ORDINATION DIACONALE DE JEAN-YVES LESCOP ET DE JEAN-LUC VOIRIN – LAMBEZELLEC


Le 27 février 2011

Frères et sœurs, vous êtes venus entourer de votre amitié Jean-Luc et Jean-Yves, pour bien des raisons différentes, dans ce moment important de leur existence. Et je suis sûr qu’ils sont, tout comme moi, heureux de votre présence. Mais la majorité d'entre nous n’a peut-être pas l’habitude de participer à une célébration comme celle-ci, et elle peut susciter quelques questions. Aussi est-il sans doute nécessaire de nous redire ce qu’est un diacre.

Le diacre est ordonné, « non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service » (LG 29). Le diacre n’est pas un prêtre de deuxième catégorie, qui pourrait tout faire, sauf dire la messe et confesser. Le diacre n'est pas non plus un suppléant du prêtre, qui le remplacerait parce que nous en avons moins. La vocation du diacre est différente et originale. Il est le signe sacramentel du Christ-Serviteur. Certes, tous les baptisés sont appelés à servir. Mais le diacre rappelle à toute l'Eglise qu'elle est constituée de serviteurs. Car Celui qui a fondé l’Eglise, le Christ Jésus, s’est fait Serviteur de tous, jusqu’à prendre la dernière place, jusqu’à donner totalement sa vie pour nous. Se dire chrétiens, c’est se dire du Christ, et donc le suivre sur le même chemin. Et le Christ n'a pas été serviteur de l'homme pour simplement améliorer ses conditions de vie. Il a été serviteur de tout l'homme, de son humanité, de sa vie. Pour le diacre, il ne s'agit donc pas de servir ses frères et sÅ“urs en se préoccupant uniquement de la manière dont ils vivent. Il s'agit de servir leur vie en elle-même, c'est-à-dire de lui donner un sens, de la rendre pleinement humaine et digne de l'homme.

Nous connaissons bien ce qui menace aujourd’hui l’existence des hommes : la misère, la famine, les maladies, les guerres, le chômage, les divisions, les échecs... Tous les hommes, de façons diverses, cherchent à se sauver au milieu de ces périls. Ils se tournent de tous côtés. Mais trouvent-ils de vraies réponses, des réponses durables ? La promesse de l’Evangile que proclame l’Église et que vivent les chrétiens, n’est pas une voie ou une solution humaine de plus, une parmi d’autres. Nous avons la conviction que c’est la seule qui soit à la hauteur de l’homme, parce qu’elle est la promesse de Dieu lui-même, d’un Dieu qui s’est engagé envers l’humanité dès la création, au point de devenir homme comme nous, en naissant parmi nous et en mourant pour nous. Et c’est pour cela que nous, chrétiens, nous croyons que le sens plénier et le vrai bonheur de l'homme se trouvent en Jésus-Christ, et que ses paroles ne sont pas un simple discours.

Frères et sœurs, si nous ordonnons des diacres, ce n’est donc pas pour améliorer le confort de nos communautés chrétiennes, ni pour promouvoir des personnes particulières, ou pour honorer telle ou telle catégorie sociale de notre société. C’est bien pour l’annonce de l’Evangile au milieu des hommes. Car le premier service à rendre à chaque homme, c’est de lui faire connaître le Christ et son message d’amour. Et par le diaconat, des hommes engagés dans la vie professionnelle, la vie sociale, la vie associative, la vie familiale, bref des hommes les plus proches possible de l’expérience de chacun, ces hommes sont chargés de rappeler à tous que c’est au sein de toutes ces réalités quotidiennes que chacun a à annoncer le Christ et à témoigner ouvertement de sa foi. Dans un monde frappé par toutes sortes de difficultés et marqué par la dureté des relations sociales et les angoisses que suscite l’avenir, l’annonce de l’amour devient une parole révolutionnaire. Le monde ne sera pas changé simplement par la réforme de telles ou telles structures. Le monde sera changé si la puissance de l’amour qui nous vient de Dieu transforme chacun de nos cœurs.

Jean-Yves, Jean-Luc, en devenant diacres, vous recevez la mission, dans l’Eglise et au milieu des hommes, d’être les serviteurs de l’amour, de la tendresse, de la miséricorde et de l’espérance qui viennent de Dieu. Que cette mission soit pour vous, pour votre épouse, pour vos enfants, pour votre famille et pour celles et ceux qui travaillent avec vous, le signe que la grâce de Dieu peut transformer le monde et que l’amour est une source d’espérance. Qu’elle vous donne de témoigner que la Parole de Dieu n’est pas simplement un discours que l’on écoute, mais qu’elle peut transformer notre vie jusqu’au plus profond de notre liberté. Témoignez de cette promesse de Dieu en étant particulièrement attentifs aux plus délaissés, aux petits et aux pauvres ; et aussi à ceux qui ne connaissent pas le Christ, et qui plus que, quels qu’ils soient, tous ont besoin d’entendre la promesse de l’amour de Dieu.

Car vous devrez être au service de tous, quelles que soient leurs origines sociales ou leurs diversités, cherchant toujours plus à unir plutôt qu’à diviser, à rassembler plutôt qu'à opposer, dans la recherche du bien commun. Cette célébration, où bien des différences se côtoient, est ainsi le signe de ce qui vous attend dans votre vie diaconale. Et le fait que vous soyez très différents l'un de l'autre, par votre parcours de vie, vos charismes et vos sensibilités, mais néanmoins unis dans une unique célébration d'ordination, montre bien la pluralité de notre Eglise, qui réunit des personnes très différentes grâce à un unique Évangile et à un unique Seigneur, le Christ.

Vous avez été choisis pour cette mission, non pas parce que vous avez plus de mérites que les autres, mais parce que vous y avez été appelés gratuitement par Dieu. Cette gratuité doit vous remplir à la fois d'étonnement et d'action de grâces. Comme chacun de ceux qui sont ordonnés au service de l'Eglise, vous savez que votre mission vous dépasse, que vous ne serez jamais à la hauteur de ce qu'elle vous demandera, et que seule la grâce de Dieu vous permettra de la remplir. Vous l’avez d’ailleurs déjà constaté par vous-mêmes : par exemple, l’annonce de votre ordination a été pour beaucoup de membres de votre famille, de vos amis ou de votre entourage professionnel, l’occasion de manifester quelque chose de souvent inattendu et de surprenant. C’est le signe que la puissance de la grâce de Dieu dépasse notre capacité de relations personnelles et donne une richesse et une fécondité que nous ne pouvons pas soupçonner, bien au-delà de nos forces et de nos possibilités.

Vous savez aussi que vous ne serez pas forcément bien accueillis ou écoutés par ceux vers qui l’Eglise vous envoie, pas plus que le Christ a été bien reçu par ce monde qu’il est venu pourtant sauver. Mais c’est par la prière personnelle et communautaire, par l’intimité avec la Parole de Dieu, par le soutien que vous apporteront votre communauté chrétienne et votre famille, que vous pourrez tenir. C’est ce que nous a dit l’évangile de saint Jean : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne… Demeurez en mon amour… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète. ». Seule cette communion intime avec le Christ, ce compagnonnage, ce cheminement quotidien avec lui vous permettront d’affronter la mission qui vous est confiée, et de supporter la conscience de votre faiblesse et les difficultés que vous rencontrerez.

Oui, cet appel de Dieu est mystérieux : pourquoi vous, et pas un autre ? Pour beaucoup de nos contemporains, peut-être de vos amis, cet appel Christ peut rester mystérieux. Il reste mystérieux que des hommes qui sont des hommes ordinaires, ni plus ni moins exceptionnels que d’autres, entrent dans ce chemin extraordinaire du diaconat. Qui est-il donc, ce Dieu qui vaut la peine qu’on se consacre à lui de cette façon ? C'est un Dieu avec les hommes, au service de l'homme, de sa dignité ; c’est un Dieu qui sauve. Voilà Celui dont vous allez être signe aujourd'hui, en devenant diacre : signe d’un Christ qui ne s'impose pas mais se propose ; signe d'un Dieu qui s'est mis à genoux devant chacun de ses disciples ; signe du Dieu qui nous a commandés de nous aimer les uns les autres…. Cher Jean-Luc, cher Jean-Yves, comme diacres serviteurs de la Parole, dans l’homélie, parlez du Dieu qui se fait proche de tous ; comme diacres serviteurs de la Table eucharistique, avec le pain et le vin, apportez la vie de ceux que vous rencontrez et côtoyez dans votre vie professionnelle ou associative.

Frères et sÅ“urs, vous l’avez tous compris, devenir diacre, c'est bien davantage qu'accepter un mandat ou un poste dans une institution : cela change un homme. Et aussi un couple. De tout cÅ“ur, je remercie Suzanne et Elisabeth, les épouses de Jean-Luc et de Jean-Yves, au début quelque peu bousculées par l'appel du Seigneur reçu par leur époux, et qui non seulement ont donné leur consentement, mais devront adhérer chaque jour un peu plus davantage à la vocation diaconale de leur mari.

Unissons maintenant notre prière, pour que ceux qui sont ordonnés aujourd’hui soient des fidèles serviteurs de l’Evangile, des signes vivants de la tendresse de Dieu pour les hommes, accomplissant la Mission de l’Église dans tous les secteurs de l’activité humaine. Et qu’ils soient pour notre diocèse de Quimper et Léon un ferment nouveau. Amen.





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Mgr Le Vert



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