ADMISSION DE PASCUAL HIDRIO ET MINISTERES INSTITUES DE CORENTIN SANSON – 03.09.11 - LOCMARIA

 

         Le 3 septembre 2011

Frères et sÅ“urs, le texte d’évangile que nous venons de lire met en relief les critiques que subissent Jésus et ses disciples dans leur manière de vivre inspirée par la liberté venant de l’Esprit Saint. Ces critiques, avec les obstacles rencontrés dans leur ministère, n’ont pas été réservées qu’aux seuls apôtres ; elles ont été la condition normale des disciples de Jésus depuis 2000 ans.

Il est important, me semble-t-il, au moment où deux d’entre vous vont répondre à l’appel de l’Eglise dans la perspective du ministère, de prendre la mesure d’une telle tâche apostolique. Mon cher Corentin, mon cher Pascual, vous vous apprêtez à servir Dieu et son Eglise dans un monde où les conditions ne sont pas forcément simples pour annoncer l’Evangile. Croire ne va pas de soi en ce temps. Notre foi et notre espérance y sont mises à l’épreuve. Mais le Christ veut vous faire comprendre que c’est lui qui la source de tout ministère dans l’Eglise, et que ce ministère ne peut être identifiable en termes d’efficacité ou de rentabilité, comme dans les autres domaines de notre société. Le ministère n’est pas une cause, la pastorale de l’Eglise n’est pas la gestion d’une entreprise ; elle est service de la liberté, celle de Dieu et celle des hommes. Et dans ce service, vous rencontrerez oppositions et critiques. Vous rencontrerez aussi la tentation de l’efficacité, du résultat, avec en contraposé le risque du découragement. Et vous devrez peu à peu, comme vous avez commencé à le faire, vous dessaisir de vos propres conceptions, de vos propres désirs pour laisser faire le Christ. C’est lui qui est le « Maître du Sabbat », c’est lui qui est le Maître de la moisson. Nos échecs comme nos succès, nos projets comme nos programmes, ne sont pas les nôtres, ils ne nous appartiennent pas ; ils ne peuvent être alignés sur les critères d’efficacité ou de profit qui régissent notre société. Nous marchons chaque jour à la suite du Ressuscité, mais c’est l’Esprit qui trace la route.

Dans son dernier livre, le Pape Benoît XVI parle de cette humilité de tout ministère dans l’Eglise : « Nous sommes une Eglise, c’est-à-dire une communauté d’hommes et de femmes rassemblée dans la foi. Notre tâche n’est pas de fabriquer n’importe quel produit ou d’avoir du succès dans la vente de marchandises. Notre tâche est de vivre la foi, de la proclamer et en même temps de maintenir cette communauté de volontaires qui traverse toutes les cultures, qui franchit les nations et les époques et qui ne repose pas sur des intérêts extérieurs, mais sur une relation intérieure avec le Christ et donc avec Dieu lui-même ». C’est important de bien comprendre cela, car cette manière de concevoir notre vie et notre ministère est bien éloignée celle de nos sociétés occidentales, si angoissées de réussite et de concurrence, de performance et de domination pour s’imposer.

Si je vous dis tout cela, c’est pour vous rappelez la manière dont vous aurez à servir, et la manière dont vous aurez à vivre joies ou difficultés dans votre vie en Eglise, afin que vous soyez portés par la véritable espérance. St Paul vous l’a rappelé dans la première lecture : « Il faut que, par la foi, vous teniez, solides et fermes ; ne vous laissez pas détourner de l'espérance que vous avez reçue en écoutant l'Évangile ». Notre espérance, l’espérance de l’Eglise, son avenir, c’est le Christ lui-même. Ce qui doit vous conduire, ce qui doit fonder votre mission, c’est l’amour du Christ et de son Eglise.

Lors de sa rencontre à Madrid avec les séminaristes (et je vous invite à lire et à méditer son intervention), Benoît XVI leur a rappelé la nécessité de la sainteté pour accomplir le ministère ordonné dans l’Eglise. Non pas simplement pour répondre à la vocation commune à la sainteté ; mais d’abord pour le bien du Peuple de Dieu. Cette sainteté, ce n’est rien d’autres que laisser le Christ, l’unique grand prêtre, dominer et guider votre vie. Il doit devenir le Maître du Sabbat, le maître de vos vies. Il ne s’agit pas simplement de dire qu’il est Seigneur ; il s’agit de d’en faire le Seigneur de vos existences.

Vous allez être appelés à le faire en servant l’Eglise. S’il y a bien une chose que vous devez développer durant vos années de formation, c’est l’amour de cette Eglise. Comme le disait Benoît XVI aux jeunes à Madrid, suivre le Christ ne peut se faire que dans l’Eglise. Tout à l’heure, dans une question que je vous poserai, ils sont intiment liés : « Voulez-vous développer une ferme disposition à servir le Christ et son corps qui est l’Eglise ? » Votre attachement au Christ déterminera votre amour de l’Eglise. Etre admis parmi les candidats au sacerdoce d’un diocèse, être institué lecteur et acolyte, cela signifie que l’on a compris que c’est vers un peuple précis qu’on sera envoyé, et pas vers un autre. Ce peuple, il est représenté par l’évêque qui vous admet. Cultivez donc dès maintenant cet amour du Peuple de Dieu qui est en Finistère, et de l’Eglise toute entière. On ne peut être prêtre sans aimer l’Eglise, telle qu’elle est, et non pas telle qu’on rêve qu’elle soit.

Corentin, Pascual, vous avez déjà participé à suffisamment d’admissions et d’institutions aux ministères pour en connaître le contenu et la portée. Au cœur de votre amour du Christ et de son Eglise, l’Ecriture Sainte et l’Eucharistie doivent avoir une place prépondérante, pas seulement pour vous-mêmes comme pour tous les autres baptisés, mais en étant pour tous le serviteur de la Parole et des sacrements, éducateurs de la prière personnelle et de la prière liturgique, exemples dans votre attachement à votre Eglise diocésaine.

Frères et sœurs, prions pour les séminaristes de notre diocèse, en particulier pur ceux qui font un pas de plus ce matin vers le sacerdoce. Prions aussi pour que d’autres entendent l’appel de Dieu. Toute institution ou toute ordination nous rappelle que nous devons œuvrer, de façon pressante, pour que naissent des vocations de toutes sortes dans notre diocèse, en particulier des vocations consacrées. Notre Eglise a besoin de prêtres, de diacres, de religieux et de religieuses. Osez dire aux jeunes que suivre le Seigneur est un chemin sûr vers le bonheur et la liberté.

Corentin, Pascual, que le Seigneur, lui le Bon Maître, le Maître du Sabbat, vous donne la joie qu’il réserve à ses serviteurs et qu’il achève lui-même en vous ce qu’il a commencé. Amen.

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