontaine de Kerdeillou, à Briec, on trempait selon une coutume qui se retrouve en maints endroits, les vêtements des enfants pour les guérir des « rougeurs de peau ». La dalle de schiste voisine du bassin de la fontaine, nommé Gwele-sant-Edern, évoque la couche de saint Edern. Plougar se fournissait d’une eau purificatrice à Feunteun Sant Edern, où il y a une statue de saint François d’Assise. Des lieux-dits qui évoquent saint Edern Au sujet des lieux-dits, relativement nombreux reliés d’une manière ou d’une autre à saint Edern, une remarque préliminaire s’impose L’éminent historien Bernard Tanguy, attaché au C. N. R. S. (E. R.) nous avertit que le fait de trouver Edern en composition dans un nom de lieu ne concerne pas nécessairement le saint lui-même.
Ainsi Kérédern, un quartier de Brest, peut tout simplement faire référence à un personnage nommé Edern. Il en va de même du manoir de Mézédern sur la commune de Plougonven et sans doute d’un certain nombre d’autres lieux-dits du même type. En revanche pour les noms qui peuvent se réclamer de saint Edern, Bernard Tanguy propose de retenir , avec les réserves d’usage, ceux des hameaux, des garennes, des prairies ou d’autres parcelles de terre qui suivent. ConclusionEdern, en bon thaumaturge, était invoqué par les anciens, pour guérir les yeux malades à Lannédern, les « rougeurs de peau » à Briec. Si de telles pratiques rituelles concurrencées par les progrès de la pharmacopée actuelle tendent à s’amenuiser, on ne peut oublier que, enraciné dans le pays, Edern, l’irlandais, fait partie de la cohorte des saints qui ont contribué à diffuser le message évangélique jusqu’aux extrémités de la terre.Yves-Pascal Castel 3-17 avril 2007 |
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