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MESSE DE PAQUES – 24.04.11 – ST POL DE LEON |
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| Le 24 avril 2011 |
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 Frères et sœurs, par la célébration de la Résurrection du Christ, nous sommes conduits au cœur de la foi chrétienne. En effet, notre foi pourrait se résumer ainsi : nous croyons que Jésus de Nazareth est le Messie promis par les prophètes, le Fils de Dieu lui-même, vrai Dieu et vrai homme, mort et ressuscité pour nous sauver du péché et de la mort. En venant parmi nous, le Christ avait comme seule mission de nous libérer et de nous racheter. Cette mission, il l’a accomplit par le don de sa vie sur la Croix et par sa Résurrection, qui manifeste que la puissance de Dieu était à l’œuvre en Lui, puisque la mort ne l’a pas vaincu. Voila le cœur du contenu de la foi chrétienne. Mais nous pouvons nous interroger sur ce qui nous conduit à croire cela. Pourquoi, 2000 ans après le Christ, nous croyons qu’il est ressuscité ? Comment cela est-il arrivé jusqu’à nous ? L’évangile de ce jour et par les évangiles que nous entendront durant les dimanches du Temps Pascal, qui nous feront méditer sur les apparitions du Christ ressuscité, puis sur le discours après le dernier repas dans l’évangile de saint Jean, apportent la réponse à cette question. Si nous croyons, c’est parce que les apôtres et les premiers témoins qui ont vu le Christ ressuscité nous l’ont transmis. Mis parfois peut-être, avons-nous une représentation illusoire de la foi des premiers disciples. Nous pourrions penser qu’ayant physiquement rencontré le Ressuscité, ils étaient bien obligés de se rendre à l’évidence et qu’ils ne pouvaient que croire. Mais dans tous les évangiles de la Résurrection, aucun de ceux qui sont mis en scène, Marie-Madeleine, Simon-Pierre ou le disciple que Jésus aimait, ne font au départ la rencontre directe du Christ ressuscité. Le premier moment de leur expérience pascale est de constater que le tombeau est vide. Et devant cette réalité, ils réagissent de trois manières différentes. Marie-Madeleine court trouver Simon-Pierre pour lui raconter ce qu’elle imagine ; elle ne lui annonce pas que le Christ est ressuscité, mais lui dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et je ne sais pas où on l’a mis » (Jn 20, 2). Pierre, quant à lui, part avec le disciple que Jésus aimait ; il entre et voit le tombeau vide, il voit le linceul et le linge qui avait recouvert la tête ; mais l’évangile ne nous dit rien de plus pour l’instant sur ce qu’il pense ou croit. Enfin, le disciple que Jésus aimait entre à son tour et l’évangile nous dit : « Il vit et il cru » (Jn 20, 8). Ces trois personnages ont vu les mêmes choses : le tombeau vide, les linges et le linceul. L’une a pensé que le corps a été volé ; le disciple que Jésus aimait a cru ; et de Pierre, on ne dit rien. Ce n’est pas la vision du tombeau qui a déclenché la foi. Tous trois ont vu et auraient pu croire. Mais l’évangile précise bien que seul le dernier venu, le disciple que Jésus aimait, croit. Il voit la même chose que les autres, mais il passe pourtant du registre de l’expérience humaine et des vérifications au registre de la relation avec Dieu. Pourquoi ? Est-ce parce que justement ce disciple entretenait avec Jésus une relation privilégiée, même si bien évidemment Jésus aimait aussi les autres disciples ? Est-ce que cette relation privilégiée lui a permis de mieux se rappeler tout ce que Jésus avait dit, et de mieux comprendre que tout s’était réalisé selon sa parole ? Peut-être. En tout cas, il semble bien que ce soit l’amour qui soit en question, car c’est aussi cela qui déclenchera la foi de Marie-Madeleine quand plus tard, reveneu au tombeau, elle reconnaîtra Jésus à sa manière de l’appeler… Mais il est sûr en tout cas que ce n’est pas la constatation physique qui donne la vraie foi. Toute proportion gardée, nous pouvons appliquer cela à notre propre cheminement. Souvent, nous pensons que croire, c’est-à -dire être placé devant des évènements, des faits ou des évidences qui ne laissent pas de place pour le doute. Nous considérons que commencer à se poser des questions et avoir des doutes reviendrait à ne pas avoir la foi. Or, nous découvrons précisément que la foi n’est pas la disparition des questions et des doutes. La foi est une forme nouvelle de relation à Dieu qui peut très bien coexister avec ces interrogations. Nous ne croyons pas parce que nous aurions toutes les preuves historiques ou scientifiques. Nous croyons parce qu’une relation d’amour et de confiance, si pauvre soit-elle et si faible qu’elle nous paraisse, nous unit à Dieu. Et cette adhésion de notre cœur nous permet de surmonter l’absence de preuve vérifiable et de croire ce que nous ne voyons pas. C’est d’ailleurs ce que nous entendrons dimanche prochain lorsque Jésus dit à Thomas : « Thomas, tu as cru parce que tu as vu. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » (Jn 20, 29). Nous serons toujours tentés de rechercher des arguments et des données scientifiques, en croyant qu’ils vont fortifier notre foi. Mais cela ne sera jamais suffisant. C’est déjà vrai dans notre expérience humaine entre nous : un mari peut-il avoir une preuve scientifique que sa femme l’aime ? Des enfants peuvent-ils avoir une démonstration logique de l’amour que leur porte leur mère ? Cela me semble bien difficile… Et pourtant, ils s’aiment, et croient à l’amour. Il en est de même dans notre relation avec Dieu : il faut croire pour aimer et aimer pour croire ! Ce qui fait grandir notre foi, c’est de grandir dans la connaissance du Christ, d’approfondir notre relation avec lui ; c’est de nous rendre compte ce qu’il a fait pour nous, en mourant et en ressuscitant. Et nous savons que cela se passe par la prière, les sacrements et la méditation de sa Parole. Cette connaissance de Jésus, nous la tenons du témoignage de l’Ecriture Sainte et de l’Église qui nous l’a transmise, grâce aux apôtres, les témoins « de tout ce que Jésus a fait dans la pays des juifs et à Jérusalem » (Ac 10, 39). Pour croire vraiment au Christ, il nous faut devenir des intimes de sa Parole, transmise par l’Ecriture Sainte ; il nous faut être de grands familiers de la Bible. Les évangiles de la Résurrection et les Actes des Apôtres nous disent encore une autre chose : la foi de Marie-Madeleine, de Pierre, de Jean, de Paul a grandi aussi parce qu’ils ont transmis ce en quoi ils croyaient, parce qu’ils ont annoncé la Résurrection. Cela nous montre une chose importante : ce que nous pensons ou ce que nous croyons n’est pas encore le tout de notre foi. La foi ne prend vraiment toute sa portée que lorsque nous l’annonçons. Dans la foi, ce qui compte est ce que nous pouvons annoncer. Le cœur de notre foi, c’est ce que nous sommes capables de proposer et de partager aux autres. A quoi servirait-il que nous soyons profondément convaincus de la Résurrection du Christ, si nous étions incapables de le dire à personne ? Croire vraiment au Christ ressuscité, c’est devenir son témoin. C’est d’ailleurs la première chose qui est demandée aux femmes venues au tombeau : « Allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d'entre les morts’ ». Croire au Christ ressuscité, c’est aussi vouloir transmettre cette Bonne Nouvelle aux autres. Frères et sœurs, comme les premiers témoins de la Résurrection, il est possible que bien des questions nous habitent. Confions-les au Christ lui-même, pour qu’il y réponde par la force de son Esprit. Et en cette fête de Pâques, réjouissons-nous, car nous avons l’immense grâce de croire et d’être chrétiens, sans aucun mérite de notre part. Pour correspondre à ce cadeau de Dieu, faisons tout pour faire grandir notre foi, en essayant de mieux connaître le Christ Jésus, en essayant de mieux l’aimer, et en en témoignant autour de nous par notre vie et nos paroles. Amen. |
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Mgr Le Vert |
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