RENTREE DES CHEFS D’ETABLISSEMENTS DE L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE

 

Le 25 août 2011

Frères et sÅ“urs, au seuil de cette nouvelle année dont l’horizon peut paraître bien sombre à certains d’entre vous, j’ose cependant, dans la ligne de l'Évangile que nous venons d'entendre, vous inviter à l'espérance. En effet, une fois de plus, vous allez devoir avancer en eaux profondes, et jetez vos filets malgré peut-être un certain découragement ou une certaine crainte de l'avenir. Vous allez devoir faire preuve d’audace. Mais au sein de l'Enseignement catholique, il nous est proposé d'envisager l'avenir non pas simplement en le basant sur des moyens humains, mais aussi en le fondant sur l'espérance chrétienne, c'est-à-dire en mettant aussi notre confiance dans le Christ. L’audace, pour les chrétiens, s’appelle « espérance Â». L’épisode de la pêche miraculeuse nous le montre. Jésus nous invite à dépasser nos impasses, à aller plus loin que ce qui semble parfois sans solution humainement, et à poser un acte de foi et d’espérance. Non pas un acte de confiance aveugle, mais un acte basé sur ce que nous connaissons déjà du Christ et ce que nous avons déjà entendu de lui. La pêche miraculeuse n'arrive qu'après un long enseignement de Jésus, dont Pierre et ses compagnons ont été aussi les auditeurs. Et s'ils acceptent d’obéir à la recommandation de Jésus, c'est sans doute parce qu'ils ont d'abord adhéré à sa parole.

Dans l'Enseignement catholique, pour chacun de vous, le Christ n’est un étranger. Vous le connaissez et vous l'avez déjà entendu. Vous savez quelles sont les convictions qui animent ce service d'Eglise qu’est l’Enseignement catholique. Vous savez qu’il existe parce que nous croyons que le Christ a quelque chose à dire à tous les hommes pour leur bonheur, et en particulier aux jeunes dont vous avez la charge. Et c'est pourquoi, comme Pierre, nous pouvons dire : « Sur ta parole, Seigneur, je vais jeter le filet »…

Mais on s’aperçoit bien que mettre en Å“uvre ce que propose le Seigneur, lui faire confiance alors que tout semble contraire, n’est pas forcément si facile. Pierre a dû faire un effort pour accepter la demande de Jésus quand il lui a dit : « Avance au large, et jetez les filets ». Pierre et ses compagnons ont déjà rentré tout leur matériel de pêche. Ils ont déjà lavé leurs filets, ce qui demande beaucoup de temps et de travail ! Pourtant malgré la difficulté, Jésus insiste : « Avance au large ». Le large, c'est le danger, là où il y a des risques. C'est aussi l'inconnu. Et Pierre accepte : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ton ordre, je vais jeter les filets ». Pierre aurait très bien pu refuser, répondre à Jésus que le pêcheur, c'était lui, et que Jésus n'était que charpentier ; qu'après tout, il s'y connaît mieux que Jésus, et que ce n'était plus le moment pour retourner pêcher. Il aurait pu trouver toutes les excuses possibles pour se dérober, s'enfermer dans son orgueil ou dans sa déception de pêche ratée. Mais Pierre va accepter de tout recommencer, de faire confiance au Christ. Il va avoir l'humilité de croire en Jésus plutôt que de croire en ses capacités professionnelles et humaines ! Et alors, c'est le miracle : Pierre a accepté de croire, et les résultats dépassent ce qu'il a pu imaginer. Mais le plus grand miracle, pour lui, ce ne sont pas les poissons. C'est ce que Pierre découvre brusquement sur l’identité de Jésus. Jusqu'alors, Pierre savait que Jésus était quelqu'un d'exceptionnel, plus qu'un prophète. Mais là, il se rend compte que Jésus est Dieu lui-même, le Sauveur. C’est pour cela qu’il l’appelle « Seigneur », alors qu'avant, il l'appelait seulement « Maître ». Le fait d’avoir écouté Jésus et de lui avoir obéi change tout. Il comprend que suivre Jésus peut réellement donner un sens à son existence…

Pour chacun de nous, il peut se passer le même processus. Quand on fait vraiment confiance au Christ Jésus, quand on l’écoute et qu’on fait ce qu’il dit, alors, comme pour Pierre, bien des choses peuvent changer. Devant cette invitation à la confiance, nous pourrions nous dire que ce n’est pas fait pour nous, que Pierre et tous ceux qui ont suivi le Christ à un tel point étaient des personnes extraordinaires, des êtres exceptionnels… Mais ce n’est pas vrai. Pierre et tant d’autres n’étaient pas au départ différents de nous. Ils ont été appelés au milieu de leur vie quotidienne, qui n’avait rien d’extraordinaire. Chacun étaient préoccupés par ses activités, ses soucis, ses passions, ce qui lui paraissait le plus important… Sans doute certains avaient-ils des doutes. Bref, ils nous ressemblaient, et nous pouvons donc vivre la même transformation qu’eux.

Cette audace, cet acte d'espérance que vous avez à poser en ce début d'année ne concerne pas seulement l'avenir de nos structures, mais aussi les personnes mêmes des jeunes qui fréquentent aux établissements et ce que nous pouvons leur offrir. L'Enseignement catholique, parce qu'il est catholique, a l'ambition de permettre la rencontre avec le Christ, comme Pierre a pu le faire au bord du lac de Tibériade. Comme chefs d'établissement, vous avez à poser l'acte de foi que cette rencontre est possible pour eux. Car, contrairement à ce que beaucoup pensent, les jeunes ne refusent pas Dieu au départ. Pour eux, la relation à Dieu n’est pas d’abord perçue comme une contrainte ou une aliénation, mais plutôt comme une énigme à percer, une recherche ou une source de liberté et de joie. J’en ai encore été témoin aux JMJ à Madrid, en rencontrant des jeunes qui ne sont pas des catholiques, mais qui sont venus parce qu’ils cherchent. Ils sont prêts à entendre des témoins sincères. Ils savent que ces témoins parlent à leur intelligence et à leur cœur en les respectant. Ils n’ont pas peur de les écouter.

L’Évangile, en la personne de Jésus, nous montre alors la juste attitude que nous devons avoir envers les jeunes. Le Christ est le « Bon Maître Â», celui qui enseigne en aimant profondément ceux à qui il s’adresse. C’est la première partie de l’Evangile d’aujourd’hui. Et nous pouvons lui demander de lui ressembler quand, assis dans la barque, il enseigne les foules. Et c’est là que nous rejoignons encore une fois votre thème d’année : « l’exploration éducative Â». L’éducation commence par l’amour. Mais comment aimer un jeune avec justesse ? D’abord en reconnaissant tout simplement qu’il est un jeune. Un jeune est une nouveauté offerte, une promesse donnée, un trésor gratuit de talents. Aimer les jeunes signifie les accueillir avec gratitude et émerveillement pour l’unique et belle raison qu’ils sont là et qu’ils arrivent avec leur nouveauté comme des dons merveilleux ! C’est la première attitude d’amour que nous, adultes, devons avoir en présence de jeunes. Un jeune est unique ! Chacun d’eux est pour nous un don.

La jeunesse est une richesse unique qui ne se répète pas, un temps irremplaçable en toute vie, où le jeune découvre qu’il a de grands biens. Il se découvre avec ses qualités et ses capacités. Il se découvre masculin ou féminin. Il se découvre à l’intérieur d’une histoire familiale, religieuse et sociale. Il se découvre dans un monde qu’il n’a pas choisi et dont il a envie de voir toute la beauté. Il se découvre unique sans bien en mesurer toute la portée. Parfois, il se découvre devant l’abîme d’une question cruciale, celle du sens ou de l’absurdité. Vivre sa jeunesse, c’est vivre progressivement ces découvertes, c’est construire pas à pas sa personnalité tout en demeurant jeune.

Dans cette construction, le jeune cherche alors des balises, des poteaux indicateurs qui soient bons. C’est pourquoi il a besoin de bons maîtres, d’adultes qui soient dans sa barque à côté de lui, qui l’accueillent en recevant ses interrogations, ses peurs et ses faiblesses, ses impatiences avec ses violences qui sont inhérentes à la jeunesse, et qui prennent du temps avec lui. Et un jeune reconnaît en un adulte un bon maître quand cet adulte ne se dérobe pas devant ses questions essentielles : celles du sens de la vie, de l’existence de Dieu, de la foi, de l’absolu, de la solidarité, du bien et du mal… Le maître est bon quand il discerne dans les jeunes la pertinence et la profondeur de leurs questions, quand il reconnaît en eux la présence de Dieu. Pierre a accepté la recommandation de Jésus de relancer ses filets parce qu’il avait sans doute perçu que le Christ était un bon maître, et il finit par se rendre compte, à cause du miracle de la pêche, que Jésus ne faisait pas seulement un discours sur Dieu, mais qu’il est Dieu.

Etre habité par l’espérance chrétienne, et devenir sans cesse de bons maîtres, c’est ainsi que je décline votre thème d’année. Et c’est ce que nous pouvons demander les uns pour les autres au cours de cette messe de rentrée. Puissent beaucoup de jeunes, comme Pierre, découvrir en cette année la bonté du Christ pour eux, grâce à vous et à notre Enseignement catholique en Finistère. Que l’Esprit Saint vous éclaire et vous aide ainsi à bien tenir le cap en cette nouvelle année, et qu’il remplisse lui-même vos filets. Amen.

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