INSTALLATION DES PERES CHRISTIAN BERNARD, MARCEL UGO ET AUGUSTIN BLEUNVEN
XXV° DIMANCHE ORDINAIRE A – ST RENAN – 18 SEPTEMBRE 2011
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Le 18 septembre 2011
Frères et sœurs, l’Evangile de ce dimanche fait partie de la réponse que le Christ donne à une question que, les apôtres, par la voix de Pierre, ont posé : « Pour nous qui avons tout quitté, qu’y aura-t-il ? ». Comment la comprendre cette parabole de Jésus, qui semble bien injuste sur le plan social, et en tout cas qui n’est certainement pas dans notre logique ?
En fait, la clef de cet évangile, c’est l’Alliance : l’Alliance que Dieu veut réaliser avec l’humanité. La première interprétation peut être historique : les premiers ouvriers de la vigne, c’est le peuple d’Israël, appelé le premier à l’Alliance avec Dieu ; les derniers ouvriers, ce sont les peuples païens, c’est-à -dire nous, qui, au cours de l’histoire, ont adhérer peu à peu à l’Evangile, et qui bénéficient de la même Alliance, du même salut, ce qui a été un scandale pour le peuple juif.
Mais on peut aussi appliquer cela sur un plan plus personnel et plus spirituel : chacun de nous, suivant sa vocation, suivant ses dons, est appelé à travailler à la venue du Royaume, à l’annonce de l’Evangile. Et annoncer l’Evangile doit être bien important pour que Dieu y appelle tout le temps : important pour les autres, et important pour ceux qui annoncent. Chacun de nous est appeler à se mettre au service de ce Père décidément peu ordinaire et en dehors de nos critères habituels : on n’embauche pas une heure avant la fin de la journée, sauf si ce qui importe pour le maître est plus l’ouvrier que le travail qu’il accomplit... Quelque chose de notre baptême, de notre sainteté ne se met en œuvre que si nous évangélisons.
Et on peut aussi appliquer cette parabole à notre vie en Eglise. Il nous faut avoir un cœur assez large, assez accueillant pour vivre avec toux ceux que Dieu nous donne comme compagnons de route. L’Eglise est une famille, où l’on ne choisit pas ses frères et ses sœurs. Ce n’est pas une équipe ou une association, où l’on accepterait que ceux avec qui on s’entendrait bien. Il nous faut accepter les ouvriers de toutes les heures, c’est-à -dire de toutes les sensibilités, ceux qui ne nous plaisent pas forcément humainement, qui n’ont pas les mêmes habitudes, les mêmes idées, les mêmes dons que nous, pour travailler ensemble à la même vigne du Seigneur. Vous avez l’opportunité de mettre en œuvre une telle attitude, alors que vous vivez aujourd’hui un certain nombre de changements dans votre doyenné. Cela est important pour vous, qui connaissez aujourd’hui des changements dans votre doyenné. Et c’est important pour notre diocèse qui réfléchit à son avenir. Nous parlons souvent de l’accueil des autres ; nous voulons porter la Bonne Nouvelle à tous. La question nous est posée de savoir si nous sommes prêts à collaborer avec tous ceux qui se présentent dans l’Eglise. Et je crois que la réponse n’est pas si évidente, car cela demande une véritable conversion intérieure.
Christian, Marcel, Augustin, en devenant prêtres, vous avez préféré le Christ, et vous avez tout quitté pour lui et pour son peuple, comme le dit Paul dans la deuxième lecture : votre vie, c’est le Christ. Vous vous êtes laissés embaucher pour travailler exclusivement à sa vigne. Et en vous nommant comme curés solidaires de ou comme coopérateur dans des ensembles paroissiaux de ce doyenné du Pays d’Iroise, je vous envoie aider et guider ces communautés pour que les fidèles qui y vivent mettent eux aussi cet évangile en pratique. Par votre ministère sacerdotal, vous devrez les amener à mettre le Christ toujours plus au centre de leur vie, concrètement, en leur faisant découvrir les chemins de Dieu qui sont bien différents des nôtres, comme le dit le prophète Isaïe. Et vous devrez vous y employer sans relâche, en veillant aussi à la communion fraternelle entre toutes ces communautés. Vous devrez les amener à collaborer entre elles, à réfléchir avec elles, afin que tous les fidèles soient des témoins de l’Evangile, pour qu’ils annoncent à tous ceux qui les entourent que suivre le Christ transfigure notre vie. Vous devrez veiller à ce qu’ils soient évangélisateurs. Je sais que tous vous remplirez votre mission avec courage et amour, en communion avec moi et les autres prêtres du diocèse ; je sais que vous saurez aimer les fidèles de ce doyenné, et que vous saurez vous faire aimer d’eux. La mission qui vous est confiée est importante et lourde. Mais le Christ nous a promis qu’il ne nous abandonnerait jamais dans cette tâche. Votre prière et votre vie fraternelle vous y aideront aussi. Et vous pourrez compter sur la collaboration apportée par les autres prêtres, les diacres permanents, les religieux, les religieuses et les laïcs présents ici. Vous aurez à cœur de favoriser cette collaboration, car il y va de l’annonce de l’Evangile et de l’avenir de notre diocèse.
Installer de nouveaux prêtres, c'est l'occasion de rappeler à tous leur mission et celle de la communauté chrétienne : annoncer l'Evangile ; présider à la profession de foi, et à sa transmission à tous les âges ; exercer la mission de sanctification du peuple chrétien par l’organisation et la célébration des sacrements et de la prière ; et enfin, exercer la responsabilité finale sur la portion du peuple de Dieu qui vous est confié et pour laquelle vous aurez à prendre les décisions nécessaires pour faire progresser la charité. Ce sont les trois grandes missions du ministère apostolique telles que le Concile Vatican II les a formulées : la charge d'enseigner, de sanctifier, et de gouverner le peuple chrétien. C'est pourquoi votre prise de fonction donne lieu à cette célébration qui fait ressortir ces trois grandes composantes de la mission de l'Eglise.
Frères et sœurs, en confiant la responsabilité pastorale de vos communautés aux Pères Christian, Marcel et Augustin, vous mesurez bien que nous ne posons pas un acte anodin. Je mesure aussi combien le départ des Pères Guy Auffret et Jean-Paul Gélébart peut engendrer de tristesses ou être vécu par certains comme une perte importante. Comme tous les prêtres, ils vous avaient été envoyés pour vous aimer. Et s’ils ont bien fait leur travail, ce dont je ne doute pas, il est normal que vous quitter ait été pour eux et pour vous un déchirement.
Mais pour vous aider, je vous invite à ne pas vivre ce changement simplement sous le mode du deuil. Non pas en vous disant : « On avait de bons curés, on nous les enlève ; mais, bon, c'est la vie, on va essayer de vivre sans eux et avec les nouveaux » ; mais en vous disant : « ce changement doit être non seulement l'occasion de continuer ce qui a été commencé depuis tant de générations, mais même une occasion de renouveau ». C’est une opportunité pour tous et pour chacun de dire : « Nous sommes appelés à faire un nouveau pas en avant, à travailler à frais nouveaux dans la vigne du Seigneur ». L’Eglise diocésaine vous donne de nouveaux prêtres pour stimuler un peu plus encore vos communautés déjà riches et dynamiques, et ils sauront appeler le plus possible de chrétiens à participer à la mission qui est la leur. Je sais que vous saurez bien les accueillir et les recevoir avec reconnaissance. Ils ont tout quitté pour vous en devenant prêtres. Que votre accueil soit à la mesure du don d’eux-mêmes qu’ils font pour vous.
Par cette installation, nous posons à nouveau un acte d'espérance : celui de voir les hommes et les femmes de votre ensemble paroissial qui ne suivent pas le Christ se mettre à l’écouter et à le préférer. Ces hommes et ces femmes nous font défaut ! Votre doyenné fait plus de 43 000 habitants, et nous ne pouvons nous résoudre à ce que la majorité d’entre eux ne célèbre pas avec nous le Christ Sauveur. Car l’Eglise n’est pas là pour notre confort. L'Église a une mission et un devoir : annoncer la Bonne Nouvelle à l'humanité entière. C'est pour accomplir cette mission et ce devoir qu'elle se réunit et qu’elle reçoit des prêtres. Il ne s’agit donc pas de donner à des communautés simplement les prêtres qui leur conviendraient le mieux et qui s’adapteraient le mieux à leurs habitudes… pour peu que tels prêtres existent ! Il s’agit qu’ensemble, fidèles et prêtres annoncent le Christ. Avec vos nouveaux prêtres, frères et sœurs, vous êtes tous envoyés comme des témoins de l'espérance de la foi à la rencontre de ces hommes et de ces femmes au milieu desquels vous vivez, en inventant sans cesse de nouvelles initiatives. Je vous souhaite donc qu’avec eux, avec les autres prêtres et diacres, avec les équipes pastorales, votre doyenné porte toujours à l'esprit et au cœur la question lancinante de ceux qui ne connaissent pas complètement le Christ. Pour vous, frères et sœurs, choisissez le Christ et préférez-le. Car plus nous préférerons le Christ, plus nous saurons aimer ceux qui nous entourent et leur faire aimer le Seigneur.
Frères et sœurs, au début de cette nouvelle période de la vie de vos communautés, nous faisons bien sûr aussi mémoire des curés qui se sont succédés parmi vous. Nous les associons à notre action de grâce et à notre prière, avec reconnaissance pour tout ce qu’ils ont accompli parmi vous. Mais recevoir de nouveaux prêtres, c’est aussi l’occasion de prier pour les vocations sacerdotales. En priant pour les vocations ce matin, pour que les jeunes qui sont appelés par le Seigneur entendent et répondent favorablement à cet appel, nous prions pour l’avenir de nos communautés chrétiennes, pour que plus tard, d’autres prêtres viennent prendre la relève de ceux qui vous sont donnés ce matin. Et j’invite les jeunes ici présents à se poser la question de ce qu’ils veulent faire de leur vie. Que le don de deux nouveaux prêtres mis à votre service stimule votre générosité à répondre au Seigneur s’il vous appelle comme eux au sacerdoce.
Prions enfin avec confiance les uns pour les autres, pour que nous développions dans nos communautés chrétiennes la capacité de nous appuyer les uns sur les autres, de travailler ensemble dans l’Eglise, et de devenir ainsi mieux capables de rendre témoignage à l'Evangile dans notre société. Amen.