V° DIMANCHE DE PAQUES – RENCONTRE DES NEOPHYTES – RUMENGOL – 22.05.11


Le 22 mai 2011


Mot accueil :

De Pâques à la Pentecôte, les messes sont dédiées aux néophytes. Le temps pascal est un moment privilégié pour soigner l'accueil des nouveaux baptisés de la Nuit pascale. Comment vivent-ils ce passage du catéchumène au néophyte ? Se sentent-ils suffisamment entourés ? Quelle question se posent-t-ils ? Le terme « néophyte Â» vient du grec et signifie « jeune plant Â», comme un signe de la fragilité du jeune chrétien. Peu à peu, le néophyte va s'affermir dans sa foi et prendra pleinement sa place dans la communauté des chrétiens. Dans l'antiquité déjà, les néophytes étaient l'objet des soins des évêques qui leur donnaient une série de catéchèse après leur baptême : c'est ce que l'on appelle la mystagogie.

Notre rassemblement de ce matin peut atteindre cet objectif : à la fois rendre grâce pour le don de Dieu fait à ces femmes et à ses hommes, et fait à notre église diocésaine. De communauté chrétienne doit être particulièrement attentive à intégrer les catéchumènes et les néophytes en leur sein. Ces nouveau-nés de l'église, comme les nouveau-nés de nos familles humaines, doivent être l'objet de toutes vos attentions si nous ne voulons pas que la vie qui a été semée en eux s'éteigne. En effet, on ne peut pas baptiser des gens, et laisser ensuite sans soutien. Et il est vrai que les néophytes vivent souvent une difficulté à passer d'un cheminement personnel de conversion très intense à la vie en paroisse. La foi en Dieu est encore fragile : si nous les laissons seuls, il y a non-assistance à personne en danger spirituel.

Dans notre eucharistie de ce matin, nous demandons pour eux la force et la persévérance, et pour nos communautés la grâce de la vigilance et de l'accueil.

Homélie :

Chers frères et sÅ“urs, avec ce cinquième dimanche de Pâques, nous entrons dans une préparation plus immédiate au mystère de l’Ascension, du retour du Christ vers son Père. Le Christ va bientôt quitter ses disciples. Il va les quitter deux fois, en quelque sorte. L’évangile que nous venons d’entendre, Jésus l’a prononcé la veille de sa mort, le Jeudi Saint. Il vient d’annoncer la trahison de Judas, et le reniement de Pierre. Il a prédit son départ et sa mort prochaine. Cette discussion entre Jésus, Thomas et Philippe, juste avant la Passion, va préparer les disciples à affronter l’épreuve qui les attend, lorsqu’il va être enlevé du milieu d’eux par sa condamnation et sa crucifixion. Jésus leur adresse ces paroles pleines de paix et d’espérance : « Ne soyez donc pas bouleversés. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ».

Et voila que c’est le même évangile que l’Eglise nous donne pour nous préparer à l’Ascension. Car à partir de ce moment de l’Ascension, les disciples vont se retrouver seuls. Jésus ne sera plus au milieu d’eux en chair et en os. Comment vont-ils pouvoir vivre cette épreuve ? Comment vont-ils affronter son absence ? C’est pour les préparer à cette absence que Jésus leur donne et nous donne cet enseignement sur lui-même, sur le Père, et sur sa relation avec le Père. Nous qui vivons après la Résurrection et après l’Ascension du Christ, nous savons que cette relation avec le Père a un nom propre : c’est l’Esprit Saint, qui va être donné à la Pentecôte. Par cette présence de l’Esprit Saint, nous entrons vraiment en communion avec le Père et avec le Fils.

La question que Thomas pose alors à Jésus est l’une des plus grandes questions que toute l’humanité se pose : «  Nous ne savons pas où tu vas ». Quel chemin faut-il prendre ? Autrement dit : quel est le but de notre vie ? Il est normal et même essentiel de se la poser. Jésus, lui, répond à cette attente. Il répond à notre question en donnant un sens à notre vie : « Je vais vers le Père... et là où je suis, vous serez aussi ». En nous annonçant qu’il nous prépare une place pour demeurer dans la maison du Père, Jésus nous donne un vrai but : aller vers le Père. Il nous demande de croire qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il nous dit que la foi est ce qui donne le sens le plus profond à notre vie humaine. Et c’est bien à la foi que le Christ nous appelle. Un des rares reproches que Jésus fait aux siens est le manque de foi : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe ! Croyez ce que je vous dis ! Si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des Å“uvres. Celui qui croit en moi accomplira de plus grandes Å“uvres que moi Â». Heureux sommes-nous si nous croyons ! Heureux sommes-nous si nous avons cette confiance dans le Christ, cette certitude qu’il nous veut prêt de lui.

Etre chrétien, c’est donc d’abord croire au Christ : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». C’est croire vraiment que celui qui a vu le Christ a vu le Père que personne ne peut voir. C’est croire vraiment que le Père demeure dans le Fils et que le Fils demeure dans le Père, et par la vie de l’Esprit-Saint, le Père et le Fils demeurent dans le cÅ“ur de ceux qui croient en eux. Etre chrétien, c’est croire même si nous ne voyons pas directement le Christ. Nous, nous croyons sans avoir vu le Christ, mais nous croyons parce que nous voyons l’action du Père et du Fils dans les cÅ“urs des croyants grâce à l’Esprit et produire du fruit à travers leur vie. Nous croyons parce que nous voyons des chrétiens, des chrétiennes, de toutes races, de tous pays, de tous âges, de toutes cultures, de toutes professions, devenir les membres vivants de son Église, des pierres vivantes, « la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu », comme le dit Pierre dans sa lettre. Nous voyons toutes ces pierres vivantes annoncer les merveilles de Dieu à toute la terre. Nous voyons des femmes et des hommes rencontrer le Christ, se convertir, demander le baptême, comme les néophytes qui sont parmi nous aujourd’hui, et qui viennent rendre grâce avec moi d’être devenu chrétiens dans la nuit de Pâques.

Chers néophytes, peut-être que vous aussi, vous avez ressenti le même désarroi que Philippe et les apôtres au moment où Jésus les quitte. Peut-être qu’après votre baptême, vous avez connu la même crainte, voire même une certaine déception ou un vide. Peut-être que vous vous attendiez à ce que l’intimité avec Jésus soit automatiquement plus forte, que tout serait plus facile ; peut-être avez-vous douté… Ou peut-être avez-vous eu l’impression qu’après deux ou trois années où des chrétiens s’étaient fortement occupés de vous, il y a avait maintenant plus d’éloignement, que vous étiez plus seuls… Entendez alors Jésus vous dire : « Ne crains pas, ta place est prête. N’oublie pas que tu as reçu l’Esprit Saint. Rappelle-toi que tu peux me suivre en toute confiance, que je sui le Chemin qui te mène à la vraie Vie, dans la Vérité Â».

Les premiers chrétiens avaient compris que la recherche du Christ était la chose la plus importante de l’existence, et ils ont essayé d’en vivre, en s’organisant pour cela. Nous l’avons entendu dans la première lecture. Et cela se traduisait à la fois par la constitution d’une communauté où chacun avait sa place et son importance, où l’entraide n’était pas un vain mot. Cette organisation n’avait qu’un but : donner à chacun la possibilité de rencontrer le Christ dans la prière, dans la Parole et dans ses frères, sans que les soucis de la survie quotidienne ne prennent toute la place. C’est ce qui donnera, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, l’ordination des premiers diacres. La première Eglise avait sans doute les mêmes problèmes de société que les autres. Mais le but recherché, qui guidait les décisions, n’était pas le même, et donc les moyens pour y arriver et pour gérer cette communauté étaient eux aussi différents. Le but, c’était la fidélité au Christ et à son Evangile. Puissions-nous chercher à vivre comme eux, dans notre Eglise qui est en Finistère !

Si on y regarde bien, ce que le Christ promet à ceux qui croient en lui est fabuleux ! Il leur promet d’accomplir des Å“uvres plus grandes que les siennes ! Il leur offre une place dans la maison de son Père ! Il leur propose d’y arriver par une intimité et une amitié avec lui toujours plus grandes. Il leur offre enfin d’être comme lui fils du Père, dans cette maison où il nous fait entrer. Il leur promet d’être « les pierres vivantes » de son Royaume. Chers néophytes, c’est cela qui vous est offert, c’est cela que le baptême a rendu possible pour vous.

Osons croire les uns et les autres que nous sommes faits pour ces promesses. Suivons Jésus, Chemin, Vérité et Vie. Oui, Seigneur, vraiment, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Ouvre nos cœurs pour que nous puissions vraiment te reconnaître, et en toi reconnaître le Père. Et alors nous passerons des ténèbres à ton admirable lumière. Amen.





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Mgr Le Vert



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