CONSECRATION DE PATRICIA LE VEN – 11.06.11 – ST LOUIS DE BREST


Le 11 juin 2011

Introduction

La vocation de vierge consacrée et une vocation très ancienne, remise en honneur par Vatican II. Dès les premiers siècles, des femmes étaient consacrées à Dieu par leur évêque. Elles menaient une vie de prière et de don aux autres tout en restant dans leur famille. C’est ainsi qu’en France, sainte Geneviève de Paris fut consacrée après son appel par saint Germain (vers 440). Puis, avec le développement de la vie monastique et des congrégations religieuses, les vierges consacrées deviendront de plus en plus rares. La réforme liturgique conciliaire a ouvert de nouveau cette possibilité à des femmes vivant dans le monde.

L’ordre des vierges consacrées n’a pas d’autre fondateur ou fondatrice que l’Église elle-même qui a puisé son inspiration dans le mystère de Marie. À la différence des ordres religieux, l’Ordre des Vierges n’a ni règles ni structures communautaires. Elles vivent « dans le monde sans être du monde ». En France, elles sont aujourd’hui environ 500 et de plus en plus nombreuses dans divers pays de tous les continents.

Une vierge consacrée est donc une femme consacrée à Dieu, comme épouse du Christ, au service de l’Église. Sa communauté n’est autre que son diocèse dont elle partage la vie ecclésiale. C’est l’évêque qui la consacre par un rite liturgique public et solennel dans un état de vie définitif. La consécration instaure un lien nouveau, spirituel et juridique, entre celle qui la reçoit et l’évêque du diocèse.

À la suite de la Vierge Marie, la vierge consacrée recherche sans cesse à accomplir la volonté du Père et s’ouvre ainsi à une fécondité spirituelle. Sa fonction première est la prière, unie à celle de l’Eglise ; c’est pourquoi, au cours de la célébration, l’évêque lui remet le livre de prière de l’Église, La Liturgie des Heures.


Homélie

Frères et sÅ“urs, nous venons d’entendre le récit de la tour de Babel, où l’orgueil de l’homme a entraîné la division de l’humanité. Demain, ce sera le récit de la Pentecôte qui sera proclamé dans l’Eglise, ce moment où l’Esprit-Saint répandu sur les Apôtres a permis à chacun de ceux qui les entendaient de les comprendre dans sa propre langue. Comment cela a-t-il pu se produire ? Les Actes des Apôtres ne nous donnent d’explication là-dessus. Mais cela nous fait comprendre une chose importante : la Pentecôte, c’est l’anti-Babel ! Et ce qui empêche les hommes et les femmes de se comprendre d’une culture à une autre, la différence des langues et des manières de penser, tout ce qui fait obstacle à la communication et à la communion entre les hommes, tout cela peut être surmonté. Et ce qui en rend les hommes capables, ce n’est pas une capacité soudaine à comprendre toutes les langues, mais c’est l’Esprit de Dieu qui leur donne de comprendre par l’intelligence du cÅ“ur ceux et celles que Dieu place sur leur chemin. A travers la diversité des langues et des cultures, il nous permet de nous reconnaître comme les membres d’une même famille : ce qu’il nous donne, c’est le langage universel du cÅ“ur, c’est de comprendre la multitude des langues des cÅ“urs…

Cette multiplicité s’exprime aussi par la diversité des vocations dans l’Eglise. Nous sommes tous appelés à la sainteté, mais par des voies différentes. Tous ne sont pas évêque, prêtre, diacre, religieuse ou vierge consacrée. Mais tous, par la force de l’Esprit, sont appelés à se rassembler en l’unique famille de Dieu : le Corps du Christ qu’est l’Eglise. La puissance de l’Esprit nous rend ainsi capables d’accepter que les uns et les autres nous soyons différents, même dans la place que nous avons dans l’Eglise. Plus, l’Esprit nous donne d’accueillir ces différences comme une richesse et comme une chance qui nous est donnée. L’Esprit du Christ nous rassemble dans l’Église pour que nous formions un seul peuple, et qu’à travers la diversité des membres de ce peuple, nous construisions une communion plus forte et plus riche. Et par là-même, c’est un signe que nous sommes invités à donner dans notre monde divisé et qui a peur des différences.

Frères et sÅ“urs, nous avons aujourd’hui la grâce de contempler cette richesse de notre Eglise par la consécration de Patricia. Elle a décidé depuis longtemps de se donner entièrement au Seigneur, en devenant Vierge consacrée. Et ce qui est étonnant, c'est qu’alors que, depuis 2000 ans, le Christ est remonté vers son Père, alors que sa voix humaine s'est éteinte et qu’il n’est plus visible à nos yeux, et malgré cette immense distance à travers le temps de 2000 ans, malgré les changements de civilisations et de modes de vies, l’appel du Christ à le suivre totalement est toujours là, dans le cÅ“ur de l'un ou l'autre. Et il est étonnant que certains écoutent cet appel mystérieux et y répondent. Cela est d’autant plus étonnant que ce que le Christ propose pour le suivre complètement n'est pas dans l'air du temps : il demande d’entrer un certain renoncement, de relativiser toutes les grandes valeurs humaines comme les richesses, le mariage, le pouvoir… qui sont celles que poursuit le monde. Elles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes ; mais voila que le Christ propose à certains de les délaisser par amour pour lui et pour les autres, montrant ainsi que Dieu en vaut la peine jusque là !

Oui, la consécration à laquelle nous participons ce soir est quelque chose d’étonnant. La virginité n'a pas bonne cote de nos jours, et elle est difficilement compréhensible. Pourquoi ? Parce qu’on confond amour et sexualité, et qu’on réduit la sexualité à l’érotisme. Parce que l’érotisme est devenu une idole. Or, quand on lit par exemple la définition de la virginité donnée par St Augustin, le mot sexualité n'apparaît même pas. « Etre vierge et vivre dans la virginité, dit-il, c'est méditer continuellement, pendant que je suis dans un corps charnel, que mon corps est destiné à une vie éternelle, non charnelle ». St Augustin relie ainsi virginité et vie éternelle. Et donc, peut-être que si notre monde a tant de mal à voir la beauté et la grandeur de la virginité, c’est parce qu’il ne croit plus à la vie éternelle. Et c’est pourquoi, si cette consécration virginale est bien la réponse de Patricia à l’appel de Dieu, elle est aussi un signe pour notre Eglise et pour le monde. Car tous, si nous voulons un jour parvenir à la sainteté, nous devrons faire un cheminement semblable, c’est-à-dire à un moment de placer le Christ comme source de tout le reste, comme première valeur. Nous ne répondrons sans doute pas de la même façon que Patricia. Mais tous, nous devrons relativiser tout ce qui fait notre vie pour le mettre sous l’éclairage du Christ et de son Evangile ; tous, nous devrons remettre la recherche de la vie éternelle, c’est-à-dire la recherche de Dieu, à la première place.

Tout cela, vous allez l’entendre dans quelques instants dans la belle prière de consécration des Vierges. Je vous invite à y être particulièrement attentifs tout à l’heure. Mais déjà, je vous en lit quelques passages : « Regarde, Seigneur, notre sÅ“ur : en réponse à ton appel, elle se donne toute entière à toi ; elle a remis entre tes mains sa décision de garder la chasteté et de se consacrer à toi pour toujours. Comment un être de chair pourrait-il en effet maîtriser les appels de la nature, renoncer librement au mariage, et s'affranchir des contraintes de toutes sortes, si tu n'allumes ce désir, Seigneur, si tu n'alimentes cette flamme et si ta puissance ne l'entretient ? […] C'est, en effet, ton Esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la grandeur et de la sainteté du mariage, et capables pourtant de renoncer à cet état, afin de s'attacher dès maintenant à la réalité qu'il préfigure : l'union du Christ et de l'Eglise […] Par la grâce de ton Esprit Saint, Seigneur, qu'il y ait toujours en notre sÅ“ur prudence et simplicité, douceur et sagesse, gravité et délicatesse, réserve et liberté [...] Et toi, Dieu toujours fidèle, sois sa fierté, sa joie et son amour ; sois pour elle consolation dans la peine, lumière dans le doute, recours dans l'injustice ; dans l'épreuve, sois sa patience ; dans la pauvreté, sa richesse; dans la privation, sa nourriture ; dans la maladie, sa guérison. En Toi qu'elle possède tout, puisque c'est Toi qu'elle préfère à tout. »

Portons maintenant dans la prière Patricia à qui nous allons conférer cette consécration à la virginité. Prions pour elle et avec elle et au nom de l'Eglise à qui aussi elle se consacre comme au Christ. Je la remercie d'offrir toute sa vie jusqu'à sa mort pour le bien de notre Eglise diocésaine. Notre diocèse a bien besoin d'avoir ici et là des signes des véritables valeurs du Royaume de Dieu, et de ce à quoi l’être humain est appelé, par bonté de Dieu : la vie éternelle. Ce soir encore, frères et sÅ“urs, nous voyons se réaliser la parole du Christ que nous avons entendue dans l’évangile : « â€˜Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l'Écriture : Des fleuves d'eau vive jailliront de son cÅ“ur’. En disant cela, Jésus parlait de l'Esprit Saint, l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus. Â» Ce soir, nous comprenons la véracité de la parole de Paul dans la seconde lecture : « Nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance ». Ce soir, nous sommes une fois de plus témoins de l’action de l’Esprit Saint ! Amen






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Mgr Le Vert



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