INSTALLATION DU PERE GUY AUFFRET – LANDIVISIAU
XXIX° DIMANCHE ORDINAIRE – A – 16.10.11 – ASSEMBLEE MISSIONNAIRE DE DOYENNE
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Le 16 octobre 2011
MOT D’INTRODUCTION
Frères et sœurs, en cette Journée mondiales pour les Missions, nous avons la grâce de vivre l’installation de votre nouveau curé. Tout cela est intimement lié.
En effet, installer un nouveau prêtre dans un ensemble paroissial, c'est l'occasion de rappeler à tous leur mission : annoncer l'Evangile ; présider à la profession de foi et à sa transmission à tous les âges ; exercer la mission de sanctification du peuple chrétien par l’organisation et la célébration des sacrements et de la prière ; et enfin, exercer la responsabilité finale sur une portion du peuple de Dieu, en prenant les décisions nécessaires pour faire progresser la charité. Ce sont les trois grandes missions du ministère apostolique telles que le Concile Vatican II les a formulées : la charge d'enseigner, de sanctifier, et de gouverner le peuple chrétien. C'est pourquoi cette prise de fonction donnera lieu, au cours de cette célébration, à plusieurs gestes symboliques qui feront ressortir ces trois grandes composantes de la Mission de l'Eglise. Et la consécration de cet autel que nous allons vivre aussi en même temps nous le rappellera aussi.
Durant cette messe, nous ferons aussi mémoire des curés qui se sont succédés parmi vous, à commencer par le Père Yves Laurent que j’ai dû nommer à Morlaix. Mais recevoir un nouveau prêtre, c’est aussi nous rendre compte toujours plus que « le sacerdoce est indispensable à l’Eglise, que les prêtres sont un don de Dieu pour l’Eglise » ; c’est aussi l’occasion de prier pour les vocations sacerdotales. Ce matin, nous prierons aussi pour les vocations, pour que les jeunes qui sont appelés par le Seigneur entendent et répondent favorablement à cet appel. Nous prierons pour l’avenir de nos communautés chrétiennes, pour que plus tard, d’autres prêtres viennent prendre la relève du prêtre qui vous est donné ce matin. Et j’invite les jeunes ici présents à se poser la question de ce qu’ils veulent faire de leur vie. Que le don d’un nouveau prêtre mis à votre service stimule votre générosité à répondre au Seigneur s’il vous appelle comme lui au sacerdoce.
HOMELIE
Frères et sœurs, en ce dimanche de nos assemblées missionnaires de doyennés, dans tout notre diocèse, dimanche qui est aussi celui de la prière pour les Missions, nous avons la joie de vivre l’installation de votre nouveau curé. Et cet événement symbolise bien la Mission de l’Eglise pour laquelle nous prions aujourd’hui et toute cette semaine. L’évangile, une fois de plus, nous remet au cœur de cet appel qui nous est fait d’annoncer à ceux qui nous entourent que le Christ est le vrai Sauveur de l’homme, que le connaître et le suivre est primordial pour chacun être humain.
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Nous connaissons bien cette affirmation du Christ, devenue proverbiale. Pourtant, nous devons bien en comprendre toute la portée, car l'affirmation du Christ va en fait bien plus loin qu'une simple séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux, comme on a trop voulu l'interpréter. Une fois de plus, les adversaires de Jésus lui tendent un piège : « Faut-il payer l'impôt à César » ? Le problème n'est pas sans importance et sans conséquence, car la Palestine est alors occupée par les armées romaines, et les juifs n'avaient pas tous la même attitude face à l'occupant. Ainsi, les Hérodiens étaient des collaborateurs, car Hérode était en place grâce à l'autorité romaine, et ils considéraient comme un crime de ne pas payer l'impôt à César. Les pharisiens, au contraire, étaient contre Rome et voyaient en ceux qui payaient cet impôt des traîtres et des pécheurs. La délégation qui vient donc voir Jésus est volontairement composée de personnes aux opinions opposées. Et ils se sont mis d'accord, ce qui veut dire que leur demande est un piège ; et Jésus le sait. Si le Christ prend parti, il sera compromis de toutes manières : s'il répond oui, il suscite la colère de certains comme mauvais patriote ; s'il répond non, il sera dénoncé comme agitateur. Mais Jésus va répondre en élevant le débat.
L'Etat a des droits, et Jésus le dit clairement : « Rendez à César ce qui est à César ». Cette parole s'inscrit dans la perspective de toute la Bible, qui affirme que tout pouvoir vient de Dieu. Dans la première lecture de ce dimanche, nous voyons même qu'un roi païen, Cyrus, est présenté comme quelqu'un qui fait l'œuvre de Dieu sans le connaître. Jésus prend au sérieux le rôle des affaires politiques. Nous avons, en tant que chrétiens, à remplir ces tâches terrestres. Mais si l'Etat a des droits, n'oublions pas que la société humaine n'est pas tout pour l'homme. Il est important de constater que Jésus parle de nos devoirs envers Dieu alors qu'on l'interroge sur les devoirs envers le pouvoir terrestre. Il affirme ainsi que si l'Etat a des droits, il n'a pas tous les droits : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Cela veut dire aussi que l'homme ne se définit pas seulement par rapport à se place dans la société terrestre et à son efficacité dans ce rôle. La politique, l'économie, l'ordre social, pour importants qu’ils soient, ne sont pas tout l'homme. Jamais l'Etat ne pourra être la fin ultime de l'homme. « L'homme ne vit pas seulement de pain... », ni de marchés financiers, ni de supermarchés, ni de loisirs ou de télévision. Il ne peut se contenter simplement de ce que lui offre le monde. Depuis toujours, l'homme a été tenté de ne trouver son bonheur que dans des biens matériels. Et le problème est loin d'être dépassé de nos jours. La crise financière que nous vivons en est le symbole, montrant l’illusion qu’il y a à tout baser sur le profit et la croissance. Le Christ, dans cet évangile, nous rappelle au contraire que tout ne se limite pas à cette terre. Si la pièce de César est marquée à l'image de César, la personne humaine, quant à elle, est marquée à l'image de Dieu, et elle doit retourner à Dieu. C’est en lui seul qu’elle pourra connaître son véritable bonheur. Les biens matériels sont bons, nécessaires et utiles, mais ils ne suffisent pas. Et César, c’est-à -dire l’Etat, n’est pas dispensé de rendre à Dieu ce qui est à Dieu !
C’est cette conviction que l’homme est fait pour retourner à Dieu, qui est à la source de la Mission. L’Eglise a la mission de le rappeler sans cesse au monde, quitte à être signe de contradiction. La Mission de l’Eglise est de redire, à temps et à contretemps, la prééminence de Dieu sur tout le reste, et la source du vrai bonheur de l’homme. La Mission, c’est proposer à l’homme les moyens pour aller vers son Dieu, car c’est ainsi que, nous le croyons, l’homme sera pleinement homme. Chaque homme a droit à cette vérité et ce bonheur. Chaque homme a le droit de retrouver en lui l'image de l'amour divin, parce que le Christ est mort pour cela. La Mission de l'Eglise ne fait que rappeler et proposer aux hommes, notre foi et notre conviction que le bonheur, que la vérité ne passent que par le Christ mort et ressuscité pour nous. Comment pourrions-nous garder tout cela en nous, sans le faire rayonner ?
Nous avons à entrer toujours plus avant dans la Mission de l’Eglise. Mission 2012, nos dimanches missionnaires tentent de nous le rappeler. Il ne peut y avoir de coupure : nous ne pouvons pas être chrétiens le dimanche, réunis avec d’autres autour de l’autel, et pas dans notre travail, notre vie quotidienne ou nos loisirs le reste de la semaine. Notre témoignage est tellement important pour tant d’hommes ! La mission, l’évangélisation commence à notre porte. Notre façon de vivre doit poser question à ceux que nous côtoyons chaque jour ; ils devraient nous envier du sens que nous donnons à notre vie ; nous envier de connaître le Christ. Ce rôle missionnaire n'est pas facultatif, et il est à la portée de chacun d'entre nous. Il ne s’agit pas de faire de grandes déclarations, mais déjà de témoigner autour de nous, auprès de ceux qui nous sont les plus proches, de ce que nous-mêmes nous connaissons de Jésus, de ce que nous en vivons, de ce que cela change à notre vie.
Guy, en devenant prêtre, vous avez répondu à cet appel à la Mission, et vous avez tout quitté pour le Christ et pour son peuple. Et en vous nommant comme curé doyen de Landivisiau, je vous envoie guider les communautés qui le composent pour qu’elles annoncent à tous ceux qui les entourent que l’Evangile du Christ est vraiment une Bonne Nouvelle, que suivre le Christ transfigure notre vie. Vous devrez veiller à ce que tous soient évangélisateurs. Vous devrez le faire en collaboration avec les autres prêtres, les religieux, les religieuses et les laïcs présents dans votre doyenné. Vous aurez à cœur de favoriser cette collaboration, car il y va de l’annonce de l’Evangile et de l’avenir de notre diocèse. Vous aurez à célébrer pour tous ceux dont vous avez la charge les sacrements qui les aidera à être de plus en plus à l’image de Dieu. Apportez-y tout le soin et la beauté nécessaires, afin que les fidèles y trouvent la nourriture dont ils ont besoin pour porter la Bonne Nouvelle au monde.
Frères et sœurs du doyenné de Landivisiau, l’Eglise diocésaine vous donne un nouveau prêtre pour stimuler un peu plus encore vos communautés dans la Mission. Le Père Guy Auffret saura appeler le plus possible de chrétiens à participer à la mission qui est la sienne. Mais répondrez-vous à ses appels ? Par cette installation, nous posons un acte d'espérance : celui de voir les hommes et les femmes de votre ensemble paroissial qui ne suivent pas le Christ répondre à son invitation. Ces hommes et ces femmes nous font défaut, et nous ne pouvons nous résoudre à ce que la grande majorité d’entre eux n’entendent pas ou ne répondent pas à l’appel du Sauveur. C'est pour accomplir cette Mission qu’une communauté qu’elle reçoit un prêtre, qu’elle se réunit, et qu’elle célèbre autour de l’autel les mystères de Dieu et les sacrements qui la font vivre pour qu’ensemble, fidèles et prêtres annoncent le Christ.
Le Pape Benoît XVI dans son message pour cette Journée mondiale des Missions, nous le répète : « L’annonce incessante de l’évangile vivifie l’Église, mais aussi sa ferveur, son esprit apostolique, renouvelle ses méthodes pastorales, afin qu’elles soient toujours plus adaptées aux situations nouvelles… Ce devoir n’a rien perdu de son caractère pressant… Nous ne pouvons être tranquilles à la seule pensée que, après deux mille ans, il y a encore des peuples qui ne connaissent pas le Christ et n’ont pas encore entendu son message de salut… La mission universelle implique toutes les personnes, tout et toujours. L'Evangile n'est pas un bien exclusif de celui qui l'a reçu, mais est un don à partager, une bonne nouvelle à communiquer. Et ce don-engagement est confié non seulement à quelques-uns, mais à tous les baptisés… Il est important qu'aussi bien les baptisés que les communautés ecclésiales participent, non pas de manière sporadique et ponctuelle à la mission, mais de manière permanente, comme forme de vie chrétienne. » Oui, frères et sœurs, avec votre nouveau prêtre et avec ceux qui sont déjà à votre service, vous êtes tous envoyés à la rencontre des hommes et des femmes au milieu desquels vous vivez comme des témoins de la foi, de l'espérance et de la charité, en inventant sans cesse de nouvelles initiatives. Je souhaite donc que votre doyenné porte toujours à l'esprit et au cœur la question lancinante de ceux qui ne connaissent pas complètement le Christ.
Frères et sœurs, que l’Esprit Saint nous inspire les mots et les attitudes adaptées pour que la Mission ne soit pas juste un bel idéal, mais une réalité pour chacun d’entre nous. Il nous faut être du monde pour l’évangéliser, tout en montrant à ce monde qu’il est fait pour Dieu. Rendons donc à César ce qui est à César, mais n'oublions pas de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en particulier nos frères les hommes, en les amenant vers le Christ. Acceptons avec confiance et sérénité les défis de notre temps pour confesser que Dieu est l’unique, et qu’il mérite que nous le reconnaissions comme le seul maître de nos vies. Amen.