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APPEL DECISIF – CROZON – ANNEE A – 13.03.11 |
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| Le 13 mars 2011 |
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Frères et sœurs, en ce premier dimanche de Carême, nous venons d’entendre comment Jésus, aussitôt après son baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste, est conduit au désert par l’Esprit Saint pour y être tenté. Et nous pourrions nous poser la question : pourquoi Jésus va-t-il au désert ? Et pourquoi est-ce l’Esprit Saint qui l’y pousse ? La réponse se trouve dans les deux autres lectures que nous avons entendues : celle de la chute d’Adam et Eve au paradis terrestre, le péché originel, et la démonstration que fait St Paul aux Romains pour leur montrer comment Jésus a racheté ce premier péché de l’homme par son obéissance à son Père, comment ce qu’il a fait est bien plus fort que ce qu’Adam avait pu faire. Cette épreuve des quarante jours nous dit donc quelque chose de la mission de Jésus, et même est fondatrice de sa mission. Mais en quoi consiste cette épreuve ? Elle concerne sa relation à Dieu. Le Christ est éprouvé de trois manières : d’abord par la tentation de faire passer les biens de ce monde avant Dieu (« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain ») ; ensuite par la tentation de mettre Dieu à son service (« Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; Dieu te garderas » ; et enfin par la tentation de l’idolâtrie (« Je te donnerai tout pouvoir sur la terre (…) si tu te prosternes devant moi »). Et ces tentations sont celles que tout homme subit un jour, d’une façon ou d’une autre. C’est la tentation de ne plus vouloir se référer à Dieu, de ne plus se considérer comme fils de Dieu. Nous le comprenons bien en comparant la première lecture et l’évangile : d'un côté, nous voyons Adam et Eve, c'est-à -dire l'humanité, tentés de ne plus dépendre du Père en se faisant comme des dieux ; de l'autre, c'est Jésus, l'homme qui choisit au milieu de ses tentations de vivre comme un fils dépendant de son Père. Dans les deux cas, c'est toujours la même tentation originelle : veux-tu ou ne veux-tu pas être fils ? « Si tu es le Fils de Dieu »... Et si Jésus se laisse tenter, c’est pour nous aider à sortir nous-mêmes de la tentation, pour nous donner la capacité de redevenir des fils du Père. Jésus, Fils de Dieu fait homme, est venu sauver les hommes des conséquences du premier péché : Adam, tenté par le Démon, n’a pas voulu obéir à Dieu qui lui avait demandé de ne pas toucher à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, c’est-à -dire de ne pas décider par lui seul de ce qui est bien et ce qui est mal ; et depuis, les hommes de tous les temps sont tentés de ne pas obéir, de ne pas accepter que Dieu leur dise ce qui est bien et ce qu’il ne faut pas faire. Jésus, lui, pour racheter les hommes, commence donc par obéir à son Père, à son amour, et nous apprend à obéir en allant au désert. Comment Jésus résiste-t-il à ces trois tentations ? Vous l’avez entendu : il n’entre pas en discussion avec le tentateur pour savoir si ce qu’il lui propose est vrai ou faux, à moitié vrai ou à moitié faux, bon ou mauvais. Jésus ne répond aux tentations qu’en s’appuyant sur la Parole de Dieu. En toutes ses réponses, il cite la Parole de Dieu : « Il est écrit, ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre » ; « Il est dit : tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » ; « Il est écrit : tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu et c’est lui seul que tu adoreras ».Il s’agit donc bien d’une épreuve de la foi et non d’une épreuve de l’intelligence, qui chercherait à savoir s’il est légitime de transformer les pierres en pains, de se prosterner devant le diable, etc. Ce n’est pas l’enjeu. La seule question est : en qui crois-tu ? A travers l’expérience que le Christ fait de la tentation au désert, nous recevons un éclairage sur notre existence. Nous comprenons que la foi chrétienne implique une lutte contre les Puissances des ténèbres, contre le démon. Si Jésus est conduit au désert par l'Esprit pour y être tenté, c’est parce que la tentation fait partie de notre vie humaine, et même de notre vie de baptisé, de fils et de fille de Dieu. Frères et sœurs catéchumènes, votre baptême ne vous dispensera pas d'être soumis aux épreuves. Et même plus, il n'y a pas de vrai baptême sans tentations. Remarquez bien que c'est après, et non avant son baptême, que Jésus est tenté. Quand nous acceptons la volonté de Dieu dans nos vies, la tentation apparaît toujours, parce que Satan ne peut pas supporter que nous allions vers Dieu et fait tout pour nous en empêcher. Et Dieu permet cette tentation parce qu’il nous donne la force, grâce à Jésus et comme lui, d’en sortir, de dire non. C’est ce que va signifier l’onction que je vais vous faire avec l’huile des catéchumènes. Et en sortant vainqueurs du combat de la tentation, nous sommes plus forts. Ce qui se cache derrière tout cela, c’est de savoir si nous voulons vraiment suivre le Seigneur et lui obéir. Nous aussi, dans le désert de notre quotidien, nous affrontons la tentation fréquente de nous éloigner de Dieu. Nous sommes invités à imiter l'attitude du Seigneur, qui choisit l'obéissance à la Parole de son Père et qui remet Dieu à la première place. Car la véritable tentation consiste à remplacer Dieu, à prendre comme référence pour guider notre vie autre chose que ce que nous dit Dieu. Nous pouvons laisser les idoles occuper la place de Dieu dans notre esprit, dans notre vie, dans notre environnement, dans notre société, en oubliant le commandement : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et lui seul ». Nous pouvons vouloir nous mettre à la place de Dieu, en voulant être les maîtres de tout, en décidant par nous-mêmes ce qui est bien ou mal. Pour réagir à ces tentations, s’engager sur le chemin de la discussion, c’est perdre à tous les coups, nous le savons. On argumente, on raisonne, mais à ce jeu le démon est plus fort que nous et finit par nous convaincre… La véritable réaction de foi est de s’appuyer sur la Parole de Dieu. C’est pourquoi il nous faut sans cesse nous plonger régulièrement, quotidiennement dans la méditation de la Parole de Dieu, pour que cette Parole ne soit pas quelque chose de vague dans notre vie, mais soit vraiment au plus intime de notre cœur, et soit ainsi une ressource disponible dans le combat de la foi. La référence ultime de chaque croyant est donc la Parole qui sort de la bouche du Seigneur. Chers catéchumènes, par cette célébration de ce matin, vous voulez montrer à tous que vous croyez en ce Jésus-là , ce Jésus pleinement homme et pleinement Dieu, ce Jésus qui a voulu se laisser tenter pour vous délivrer de vos propres tentations. Vous dites ce matin que vous croyez à cette puissance de Jésus, et que vous voulez vous engager à le suivre. C’est pour cela que cette célébration s’appelle l’appel décisif : vous choisissez, vous décidez de laisser le Christ guider votre vie. Et vous le faites parce que vous avez un jour répondu à un appel de l’Esprit Saint, qui vous a poussés vers Jésus, comme il l’avait jadis poussé au désert. Pour bien signifier cet appel, vous allez être appelés chacun par votre nom. Par votre réponse et en inscrivant votre nom sur le Registre des candidats aux sacrements de l’initiation, vous exprimerez la liberté de votre réponse. Par là -même, vous marquez votre détermination à suivre cet appel avec les exigences que cela comporte de prière, de conversion de vie, de formation. On ne peut pas dire : je veux bien suivre Jésus, mais je ne tiens pas trop à obéir à ses commandements ou écouter sa Parole. Pour entrer dans le Royaume, il faut un choix radical, décisif, comme le Christ l’a fait au désert. Ce ne peut pas être une adhésion vague qui n’engage pas vraiment. Les sacrements de l’initiation chrétienne vont vous rendre encore plus proches du Christ. Ils vont vous rendre capables d’aimer comme il a aimé. Ce travail de l’Esprit ne sera jamais achevé en vous : il se fera tout au long de votre existence. Il illuminera tout votre être ; il ouvrira vos oreilles pour que la Parole de Dieu vous pénètre ; il touchera vos lèvres pour que la parole qui sortira de votre cœur soit une parole qui annonce le Christ pour ceux qui vous entourent. Et toute l’Eglise, par la présence de l’évêque, par la présence d’une communauté chrétienne, est aujourd’hui témoin de votre engagement. Au nom de l’Eglise de Quimper et Léon, je voudrais vous dire que nous sommes tous très heureux de vous accueillir, que c’est une grande joie de vous recevoir dans l’Eglise du Christ. Tous ici, en vous regardant, nous sommes témoins de la puissance de l’Evangile qui peut transformer l’existence d’un homme et d’une femme, témoins de l’amour du Christ qui donne la vie en abondance. Vous nous aidez à en reprendre conscience. Nous, chrétiens de longue date, nous pouvons être trop habitués à la puissance de l’amour du Christ ; nous pouvons ne plus nous apercevoir de son action incessante pour nous délivrer du mal et nous faire vivre. Par votre engagement, vous nous le rappelez, et c’est une grande joie ! Frères et sœurs qui avez accompagnés ces catéchumènes depuis de longs mois et qui les accompagnerez encore après leur baptême, et vous, communautés chrétiennes, qui représentez l’Eglise pour ces nouveaux chrétiens, je vous invite à rendre grâce et à vous émerveiller de la tendresse de Dieu qui ne cesse d’appeler l’humanité à le découvrir. Continuez à aider ces catéchumènes à renforcer leur foi, à fortifier leur certitude que le Christ seul est le Sauveur de l’homme, et que c’est lui seul que nous devons adorer. Chers catéchumènes, aujourd’hui, en ce premier dimanche de Carême, l’Eglise prend avec vous le chemin du Carême vers la fête de Pâques. Avec vous, nous prenons le chemin de la conversion pour renouveler notre baptême dans la nuit de Pâques. Avec vous, nous marchons vers la lumière du Christ, en nous laissant guider par sa Parole. Qu’il soit votre force et votre paix pendant ces jours ultimes avant votre baptême, où vous deviendrez des femmes et des hommes nouveaux. Amen. |
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Mgr Le Vert |
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