VISITE PASTORALE PONT L’ABBE - XXVI° DIMANCHE ORDINAIRE - ANNEE A – 25.09.11

Le 25 septembre 2011

Frères et sœurs, le maître-mot de ce dimanche, après toutes les lectures que nous venons d'entendre, ce pourrait être «CONVERSION». En effet, d'une façon ou d'une autre, c'est à cette attitude que Dieu nous appelle aujourd'hui. Et cela va bien avec le pardon que nous célébrons, puisque un des objectifs de tout pardon, comme son nom l’indique, est bien d’entrer dans la réconciliation avec Dieu, donc de nous convertir.

Le contexte dans lequel Jésus prononce la parabole de cet évangile est très polémique. Le Christ vient de chasser les vendeurs du Temple. Puis il a symboliquement desséché un figuier sans fruit. Les autorités de Jérusalem lui demandent alors de quel droit il fait ces gestes provocateurs. Jésus répond alors par trois paraboles. Celle d'aujourd'hui, les deux fils, puis celle des vignerons homicides, et enfin celle des invités qui refusent de venir à un festin nuptial. La Passion est toute proche, et Jésus sait qu'il va être rejeté par ceux-là même qui auraient dû l'accueillir, c’est-à-dire l’humanité et chacun d’entre nous... Et c’est donc à nous tous que la question est posée : « Que pensez-vous de ceci » ? Et nous avons à découvrir tout ce que Jésus veut nous dire, et qui nous concerne personnellement. Aussi, je vous propose trois réflexions, trois découvertes à travers cette parabole, qui sont chacune liées à un piège dans notre vie spirituelle.

Première découverte, premier piège : croire que nous ne pourrons jamais changer et jamais devenir saints. Or, nous dit Jésus, il nous est toujours possible de changer. La parabole montre que chacun des frères a fait le contraire de ce qu'il a dit. Le Christ nous ramène ainsi à notre responsabilité en nous répétant que les jeux ne sont pas faits d'avance ; mais que, par sa grâce, avec lui, quel que soit notre passé, quels que soient nos refus précédents, ou quels que soient nos acceptations, un changement est toujours possible. Le Christ donne sa chance à chacun et il ne fige personne dans son passé. Dieu voit plus loin : il n'y a pas des bons et des mauvais définitifs. Il n’y a que des hommes qui peuvent changer, mais qui ont à assumer la responsabilité de leurs actes. C'est aussi ce que voulait dire la première lecture : « Je ne désire pas la mort du méchant, je veux qu'il vive ».

Nous, nous sommes souvent tentés de croire que ces changements sont impossibles. Et face à nos propres difficultés, nous pouvons nous décourager en disant : « je n'y arriverai jamais Â». Nous avons tendance à croire que nous ne pouvons rien faire bouger dans notre monde : « Ã  quoi bon ! Cela me dépasse tellement ! Â». Face à cela, entendons les propos du Christ qui sont plein d'espérance. Tous ceux qui jusqu'ici ont répondu non au Père – et nous sommes parfois de ceux-là â€“ peuvent encore changer, se convertir. Et c’est pour cela que nous croyons qu’il est possible d’annoncer l’Evangile à ceux qui nous entourent ; qu’il est possible de les évangéliser, car tout homme est apte à recevoir le Royaume de Dieu. Bien sûr que cela demande du temps, comme pour le fils qui dit non, puis qui se met au travail. Mais c'est possible, puisque Dieu nous en donne la force si nous la lui demandons.

Deuxième découverte, deuxième piège : après le découragement ou le fatalisme, nous devons aussi nous méfier d'un autre piège. Celui de nous contenter d'une acceptation globale de ce que veut Dieu, sans jamais passer à l'acte : dire oui, et ne rien faire. Or il est clair que, comme dans la première lecture, les deux fils de l'évangile sont jugés, non sur leurs paroles ou leurs bonnes intentions, mais sur leurs actes. Le deuxième fils, répond à son Père en disant : « Oui, Seigneur » ; et ce titre est plein de respect et de soumission ; pourtant, il n'agit pas. La tradition juive insiste beaucoup sur la pratique des commandements de Dieu, et la tradition chrétienne nous le rappelle également. Le Christ nous le rappelle sévèrement : « Ce n'est pas celui qui me dit : ‘Seigneur, Seigneur’, qui entrera dans le Royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux ». Nos belles pensées, nos grands désirs ou nos velléités d’un jour ne suffisent pas, parce que cela équivaut à dire oui par nos lèvres et non par nos acte. ! Ce ne sont pas seulement nos professions de foi qui comptent, mais aussi et surtout nos comportements de foi. Dans un instant, nous allons dire notre Credo. Nous allons dire aussi : « Que ton règne vienne... que ta volonté soit faite... Â». Prions pour que nos actes de chaque semaine correspondent à ces déclarations de nos dimanches !

Mais il y a une troisième découverte, un troisième piège dans cette parabole. Et c'est sans doute le plus important. Le Christ nous dit que nous pouvons changer ; il nous dit aussi que nos actes doivent être cohérents avec nos paroles. Mais il arrive parfois que nous nous croyons en pleine cohérence sans l'être vraiment, ou que nous refusons de découvrir ce qui est en contradiction avec la volonté du Père. C'est la conclusion de la parabole, où Jésus reproche aux pharisiens de ne pas avoir écouté Jean-Baptiste, et où il proclame que les prostituées et les publicains, s'ils se convertissent, les précéderont dans le Royaume. En effet, quelle est la logique des pharisiens ?

Les pharisiens et les chefs de prêtres ont, comme le second fils, dit oui à la volonté de Dieu, qui s'exprimait pour eux à travers la loi de Moïse. Et ils ont fait plus que le deuxième fils : ils ont appliqué la loi, à la lettre, scrupuleusement. Ainsi, leur réaction est de se dire : « Je n'ai pas besoin de me convertir. Où serait mon péché, à moi qui applique tout ce que Dieu me demande ? La conversion, c'est bon pour les courtisanes et les publicains, ces pécheurs. Mais moi, je n'ai pas de péché, je suis juste ! Â» Les pharisiens contemplent leur propre justice au lieu de contempler celle de Dieu. Ils pensent qu'ils n'ont pas besoin de se convertir. Et c'est cela leur péché ! Alors transposons cela à notre époque.

Aujourd'hui, il est difficile de parler vraiment du péché. Rien n'est vraiment faute, et il y a toujours de bonnes excuses : « Je n'ai pas le temps ! Dieu n'en demande pas tant ! Le Bon Dieu, c'est le dimanche ; tout cela, c’est bien compliqué... Â» Cela se retrouve aussi dans le sacrement de réconciliation, que peu de chrétiens, tout compte fait, demandent à recevoir, et où beaucoup trouvent même plus nécessaire de se confesser ! Nous avons tous entendu des réflexions du genre : « Pourquoi voulez-vous que j'aille me confesser ? Ce que je fais est tellement banal, tellement insignifiant ? Tout le monde le fait ! Ce n’est pas si grave... Et puis d'abord qu'est-ce qui est bon et qu'est-ce qui est mauvais ? Â» Et c'est peut-être là que réside le péché. C'est de ne pas avoir de repentir de nos péchés. Le vrai péché, le péché de pharisien, c'est de ne plus vouloir discerner vraiment nos péchés concrets, de les trouver normaux, d’en prendre son parti, de ne plus chercher à se convertir

Le très beau passage de la lettre aux Philippiens que nous avons entendu tout à l’heure nous donne l’état d’esprit personnel et mutuel pour pouvoir vivre cet appel à la conversion. Car nos communautés chrétiennes sont là aussi pour nous soutenir dans nos efforts, comme le dit la deuxième lecture : « On s'encourage dans l'amour, on est en communion dans l'Esprit, on a de la tendresse et de la pitié... ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. »

Ce pardon de ND de Tréminou est une opportunité de prier pour que nous soyons capables de reconnaître et de regretter nos péchés, afin de ne pas tomber dans le péché de fausse justice, le péché de l’inutilité de la conversion. Si nous voulons vraiment évangéliser nos frères, si nous voulons vivre en communion les uns avec les autres comme nous y invite Mission 2012, il nous faut sans cesse nous convertir. Avec le psaume de ce dimanche, nous pouvons redire au Seigneur : «Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi. Tu es bon, Seigneur, toi qui montre aux pécheurs le chemin, qui enseigne aux humbles le chemin de ta loi». Amen.

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