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FETE DE LA SAINTE TRINITE – VISITE PASTORALE BREST RADE – 19.06.11 |
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| Le 19 juin 2011 |
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Frères et Sœurs, la spécificité du contenu de la foi chrétienne par rapport à toutes les croyances et à toutes les religions, c’est la foi au Dieu Trinité : la foi en un seul Dieu, mais qui existe en trois personnes. Si nous y croyons, ce n’est pas parce que les hommes l’ont imaginé : n’ayant aucun exemple sur terre d’un être qui soit un et trois en même temps, imaginer un tel Dieu était impossible ! Nous y croyons parce que Dieu lui-même nous a révélé, au cours des siècles, qui il est, et tout spécialement par son Fils Jésus. Nous avons eu des exemples de cette révélation dans les textes bibliques que nous avons entendus tout à l’heure. Mais nous pouvons penser aussi aux trois anges qui visitent Abraham, ou bien à toutes les fois où, dans l’Ancien Testament, le pluriel est utilisé quand Dieu parle… Et les propos où Jésus désigne Dieu comme son Père sont perçus par les juifs comme inacceptables et scandaleux. Car cette affirmation où le Christ dit qu’il est Dieu est pour les juifs en contradiction avec une certaine compréhension du premier commandement : « Notre Dieu est l’Unique, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme. Tu ne feras aucune représentation de Dieu… » (Dt 6, 4 ; Ex 20, 4).La foi en la divinité du Père, du Fils et du Saint Esprit sera ainsi l’élément déterminant de la fracture entre le Judaïsme et le Christianisme de l’origine. Et c’est aussi ce qui catalyse la non-compatibilité de l’Islam et du Christianisme. Ainsi, penser que les religions monothéistes sont équivalentes ou même les regrouper hâtivement sous le chapeau des « religions du livre » – sans d’ailleurs préciser lequel – n’est ni adéquat ni respectueux pour ces trois religions. Pour des raisons différentes, ni les juifs ni les musulmans n’accepteront de croire qu’un homme puisse être Dieu. Et c’est pourtant bien ce que nous croyons : Jésus de Nazareth est vraiment homme et vraiment Dieu, et il est Fils du Père qui est un seul Dieu avec lui et l’Esprit Saint. Ainsi, frères et sœurs, la foi n’est pas simplement croire que Dieu existe. Cela, nous pouvons le démontrer par notre raison, en partant de l’observation de l’univers, en comprenant qu’il est impossible que le monde existe sans un créateur. Mais la foi, c’est plus que cela : c’est croire que ce Dieu qui existe intervient dans notre vie personnelle, qu’il vient nous dire qui il est et qui nous sommes. Et il est venu nous dire qu’il est Père, Fils et Esprit, et qu’il nous veut près de lui. Notre foi, ce sera alors la réponse que nous donnerons à cette révélation, à ce que nous dit Dieu ; ce sera tirer les conséquences de sa présence à nos côtés et de son appel, et le suivre. A travers le temps et l’espace, les hommes se sont faits de nombreuses représentations de Dieu. Mais aucune religion n’a osé aller jusqu’à reconnaître un Dieu qui a voulu se faire tellement proche de l’homme qu’il est lui-même devenu homme. Or, ce que la révélation chrétienne, à la suite de la tradition juive, va introduire de radicalement nouveau et inconnu, c’est un Dieu qui n’est pas étranger avec l’humanité, mais qui a conclu une alliance avec les hommes. Le Dieu d’Israël, c’est le Dieu qui s’est choisi un peuple, et qui est resté fidèle à ce peuple malgré ses infidélités. Quand nous lisons la Bible, nous découvrons comment Dieu patiemment, pendant des millénaires, a peu à peu révélé jusqu’au plus intime de sa vie. Avec Abraham, il y a à peu près 4500 ans, Dieu commence par dire qu’il est Un, qu’il est unique. Mille ans plus tard, Dieu révèle à Moïse qu’il est non seulement le Dieu unique pour tous les hommes, que tous les autres dieux ne sont que des idoles, mais il révèle en plus qu’il est éternel : « Je suis celui qui suis », Yahweh. Il faudra encore attendre près de mille ans pour que peu à peu apparaisse dans l’esprit du peuple d’Israël que si Dieu est un, il n’est cependant pas solitaire. C’est ainsi que, quelques centaines d’années avant le Christ, l’Ecriture commence à parler de la Sagesse de Dieu, de façon presque personnifiée ; on parle de l’Esprit du Seigneur. Et c’est alors qu’enfin le Fils de Dieu se fait homme et révèle totalement qui est Dieu. Saint Jean s’en fait le témoin dans le prologue de son Evangile et de sa première épitre lorsqu’il dit : « Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons touché du Verbe de Vie ; nous vous l’annonçons » (1 Jn 1, 1-2). Et nous apprenons alors que Dieu est l’Amour absolu, de toute éternité, avant même la création du monde, avant que nous existions. Mais pour aimer, il faut être plusieurs. Dieu ne peut donc pas être quelqu’un de solitaire. Et le Christ va alors nous dire que ce Dieu éternel et unique est trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit ; que Dieu est ce courant d’amour infini qui existe entre ces personnes et qui les unit. La Trinité n'est pas trois personnes juxtaposées, mais trois générosités qui se donnent l'une à l'autre. Chaque personne n'existe qu'en se donnant aux deux autres. Le mystère de la Trinité nous dit qui est vraiment Dieu. On a prêté à Dieu beaucoup de visages. Encore aujourd'hui, il apparaît pour beaucoup comme le Dieu des interdits, le Dieu rabat-joie et tatillon, le Dieu gendarme qui empêche tout ce que l'on aurait envie de faire. Mais pour d'autres, heureusement, Dieu apparaît comme le Dieu d'amour et de paix. Ce Dieu qui s’est révélé à Abraham, à Moïse, et au peuple d’Israël à travers les prophètes, n’est pas un Dieu indifférent à ce qui survient dans l’histoire humaine. C’est un Dieu qui entretient avec nous une relation privilégiée, au point qu’il va jusqu’à prendre chair en notre espèce humaine dans la Personne de son Fils, Jésus de Nazareth, pour nous sauver et pour qu’un jour nous entrions pleinement dans son amour, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile de ce jour. C'est ce visage que l'Eglise nous annonce. Nous découvrons en ce jour que notre Dieu n’est pas n’importe quel dieu : « Yahvé, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité », nous dit le livre de l’Exode. Dieu nous dit son nom et nous confie son secret le plus profond : l'amour qu'il a pour nous. Un amour qui n’existe pas parce que nous serions des gens « bien », mais qui existe par delà nos limites et notre péché. Nous savons bien que nous sommes « un peuple à la tête dure », comme le dit ce texte, un peuple qui a du mal à suivre le Seigneur. Et face à cela, il y a l'audace de la demande de Moïse : « Seigneur, marche au milieu de nous ! » Dieu a réalisé de manière inouïe cette prière en se faisant l'un de nous en son Fils, en habitant notre humanité pour la sauver, en donnant à l'homme une dignité insoupçonnée, puisqu’il est appelé à participer à la vie même de Dieu... Alors, avez-vous entendu parler ailleurs d’un Dieu pareil ? Avez-vous entendu parler ailleurs d’un Dieu qui vient partager l’existence humaine dans son humanité la plus complète ? Avez-vous entendu ailleurs parler d’un Dieu qui vient habiter le cœur des hommes par la puissance de son Esprit, comme nous l’avons célébré dimanche dernier à la Pentecôte ? Non, le Dieu auquel nous croyons n’est pas n’importe quel Dieu. Il n’est pas une divinité lointaine, perdue derrière des nuages. Il est le Dieu d’amour qui se révèle et se manifeste dans sa relation entre le Père et le Fils, relation tellement intense et tellement parfaite qu’elle constitue elle-même une Personne, l’Esprit Saint. Frères et sœurs, nous avons été associés à cette communion du Père, du Fil et de l’Esprit par le baptême, quand l’Esprit Saint a fait de nous des enfants de Dieu. La Trinité n’est pas seulement un concept théologique ou une histoire qui se passe dans le ciel, sans que nous y soyons intéressés. Notre baptême dans le Père, le Fils et l’Esprit-Saint nous fait entrer dans cette relation exceptionnelle d’amour qui unit les trois Personnes de la Trinité. Et par là -même, il fait de nous des êtres capables d’entrer en communion les uns avec les autres. C’est pourquoi Jésus nous dit que le grand commandement, c’est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa force et de tout son esprit, et d’aimer son prochain comme soi-même. C’est ainsi que nous sommes à la ressemblance de Dieu. Que le Seigneur nous donne de vivre de ce mystère dont nous nous marquons chaque fois que nous faisons un signe de Croix, pour qu’il transforme notre existence humaine en profondeur. Qu’il nous aide aussi à en témoigner autour de nous, pour le plus grand bonheur de ceux à qui nous l’annoncerons. Amen. |
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Mgr Le Vert |
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