50° ANNIVERSAIRE DU CCFD – 3° DIMANCHE DE CAREME ANNEE A –GUIPAVAS – 27.03.11


Le 27 mars 2011

« C’est vraiment Lui le Sauveur du monde ». Frères et sÅ“urs, cette profession de foi, qui achève l’épisode de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, est celle qui est faite par les gens de son village en leur nom propre : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant. Nous l’avons entendu par nous-mêmes ». En entendant cette affirmation des villageois, nous découvrons que toute la discussion du Christ avec la Samaritaine est un itinéraire pédagogique, dont le but est de connaître le don de Dieu : « Si tu savais le don de Dieu… Â». Et c’est cet épisode, dont j’ai fait le passage évangélique central de notre démarche diocésaine Mission 2012, qui nous est donné pour fêter les 50 ans du CCFD. Cela est providentiel, car il est évident que toute activité de l’Eglise, et en particulier l’action caritative, n’a d’autre but que de faire découvrir aux hommes le don de Dieu, lui qui veut le bien total de l’homme.

Dans cette rencontre avec la Samaritaine, le don de Dieu dont il s’agit, c’est l’eau vive, c’est la vie signifiée par l’eau qui est la ressource indispensable à toute vie. L’évangéliste St Jean nous montre comment le Christ part d’une réalité tout à fait élémentaire, habituelle, banale : pour cette femme, venir puiser l’eau au puits est une corvée quotidienne ; il n’y a rien là de très mystérieux ni de très métaphysique. C’est pourtant à partir de cette expérience quotidienne que le Christ va peu à peu lui faire entrevoir l’existence d’une autre réalité qu’elle ne voit pas et qui est la vie de Dieu lui-même. Cette découverte de la femme de Samarie à travers son dialogue avec le Christ, nous sommes invités à la faire aussi et à comprendre un élément particulièrement central de l’expérience chrétienne : la vie chrétienne n’est pas une autre vie, différente de la vie ordinaire ; c’est notre vie. Et c’est à travers elle, à travers ses joies, ses peines, ses difficultés, ses manques, ses angoisses même, que nous avons à y découvrir la présence du Christ Sauveur, qui nous propose quelque chose de radicalement nouveau et même d’inimaginable : la vie éternelle. Et de même que l’eau terrestre n’arrive jamais à étancher complètement et définitivement notre soif physique, de même cette vie terrestre n’arrive pas à satisfaire pleinement et définitivement notre soif de plénitude et de bonheur. Nous avons à découvrir toujours plus et à faire découvrir que c’est en Dieu seul, et dans le Dieu de Jésus-Christ, que cette soif est vraiment comblée : lui seul nous donne une eau qui ne se tarit pas, une eau qui apaise définitivement la soif, comme il nous donne une vie qui ne finira pas, mais qui s’épanouira éternellement dans la communion avec Lui.

Ainsi, être chrétien ne veut pas dire adhérer à une autre vie. C’est apprendre, sous la conduite du Christ et par la lumière de l’Esprit Saint, à reconnaître dans cette vie-ci qui est la nôtre, le signe d’une autre vie qui ne sera pas la même et où enfin tout mal, toute souffrance seront définitivement supprimés. L’Eglise cherche à le faire comprendre à tous. L’Eglise cherche à faire prendre conscience à tous que, malgré tous nos efforts, il ne sera pas possible sur cette terre d’apporter une réponse définitive aux attentes des hommes et à leur souffrances, car ces attentes ne sont pas d’abord matérielles : ce que l’homme attend, souvent le savoir comme la Samaritaine, c’est Dieu lui-même. Et faute d’en avoir conscience, nous courrons le risque, comme la Samaritaine, de revenir jour après jour puiser une eau qui ne désaltère que partiellement le besoin de bonheur de l’homme ; nous risquons de croire qu’il suffirait simplement de satisfaire les besoins humains élémentaires pour que l’homme vive à peu près bien, en pensant que ce n’est déjà pas si mal et que cela est suffisant. Mais l’ambition de Dieu pour nous est bien plus belle, et c’est cette ambition que le CCFD doit porter : Dieu veut apaiser tout désir et toute soif ; il nous propose l’eau vive, qui est promesse de vie éternelle. Nous serons toujours tentés de combler nos soifs avec de l’eau du puits, avec des provisions achetés, ou avec six maris ! Mais ce que nous dit cet évangile, c’est que ce ne sera jamais suffisant pour l’homme, et que celui-ci aspire au don de Dieu. Et c’est la mission de l’Eglise que d’ouvrir des voies pour que chacun puisse le découvrir.

Une de ces voies est l’action caritative, à laquelle le CCFD se consacre depuis 50 ans. Il tente d’aider au développement des peuples. Nous savons que le développement est un problème qui surgit de la différence dramatique entre les peuples de la faim et les peuples de l'opulence. Parallèlement au formidable développement des moyens de communication, à l’augmentation des facilités de déplacement et des échanges d’informations, les pays développés ont été confrontés au choc inévitable entre la croissance apparemment continue de leur prospérité et l’appauvrissement lui aussi continu d’autres peuples, passant par la persistance de famines endémiques et le surgissement de conditions de vie jusqu’alors inimaginables. La juxtaposition de plus en plus visible de l’opulence et de la misère a amené les pays développés à s’engager résolument dans le combat contre la mort où sombraient tant de peuples dans le monde. Durant ce demi-siècle, nous avons mieux pris conscience qu’il y a une solidarité effective entre les hommes et qu’il y avait urgence à la mettre en œuvre. L’Eglise a alors fait le choix de refuser le défaitisme, de ne pas ajouter aux malheurs du monde un regard d'impuissance. Et la lutte contre la faim et pour le développement est devenue peu à peu une forme d’expression de la compassion et de la générosité.

Mais nous savons qu’il y a un long chemin pour passer du sentiment à l’action ! Notre société moralisatrice est très douée pour présenter des images, qui suscitent l’émotion, voire l’indignation. Elle est moins habile à cristalliser les capacités d’action. Elle favorise la compassion par procuration et les soutiens moraux enthousiastes, pourvu que rien ne change trop dans notre manière de vivre et dans nos habitudes de consommation. Mais passer de l’intention à l’action, de l’aumône au partage, est un chemin dans lequel les belles émotions ne suffisent pas. Et parmi les résistances que suscitent en nous les appels à la solidarité, il y a évidemment le sentiment écrasant de la disproportion entre les besoins connus et les moyens dont chacun de nous dispose pour y répondre. Car ce qui est en question, c’est le développement intégral de tout l'homme et de tous les hommes. Un développement intégral, c'est un développement qui atteint toutes les dimensions de l'être humain : il concerne la vie économique et la vie sociale, les droits et les devoirs des peuples, la lourde mission de gérer l'environnement dans le respect réel de l'être humain et de la planète, les relations authentiques entre les hommes, la liberté religieuse... Comment ne pas se sentir dépasser par tout cela ? 

Pourtant, chacun et chacune d’entre nous peut quelque chose, peu de chose peut-être, mais quelque chose quand même. Si nous acceptons de faire vraiment le peu qui est à notre portée, alors nous mettons en mouvement un levier puissant qui est le levier de l’amour. Et nous avons besoin d’organisations, comme le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, pour que chacune de nos modestes actions s’inscrive dans une dimension ecclésiale et universelle. Aucun de nous n’a le pouvoir de sauver le monde. Comme les Samaritains, nous croyons que seul Jésus a sauvé le monde, toutes les composantes de notre monde : économiques, sociales, familiales, spirituelles… C’est par notre communion avec lui et notre engagement fidèle dans les actions de l’Église que nous aussi nous participons à l’action du Christ Sauveur. Il ne s'agit pas alors pour nous de refaire un paradis sur terre, paradis qui est d’ailleurs désormais définitivement perdu, même s’il faut bien évidemment aider autant que possible nos frères et sÅ“urs les hommes dans tous leurs besoins fondamentaux et dans leur dignité. Il ne s’agit pas simplement de donner de l’eau du puits. Mais à travers tout cela, il s’agit aussi de redire l'espérance qui vient de Dieu, d’offrir l’eau vive qui jaillit en vie éternelle, de faire découvrir le don de Dieu. Et nous le voulons parce que nous croyons que, non seulement l'homme et la femme sont créés à l'image de Dieu, mais aussi qu’en la personne du Christ, Dieu a pris sur lui une fois pour toutes tout ce qui est humain, conférant ainsi à chacun une dignité unique.

C’est pourquoi Benoît XVI dit que les chrétiens ne s'engageront jamais mieux pour le développement qu'en étant nourris dans la foi vivante au Christ, et que Paul VI, dans l'encyclique « Populorum progressio Â» en 1967, affirmait que l'annonce du Christ est le premier et le principal facteur de développement. La foi chrétienne nous donne une vision particulière de l'homme, ce qui nous fait dire avec Jean-Paul II que « l'Évangile est la déclaration la plus achevée de tous les droits de l'homme » (Encyclique Evangelium vitae, 1994)…

Ce développement intégral de la personne humaine et le fait que le Christ soit à la source de notre action, avec en ligne de mire l'annonce de l'Évangile, sont ce qui fait la différence entre toute action caritative de l'Eglise et une O.N.G. C'est donc ce qui doit sans cesse caractériser le CCFD. Fêter ses 50 ans d’existence est l’occasion de rendre grâce, de faire le point sur le chemin parcouru au cours de ce demi-siècle, et de se redire les convictions de foi qui sont à l’origine de sa fondation : le CCFD a été fondé sur la conviction qu'un monde plus humain est toujours possible, mais grâce à la puissance du Christ, et que la Bonne Nouvelle est un message d'espérance. Comme le Christ l’a fait avec la Samaritaine, puisse le CCFD continuer à faire découvrir Dieu aux hommes à partir des choses habituelles, mais essentielles à toute existence. Puisse le CCFD aider les êtres humains qu’il secoure à découvrir le don de Dieu ! Amen.





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Mgr Le Vert



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