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 PARDON DE ST CORENTIN – 3° DIMANCHE DE L’AVENT – ANNEE C – 12.12.10 Frères et sœurs, à quelques jours de la fête de Noël, nous fêtons le premier évêque de notre diocèse, St Corentin. Et l’évangile de ce dimanche nous invite à nous interroger sur l’idée que nous nous faisons de ce Messie, de ce Sauveur que nous attendons, et que St Corentin a passé sa vie a annoncé en Cornouailles. La question que Jean-Baptiste, elle doit être la nôtre : « Es-tu celui qui doit venir ? » Es-tu vraiment celui qui vient nous sauver, qui vient sauver ce monde ? Quand Jean pose cette question, il est enfermé dans une forteresse du roi Hérode, à Macheronte, au sud-est de Jérusalem, en plein désert. Et lui qui a désigné l’Agneau de Dieu aux foules du Jourdain, le voici maintenant en plein doute. Il attendait, comme ses contemporains, un Messie qui allait délivrer son peuple, qui allait faire régner la justice, un Messie politique, puissant. Il nous l’a dit dimanche dernier. Et voilà que Jésus ne fait rien de tout cela, et qu’il déçoit Jean, son précurseur, qu’il ne correspond pas à l’idée qu’il s’en faisait, à ce que lui, Jean, voulait, qu’il n’a rien apparemment du Messie qui allait tout changer d’un seul coup, dans une espèce d’épuration gigantesque, qui le laisse même croupir en prison alors qu’il avait annoncé à tous que Jésus serait le plus fort et le plus grand... C’est pour cela qu’il envoie des messagers à son cousin pour lui poser la question peut-être la plus essentielle de la vie humaine : le Christ est-il vraiment celui qui donne sens à notre existence ? Peut-on lui faire confiance ? Je crois que parfois, nous sommes exactement dans le même cas que Jean-Baptiste. Osons nous l’avouer : Dieu nous déçoit souvent. Il n’est pas comme nous l’imaginions. Il ne répond pas à nos attentes et à nos désirs. St Corentin, quand il prêche aux païens qui peuple la Cornouailles, rencontre souvent ce problème : les hommes désirent un dieu qui agit visiblement, avec puissance, qui rétablit l’ordre directement… Et nous aussi sans doute, comme Jean-Baptiste, nous aimerions que Dieu ressemble à l’image que nous nous faisons de lui, qu’il fasse nos volontés. Nous voudrions un Dieu qui soit la solution immédiate de tous nos problèmes, qui règle d’un coup de baguette magique toutes les injustices et tous les conflits du monde. Pourquoi Dieu laisse-t-il son précurseur en prison ? Pourquoi ne défend-il pas ses amis, ceux qui travaillent pour lui ? Pourquoi laisse-t-il tant de chrétiens si souvent attaqués, bafoués, emprisonnés, torturés, assassinés ? Pourquoi laisse-t-il tant d’injustice dans ce monde, tant de mal, tant d’innocents sans défense ? Cette terrible question du mal, ce scandale qui empêche tant d’hommes d’aller vers Dieu ! Pourquoi laisse-t-il tant d’hommes l’accuser, pourquoi un tel silence devant les moqueries et les blasphèmes ? Est-il vraiment celui que nous attendons ? Devons-nous continuer à lui faire confiance, alors que parfois rien ne semble bouger, et qu’après Noël, tout sera à nouveau pareil ? Devons-nous attendre quelqu’un d’autre ? Comme Jésus semble parfois décevant ! La réponse du Christ n'est pas vraiment celle qu'attendaient les envoyés de Jean : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et bienheureux qui n'est pas scandalisé par moi ». Jésus leur récite simplement une prophétie d'Isaïe, que nous avons entendu dans la première lecture. Pourtant, il y a un changement : cette prophétie, Jésus se l'applique directement. Que veut-il dire par une telle réponse ? Simplement que ce que nous propose le Christ va au-delà de nos espérances et de nos désirs. Le Messie qui nous vient n’est pas un Dieu qui nous impose la justice par force. C’est un Dieu qui nous propose l’amour. Ce que Jésus annonce par sa réponse, c’est qu’il est la Miséricorde, celui qui pardonne et qui sauve. Le vrai Dieu, celui de Jésus-Christ, ne se manifeste pas par des gestes justiciers ou triomphateurs, mais par des gestes de Sauveur. Et le salut qu’il effectue est un salut en profondeur. Le salut ne se fait pas simplement en éliminant les méchant et en punissant les injustes. Car eux aussi sont aimés - et cela est souvent pour nous un scandale - et eux aussi sont appelés au Salut. Nous, nous voudrions que les pécheurs soient éliminés (et alors nous serions éliminés aussi, car tous, nous sommes pécheurs) ; Jésus, lui, veut que le péché disparaisse, et que les pécheurs soient sauvés ! Et pour cela, il faut un changement en profondeur, dans le cœur même de l’homme. Le mal ne sera pas éliminé parce qu’on aura changé d’un coup de baguette magique les structures extérieures, politiques, économiques ou sociales. Il le sera seulement si le cœur de l’homme change, si celui qui boîte à cause de son péché marche vraiment dans le bien, si celui qui est aveugle sur ses propres fautes voit ce qu’il doit changer, si celui qui est enfermé dans la prison du mal et de l’injustice a le courage et la force de se libérer, et si vraiment l’homme choisit de prendre Jésus comme guide, au lieu d’être scandalisé par lui ou de garder vis-à -vis de lui une distance prudente… C’est donc notre attente, notre désir, notre conception même du Sauveur qui est à convertir, parce que ce que Dieu propose est bien plus grand que ce que nous pensons ou espérons. St Corentin l’avait bien compris : après que St Guénolé et le Roi Gradlon lui aient demandé de prendre en charge le diocèse de Cornouailles, il se retirerait régulièrement dans son ermitage pour prier ; et là , il y découvrait toujours mieux qui est vraiment Jésus, quelle est son action dans le monde, et ce qu’il veut que nous soyons… Et cela lui permettait ensuite de remplir sa charge d’évêque. Mission 2012 nous propose d’ailleurs de le faire aussi. Oui, le Christ change bien tout ! Mais en profondeur, et pas simplement les structures extérieures. Ce qu’il change, c’est le cœur de l’homme, pour que l’homme change ensuite sa façon de vivre. Et si Jésus naît dans une étable et dans la pauvreté à cause du refus des hommes de l’accueillir à l’auberge, c’est pour nous rappeler que ce qui est en question dans le mal qui nous scandalise, c’est notre cœur. Le mal de nos sociétés vient du dedans de nous. Et tant que nous ne voudrons pas convertir nos façons d’être, le monde ne pourra que continuer à être à notre ressemblance... St Corentin n’ a pas prêché autre chose. Et s’il a laissé une telle trace dans la mémoire de notre peuple, à la différence de tant de d’hommes puissants ou influents qui ont dû exister autour de lui et après lui, c’est parce qu’il a transmis le seul message qui change vraiment les choses et qu’il l’a lui-même appliqué dans sa vie : la Bonne Nouvelle de l’Evangile La réponse de Jésus nous renvoie donc à nous-mêmes. Quand nous accusons Dieu de ne pas éliminer le mal du monde, demandons-nous ce que nous faisons nous-mêmes pour convertir, ce que nous faisons pour mettre réellement, concrètement, un peu plus de bien en nous et autour de nous. Dieu n’est pas là pour faire à la place de l’homme ce que ses égoïsmes refusent de faire. Il ne fera rien sans respecter la liberté des hommes. Le vrai signe que le Messie est là , que son salut a commencé, c’est quand l’amour règne dans les cœurs : amour de nos frères, et même de nos frères ennemis. Nous ne devons pas attendre d’autre signe. Et Jean-Baptiste a dû le comprendre dans son cachot de Macheronte. Nous n’avons pas à rêver d’autres conditions de vie pour appliquer le Royaume de Dieu. C’est maintenant qu’il commence, là où nous sommes, et comme nous le sommes. C’est maintenant que nous pouvons l’accueillir, si nous le voulons. Il est vrai que cela demande de la patience et de la persévérance. Les deux lectures de ce dimanche nous y invitent fortement d’ailleurs. Isaïe : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s'affolent : Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu... Il vient lui-même et va vous sauver. » et St Jacques : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il attend les produits précieux de la terre avec patience, jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes. Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns des autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d'endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. » Et aujourd’hui, nous pouvons aussi prendre comme modèle St Corentin, que Dieu aussi nous a donné en exemple. C’est là l’intérêt de le fêter ; sinon, ce pardon ne serait que du folklore. Frères et sœurs, il nous reste un peu de temps pour préparer Noël. Ne nous laissons pas accaparer par la seule préparation matérielle. Tâchons de trouver le temps suffisant pour réfléchir à ce que va se passer. Le 24 décembre, ce n’est pas seulement un jour où l’on ne s’occupe que du réveillon, de l’arbre de Noël et des cadeaux. Tâchons de préserver un peu de temps, même ce jour-là , pour réfléchir et méditer sur l’idée que nous nous faisons du Messie, pour nous poser la question : est-ce bien lui que j’attends ? Et pour purifier notre réponse, si besoin est. Ce que nous recevrons sera exactement proportionnel à ce que nous attendons. En ces derniers jours d’Avent, soyons des hommes et des femmes de désir, mais du désir du véritable Salut de Dieu. Que St Corentin, par sa prière et l’exemple de sa vie, nous y aide. Amen. + Mgr Le Vert |