Le 1er novembre prochain, nous célèbrerons la Toussaint. Mais que savons-nous vraiment de cette fête chrétienne? Pour nous, Michel Scouarnec, théologien finistérien, revient en quelques mots-clefs sur les origines et la signification de cette fête.
LA SAINTETÉ ET LE SACRÉ:
La notion de "sacré", que l'on retrouve dans toutes les religions, place à part des personnes ou des objets, des lieux ou des actions en leur attribuant des qualités ou des sens différents de ceux qu'ils auraient dans une vie toute profane. Historiquement, sociologiquement, sont systématiquement liées à cette vision du sacré d'autres notions : celles de la magie, du tabou. Le "sacré" risque d'entraîner à une ségrégation : entre le sacré et le profane, le pur et l'impur...
Il n'en est pas de même en ce qui concerne la notion de sainteté telle qu'elle apparaît dans la Bible. Le mot "saint" peut s'y définir par rapport à son contraire : l'absence de mal, de péché. Une réalité apparaît alors clairement : Dieu seul est saint, parce que totalement et uniquement bien-disant (bénédiction), bienfaisant (création et salut), bienveillant (pardon et offrande d'une renaissance)...
"TOUS LES CHRÉTIENS SONT APPELÉS A LA SAINTETÉ":
Il s'agit bien là d'un enseignement de notre religion. Citons le Lumen Gentium, du concile Vatican II, il est des plus éclairants sur cette vocation universelle à la sainteté dans l'Église : "Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus a prêché à tous et à chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l'initiateur et le consommateur... à tous il a envoyé son Esprit pour les mouvoir de l'intérieur à aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme..., et aussi à s'aimer mutuellement comme le Christ les a aimés. Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants à la nature divine et, par la même, réellement saints. Cette sanctification qu'ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l'achever par leur vie."
Il est intéressant de retenir de cet extrait que la sainteté est ici perçue comme une grâce, un don gratuit de Dieu, et non pas comme un bien devant seulement se gagner ou une simple récompense.
LA COMMUNION DES SAINTS:
C'est un élément essentiel de notre Credo. Il concerne tout aussi bien la communion avec Dieu que la communion avec les autres croyants ou la communion entre les saints du ciel et de la terre (lorsque saint Paul parle des chrétiens, de tous ceux qui sont rentrés dans la communion de l'Église, il dit les "saints").
Il est un écrit magnifique de Bernard Sesboué à ce sujet : "La communion des saints est la communion de foi et d'amour entre les croyants. Cette communion entraîne entre eux une solidarité qui leur permet de partager mutuellement tout ce qu'ils font de bien en vertu de la grâce du Christ. Chacun contribue au bien de tous. C'est pourquoi ils doivent prier les uns pour les autres. Il s'agissait au départ de la communion des croyants vivant sur terre dans l'Église. Plus tard, la communion des saints caractérisera la communion entre les croyants d'ici-bas et les saints du ciel, les uns demeurant solidaires des autres."
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FETE UNIVERSELLE:
À l'origine, la "canonisation" avait un aspect communautaire et local, puis les "martyrologes" sont progressivement passés sous le contrôle hiérarchique des évêques. À partir des Xe et XIe siècles, des confirmations romaines sont apparues. Plus tard, les conditions de canonisation, les enquêtes nécessaires à de telles proclamations de sainteté sont passées sous le contrôle de Rome.
Les saints n'en sont pas moins demeurés proches des gens : parce que les exemples de vie que nous donne l'Église sont devenus de plus en plus variés, de telle sorte que chacun, selon son état de vie, sa sensibilité, peut se retrouver dans ces visages de sainteté.
Ils se font plus proches, aussi, lorsque le Vatican décide, comme cela est le cas depuis 2007, de procéder à des cérémonies de béatification dans les diocèses même où ces nouvelles figures de sainteté sont décédées .
Mais au-delà de tous ces saints et bienheureux nommément reconnus, il ne faut pas non plus oublier que l'Église célèbre en ce 1er novembre une foule innombrable de saints anonymes, de tous les temps, de toutes nations, de toutes origines. Parmi ces saints du ciel, il en est que nous avons connus. Tous ont vécu une vie semblable à la nôtre. Ils nous ont précédés et nous invitent à les rejoindre un jour... L'évangile des Béatitudes nous indiquent la route qu'ils ont suivie.

















