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VI° DIMANCHE ORDINAIRE - Visite pastorale Quimper |
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| Le 13 février 2011
Frères et sœurs, en ce dimanche nous continuons la méditation du Sermon sur la Montagne, le chapitre 5 de l'évangile de St Matthieu, qui a débuté il y a quinze jours avec les Béatitudes. Le Christ nous rappelait que nous sommes faits pour le bonheur, et donnait les attitudes véritables pour l’atteindre. Puis la semaine dernière, Jésus nous disait que, si nous suivions les Béatitudes, nous serions le sel de la terre et la lumière du monde. Et voila qu’en ce dimanche et dans celui de la semaine prochaine, le Christ développe son message en nous donnant des balises sûres pour atteindre ce bonheur dont il a fait le fondement de son enseignement. C’est un magnifique enseignement moral, mais qui, avouons-le, peut nous mettre mal à l’aise, car nous en sentons bien l’exigence. Pour bien le comprendre, reprenons les situations évoquées par les trois textes bibliques de ce dimanche. La première se situe près de deux siècles avant Jésus Christ. Un sage de Jérusalem, Ben Sirac, est inquiet de voir ses contemporains, surtout les jeunes, s'enticher des nouvelles idées venues de Grèce où fleurissent les religions, sagesses et sectes païennes. La conséquence est que les commandements de Dieu sont de plus en plus négligés. Ben Sirac va réagir en publiant un texte de foi et d'expérience, pour montrer combien la sagesse biblique est supérieure à toutes les soi-disant sagesses à la mode. Paul, un demi-siècle après Jésus, est bien conscient que les jeunes communautés chrétiennes sont confrontées aux cultes païens, au supermarché des sectes et aux sagesses venues d'Orient, mais aussi à des tensions intérieures. Une partie des baptisés vient du judaïsme et une autre partie des religions païennes et des philosophies laïques. Cela provoque des discussions intellectuelles sans fin, au risque d'en oublier le trésor de sagesse qu'est l'Evangile. Paul les exhorte alors à revenir à la richesse de la sagesse évangélique et à en vivre. Matthieu, lui aussi, est confronté à des communautés où des juifs convertis, majoritaires, veulent imposer les traditions de leur enfance aux baptisés venus du paganisme et qui sont minoritaires. Pour les premiers, il s'agit de respecter à la lettre toutes les prescriptions de la loi de Moïse, de la manière qui leur a été enseignée par les scribes et les pharisiens, qui avaient fait de la loi un code figé, où il fallait tout respecter à la lettre, oubliant l’esprit dans lequel il avait été donné. Dans les trois cas, il s'agit, pour le prophète, l’évangéliste et l’apôtre, d'en revenir aux sources de la loi, et plus précisément à l'esprit et donc à l'intention de celui qui a inspiré les dix commandements. Frères et sœurs, n’y a-t-il pas une ressemblance frappante avec ce que nous vivons aujourd’hui ? Nous, chrétiens, sommes soumis à de multiples influences, au supermarché des religions, des philosophies… Nous connaissons la pression de l’opinion publique, du prêt-à -penser, des médias, des modes… De tous temps, on a tenté d’amoindrir l'évangile, pour justifier par toutes sortes d'excuses les conduites les plus destructrices de l'humanité. Tout le monde connaît des formules assez faciles, comme : « Tout le monde le fait... Au moins, je ne suis pas hypocrite... Tout ça ne regarde que moi… Il ne faut pas juger et être tolérant… » ; formules qui peuvent porter à tout relativiser, à amoindrir et finalement à tout admettre. Nous savons que c’est un des dangers qui guettent notre foi. Alors il est bon que nous soit rappelée régulièrement, avec force et netteté, l’exigence de l’Evangile. Et aujourd’hui, l’enseignement du Christ est pratique, concret, et il parle de notre vie affective et de nos conversations de tous les jours. Et avec une autorité inhabituelle, Jésus l'expose en quatre exemples, où il nous demande de dépasser ce qui semble naturel ou normal pour arriver à la justice désirée par Dieu pour chacun d’entre nous. Il vous a été dit : pas de meurtre ; moi je vous dis : même pas de colère ni d'injure. Il vous a été dit : pas d'adultère ; moi je vous dis : même pas un regard de convoitise. Il vous a été dit : il est possible de répudier une épouse, de divorcer dans certaines conditions ; moi je vous dis : aucune répudiation, aucun divorce. Il vous a été dit : pas de faux serments ; moi je vous dis : pas de serments du tout. L’expression « Il vous a été dit » était chez les Juifs la formule habituelle pour désigner Dieu. Car en fait, c'est bien Dieu qui avait donné cette loi à Moïse et au peuple hébreu. Et précisément, Jésus seul pouvait se permettre de préciser le texte sacré, parce qu'il est le Fils de Dieu. C’est pour cela qu’il peut dire : « moi, je vous dis ». Et il le fait avec une radicalité dont nous n'avons plus guère l'habitude ni le goût. En faisant cela, le Christ combat deux attitudes. D’abord le libéralisme moral, qui voudrait que tout soit permis, que l'on puisse faire tout ce que l'on veut, ce qui nous plaît… Et ensuite le légalisme moral, qui consiste à tout figer, à ne pas s'attacher qu'à la lettre de la loi, sans y mettre l’amour, le réduire à un code en ne se rendant plus compte que c’est un chemin de bonheur. Car c'est bien de la fidélité intérieure dont il est question ici dans les trois domaines dont parle Jésus. Il ne s'agit pas seulement de surveiller nos actes, mais aussi nos cœurs : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non ». C'est pour cela que Jésus prend l'exemple de l'œil et de la main qu'il faut enlever ; chez les juifs, on considérait l'œil comme ce qui manifeste le désir du cœur, et la main comme le passage à l'acte. Jésus ne demande pas que, physiquement, nous les arrachions de notre corps. Il demande qu'il y ait cette coupure radicale avec le péché, au point de supprimer en nous, non seulement les actes, mais même les mauvaises intentions. En fait, c'est une loi de liberté que Jésus nous présente : quand l'obligation morale ne porte que sur les actes seuls, je suis dans une situation d'esclave. Mais quand c'est au niveau même de mon intention, de mon cœur, guidé par l’amour même de Dieu et des autres que je décide de faire telle ou telle chose, alors je suis libre, je suis dans la situation du fils. La liberté, ce n’est pas le caprice qui se croit libre en faisant ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. La liberté, ce n’est pas seulement non plus un choix entre deux voies ou entre deux choses. Etre libre, c’est ne pas être esclave de nos désirs, de la mode, du regard des autres, de l'opinion, etc. Est vraiment libre celui qui, par lui-même, choisit le bien, uniquement parce que c'est un bien pour lui et pour les autres, sans recevoir des influences de ses peurs ou de ses caprices, mais en se fixant sur ce que Dieu peut lui indiquer avec sûreté. C’est cela que le Christ nous propose en suivant l’Evangile. Sommes-nous prêts à accepter cet appel du Christ dans notre vie ? Aujourd’hui, nous entendons chaque jour des demandes de moralisation dans la vie politique, les marchés financiers, notre rapport à l’environnement... Nous entendons la nécessité de revenir à des valeurs. Mais remettre de l’éthique dans les marchés financiers, dans la vie politique, dans des comportements globaux de l’humanité ne peut se faire que si nous en mettons d’abord dans nos vies personnelles. Car au nom de quoi pourrait-on exiger que les politiques respectent le bien commun, que les marchés ne trichent pas, ne volent pas, respectent l’homme, etc., si chaque individu n’en vit pas déjà dans sa propre vie ? Une telle exigence, qui en fin de compte ne serait désirée que pour notre bien-être et notre sécurité, serait elle-même immorale, si nous-mêmes ne la mettions pas en place dans notre propre vie. Alors c'est vrai, nous sommes loin ici de ce que pense le monde en général. Cet évangile, on pourrait le transcrire ainsi de nos jours. Vous avez entendu la société ou le monde vous dire : « si tu veux être heureux, fais ce qu'il te plaît et n'écoute pas les vieux interdits ; si tu veux survivre, ne fais pas de cadeaux, sois aussi dur et violent que les autres ; si tu ne veux pas te faire avoir, n'hésite pas à mentir et à tricher… » ; eh bien le Christ, lui, nous dit : « je t'offre une loi d'amour ; ais un comportement digne de la grandeur de ta vocation ; sois parfait comme ton Père du ciel est parfait ». Oui, c'est vrai, le langage du Christ ne peut être rabaissé à une logique humaine. St Paul nous l'a dit d'ailleurs dans la seconde lecture : « C'est bien une sagesse que nous proclamons, mais ce n'est pas la sagesse de ce monde, de ceux qui dominent ce monde et qui se détruisent... Nous proclamons ce que personne n'a jamais vu, n'a jamais entendu, ni même imaginé ». Jésus nous propose de dépasser ce qui est normalement prôné partout. Voulons-nous essayer, en croyant à priori que c'est possible ? Nous serons toujours tentés de croire qu'il y a un risque à suivre ce que nous dit le Christ. Pourtant, c'est bien en suivant cette loi d'amour qu'il est venu accomplir que nous pourrons arrêter la réaction en chaîne du mal et de la violence. Alors, entendons le Seigneur nous dire avec Ben Sirac : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle ». Et écoutons ce même Dieu nous supplier de le suivre. Amen. |
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Mgr Le Vert |
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