MERCREDI DES CENDRES – CATHEDRALE ST CORENTIN – 09.03.11


Le 9 mars 2011

« Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu… C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du Salut ! » (2 Co 6, 2). Frères et sÅ“urs, ces mots de l’apôtre Paul résument le pourquoi du Carême que nous commençons aujourd’hui : nous avons besoin d’être sauvés par Dieu. Et c’est pourquoi l’ensemble du Peuple de Dieu est appelé à entrer dans un chemin de la conversion. Chacun d’entre nous est invité personnellement à changer sa vie et son cÅ“ur pendant ce temps du Carême.

Ces quarante jours qui rappellent le séjour du Christ au désert et l’exode du peuple d’Israël pendant quarante années entre l’Egypte et la Terre Promise, nous préparent à la célébration de la mort et de la résurrection du Christ. C’est une aventure communautaire, dont la plus belle illustration est l’accueil et l’accompagnement ultime des catéchumènes qui recevront les sacrements de l’initiation chrétienne au cours de la Vigile pascale : dimanche après-midi, à Crozon, je célébrerai l’appel décisif d’une vingtaine de catéchumènes adultes. Ces futurs chrétiens nous rappellent la force de notre baptême. Avec eux, durant ce Carême, nous revenons à la source de notre foi, afin que notre vie chrétienne prenne à nouveau toute sa vigueur.

Nous savons que cette vie baptismale est sans cesse exposée à la tentation, qu’elle est souvent mise en danger par le péché. Le Carême nous permet non seulement d’en prendre conscience, mais aussi de mettre en Å“uvre les moyens pour revivifier notre baptême. C’est pourquoi les lectures bibliques de ce Mercredi des Cendres, en particulier celle du prophète Joël et le psaume 50, nous disent que le premier acte de conversion est de reconnaître notre péché, de reconnaître qu'il est enraciné dans le « cÅ“ur », au centre même de la personne humaine, et de reconnaître que nous avons besoin de Dieu pour nous en sortir : « Oui, je connais mon iniquité, mon péché est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait » (Ps 50/51, 5-6).

Et face à cette prise de conscience de notre propre péché, il y a la découverte de l’amour incroyable de Dieu. Car ce qui fait le fondement du Carême, c’est que la toute puissance d'amour de Dieu, sa souveraineté absolue sur toute créature se traduisent par une indulgence infinie, une volonté de vie pour chacun de nous. Dieu veut nous pardonner et nous sauver. Par son Fils, il vient nous dire : je ne veux pas que tu meures, mais que tu vives ; je veux toujours et uniquement ton bien. Frères et sÅ“urs, nous remettre par le Carême en face de notre faute et du besoin impérieux de conversion n’a d’autre objectif que de découvrir à quel point Dieu nous aime, à quel point nous avons besoin d’être sauvés.

C’est seulement dans cette perspective que nous pouvons comprendre le signe des cendres qui sont imposées sur la tête de ceux qui commencent l'itinéraire du Carême avec bonne volonté. Ce geste d'humilité signifie : je me reconnais pour ce que je suis, une créature fragile, aussi fragile que la cendre, mais également faite à l'image de Dieu et destinée à Lui. Poussière, oui, mais aimée, façonnée par son amour, capable de reconnaître sa voix, et de lui répondre ; libre, et à cause de cela capable aussi de lui désobéir, en cédant à la tentation de l'orgueil et de l'autosuffisance, et ne pouvant redevenir juste que grâce à la justice de Dieu, la justice de l'amour.

L’évangile de saint Matthieu nous donne alors les trois accents de ce temps du Carême – la prière, le partage et le jeune – et l’esprit dans lequel nous devons les vivre. Pourquoi ces trois moyens-là ? Parce que ce sont les trois pistes principales pour rejoindre Dieu, les trois attitudes qui nous apprennent à vivre de façon plus radicale de l’amour du Christ. En nous rendant plus disponibles à Dieu et à notre prochain, la prière, la charité et le jeûne nous poussent à nous décentrer de nous-mêmes, à libérer notre cÅ“ur de notre égoïsme, du poids des choses matérielles, à ne pas considérer l’amélioration de notre vie sur cette terre comme le seul objectif à atteindre. Car une des causes profondes du péché, c’est de nous prendre nous-mêmes sans cesse comme référence ultime, c’est d’être sans cesse centrés sur nous-mêmes et non pas sur Dieu. En nous privant d’un certain nombre de choses légitimes, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l’amour ; en acceptant la privation de quelque chose qui ne soit pas seulement du superflu, nous apprenons à détourner notre regard de nous-même pour découvrir Quelqu’un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n’a qu’un but : s’ouvrir à Dieu et à la détresse des hommes.

Aujourd’hui, alors que notre monde connaît une crise profonde, que notre rapport aux matières premières et à notre environnement nous montre que nous ne pouvons pas continuer à consommer sans retenue, nous avons vraiment besoin de redécouvrir la nécessité et le bienfait d’un mode de vie plus sobre, où nous ne cédons pas à tous nos désirs, où nous acceptons de savoir nous restreindre.

Il est évident pour tous que notre monde est confronté à la tentation de la possession, de l’amour de l’argent, et que cela s’oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. Il y a aujourd’hui une véritable idolâtrie des biens de ce monde, qui oppose les hommes entre eux, qui engendre la violence, et qui nous met dans l’illusion de croire que nous pourrions être heureux simplement grâce à eux. En l’espace de quelques dizaines d’années, l’évolution des modes de vie a entrainé un développement exponentiel de la consommation, sur laquelle repose désormais l’équilibre général de notre civilisation et de notre culture, toutes consacrées à essayer d’assouvir nos désirs. Mais au lieu de les apaiser et de les satisfaire, ce système ne fait que les rendre plus vifs et plus exigeants. Notre monde a remplacé Dieu, l’unique source de vie, par les biens matériels. Comment pourrions-nous alors comprendre la bonté paternelle de Dieu, comprendre que nous avons besoin de lui, si notre cÅ“ur est rempli de choses qui donnent l’illusion de pouvoir assurer notre avenir ? Faire l’expérience du jeûne, c’est prendre conscience de ce qu’il y a d’illusoire et d’artificiel dans tout cela, et expérimenter qu’il y a un autre équilibre de vie qui seul satisfait profondément l’homme.

Frères et sÅ“urs, pendant toute la période du Carême, l’Eglise nous offre avec abondance la Parole de Dieu. Nous sommes invités à la méditer chaque jour, à découvrir que Dieu parle sans cesse à notre cÅ“ur et nous guide vers l’espérance qui ne déçoit pas, vers la vie éternelle. Le Carême élargit notre horizon ; il nous fait comprendre le caractère relatif des biens de cette terre et nous oriente vers les biens qui ne passent pas. Sur cette terre, nous ne sommes qu’en pèlerinage. Ouvrons-nous à la lumière du Ciel, à la présence de Dieu parmi nous. Amen.





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Mgr Le Vert



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