PARDONNER L’IMPARDONNABLE – lourdes – FAMILLES 2011 – 29.10.11

Le 29 octobre 2011

En vous donnant cette catéchèse sur le pardon, je n’ai pas la prétention de vous donner des recettes toutes faites ou une formule magique. Mais je veux repartir de l’Ecriture Sainte, de ce que le Christ lui-même nous dit sur ce sujet. Je voudrais juste vous inviter à aller vers le Christ qui peut nous expliquer tout cela de l’intérieur et nous pousser à le mettre en Å“uvre, car, nous le savons bien, le pardon est impossible par nos propres forces ; il n’est pas au bout de nos efforts, mais bien une grâce de Dieu. Le pardon n’est pas naturel, mais surnaturel. Et cela est vrai pour ce qui nous semble impardonnable, mais aussi pour ce qui est du pardon quotidien, répétitif, qui peut user peu à peu… ou devenir une routine, une tolérance, c’est-à-dire autre chose que le pardon, le fait d’en prendre son parti… Et nous verrons que le pardon est intrinsèquement lié à l’amour, qu’on ne pardonne que parce qu’on veut aimer.

Toutefois, au début de cet entretien, je veux prendre une précaution oratoire et dire que j’ai bien conscience d’aborder un sujet extrêmement délicat, où chacun de nous est blessé, et que je ne veux en aucun cas offenser ou juger qui que ce soit, alors que sans doute certains parmi nous vivent des situations difficiles face au pardon.

1- LE PARDON VOULU PAR LE DIEU DE JESUS CHRIST

Prenons donc un premier évangile, en Matthieu, où Jésus s’exprime sur le pardon.

« Alors Pierre, s'avançant, lui dit: "Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu'à sept fois?" Jésus lui dit: "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à 77 fois. A ce propos, il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. L'opération commencée, on lui en amena un qui devait 10.000 talents, c’est-à-dire 60 millions de pièces d’argent. Cet homme n'ayant pas de quoi rendre, le maître donna l'ordre de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, et d'éteindre ainsi la dette. Le serviteur alors se jeta à ses pieds et il s'y tenait prosterné en disant: Consens-moi un délai, et je te rendrai tout. Apitoyé, le maître de ce serviteur le relâcha et lui fit remise de sa dette. En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent deniers; il le prit à la gorge et le serrait à l'étrangler, en lui disant: Rends tout ce que tu dois. Son compagnon alors se jeta à ses pieds et il le suppliait en disant: Consens-moi un délai, et je te rendrai. Mais l'autre n'y consentit pas; au contraire, il s'en alla le faire jeter en prison, en attendant qu'il eût remboursé son dû. Voyant ce qui s'était passé, ses compagnons en furent navrés, et ils allèrent raconter toute l'affaire à leur maître. Alors celui-ci le fit venir et lui dit: Serviteur méchant, toute cette somme que tu me devais, je t'en ai fait remise, parce que tu m'as supplié; ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j'ai eu pitié de toi? Et dans son courroux son maître le livra aux tortionnaires, jusqu'à ce qu'il eût remboursé tout son dû. C'est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cÅ“ur." » (Mt 18, 21-35)

Est-il vraiment possible de pardonner ainsi ? La réponse est nécessairement oui, car le Christ ne peut nous demander de faire quelque chose d’illusoire ou d’impossible. Mais alors, pourquoi et comment pardonner sans cesse ?

Dans l’évangile, Jésus répond à Pierre qu’il faut pardonner 70 fois 7 fois, c’est-à-dire infiniment. Pierre, dans sa question, voulait souligner qu'il y en a qui dépassent quand même les limites ! Pardonner une fois, deux fois, trois fois, passe encore ! Et Pierre se croit très généreux en proposant de pardonner jusqu'à sept fois au récidiviste incurable qui ne cesse de vous faire du mal ! Et puis, que fait-on quand c’est vraiment « impardonnable Â» ? Mais Jésus, lui, fait éclater tous nos calculs et il nous invite à pardonner à l'infini. Il le montre par la parabole des deux serviteurs.

Le serviteur qui a une dette envers le roi est dans une situation sans issue. En effet, il doit 60 millions de pièces d’argent à son maître. Cette somme, si on la compare au salaire journalier d’un ouvrier du temps de Jésus, représente le travail de 165 000 ans ! Autant dire que la promesse, « Patiente, et je te rembourserai tout », est impossible à tenir. Et le maître le sait fort bien. Ce serviteur qui doit tout à son roi, c’est chacun d’entre nous face à Dieu. Par tout ce que nous avons reçu de lui, à commencer par le don de la vie, jusqu’à nos refus de répondre à son amour et qui s’appellent nos péchés, nous sommes totalement insolvables : notre dette d’amour est impossible à combler. Et pourtant, nous le supplions pour notre pardon. Quelle est alors l’attitude du Seigneur face à cette démarche ? Eh bien, elle est celle du roi de la parabole : non seulement il nous écoute, non seulement il est ému, non seulement il pardonne, mais il annule complètement notre dette ! Du jour au lendemain, nos péchés nous sont remis, pour peu que nous demandions vraiment et sincèrement d’en être délivrés, en les regrettant. Nous nous retrouvons purifiés de nos fautes. Dieu est au-delà de la justice pure. Il est Amour, Miséricorde ! C’est un peu trop facile, me direz-vous ? Pourtant, vu le nombre réduit de fidèles qui demandent le sacrement de confession, cela ne semble pas vraiment si facile !

Et puis le serviteur va rencontrer un de ses semblables qui lui doit une somme d’argent de 100 deniers, somme ridicule par rapport aux 60 millions que lui-même devait et dont il vient d’être libéré. Mais le mauvais serviteur refuse d’avoir pitié à son tour, et il n’accepte pas d’avoir pour son compagnon la même attitude que le roi. Cela, c’est l’homme quand il refuse de pardonner aux autres, alors que Dieu, lui, ne cesse de lui pardonner !

Cet évangile, vous le comprenez bien, c’est notre propre histoire ! Nous sommes admiratifs devant ce roi qui remet tout. Nous sommes d’accord avec lui quand il punit le mauvais serviteur et scandalisés par le refus de ce dernier. Et pourtant, nous sommes bien un peu pareils. Le mauvais serviteur est ridicule dans sa méchanceté. Et ce ridicule est flagrant, parce que la différence entre 60 millions et 100 deniers, c’est un signe accessible, tangible. Mais quand nous refusons de pardonner aux autres, aussi grave que puisse paraître l’offense dont nous sommes l’objet, nous sommes encore plus en décalage. Simplement, ce décalage est moins choquant, moins apparent, parce que nous ne sommes pas conscients de la dette que Dieu nous remet sans cesse, puisque chacune de nos fautes offense l’amour infini qu’est Dieu. Même les 60 millions ne sont rien à côté. Et quand nous refusons de pardonner aux autres, nous ne nous rendons pas compte que ces autres ont aussi été eux-mêmes pardonnés par Dieu. Saint Jean Chrysostome, un grand théologien du début de l’histoire de l’Eglise, disait à ce sujet : « L’évangéliste te fait ainsi comprendre que même si tu pardonnes à ton frère 70 fois 7 fois, tu n’as rien fait de magnifique ; au contraire, tu es encore très loin de la clémence du Seigneur, et tu ne donnes pas autant que tu as reçu... » Le Seigneur nous invite donc à ne jamais nous croire quitte avec le pardon et l'amour. Pourquoi ?

1.1- Le pardon nous protège du mal qui nous est fait

Parce que nous devons nous rendre compte que la seule attitude valable face à la violence et au mal, c'est le pardon. Le premier réflexe, instinctif, de celui qui est offensé, c'est de rendre coup pour coup. La loi du Christ est autre : elle est basée sur l’amour, qui s’exprime entre autres par le pardon. Et il va être le premier à la mettre en application. Du haut de sa croix, il ne s'est pas vengé, alors qu'il le pouvait. Il a aimé ses bourreaux en priant : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font ». Et c’est pour nous qu’il priait ! Cette attitude de pardon doit être bien importante et bien caractéristique du christianisme pour que Jésus l'ait incluse dans la seule prière qu'il nous ait apprise : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».

J’ai compris un jour la portée de ce commandement du Christ sur le pardon, alors que j’étais aumônier des étudiants. Un soir où nous faisions une soirée sur le pardon, il y avait présent un jeune Rwandais. Et comme je lui demandais son avis sur le fait de pardonner, comme à tous les autres étudiants, il m’a répondu : « Moi, Père, j’ai vu mon père et mon frère être décapités sous mes yeux ; j’ai vécu ensuite un mois caché dans la forêt, en mangeant des racines et des feuilles ; aujourd’hui, je ne sais pas si ma mère et les reste de ma famille sont vivants… Â». Et il a ajouté cette phrase extraordinaire qui m’a vraiment ouvert les yeux : « Et j’ai dû pardonner pour ne pas devenir fou ! Â». J’ai compris alors que, quand Dieu nous demande de pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, ce n’est pas d’abord pour l’autre, mais pour nous-mêmes : c’est la seule manière de ne pas laisser ce mal dont nous sommes blessés entrer complètement dans notre cÅ“ur ; c’est la seule manière d’en être libéré. Je me suis rappelé que, quand Dieu nous commande quelque chose, c’est toujours pour notre bien… Le premier bénéficiaire du pardon, ce n’est pas le pardonné, mais celui qui pardonne.

C’est pour cela que Jésus nous précise : « Vous devez pardonner du fond du cÅ“ur ». Pardonner du fond du cÅ“ur, c’est pardonner sans se préoccuper de savoir, en toute justice, à qui revient de faire le premier pas. Parce que, au-delà de la simple justice, il y a l’amour. Et nous savons combien ce premier pas est difficile… Pardonner, nous le comprenons bien, c’est une attitude divine. C’est impossible à l’homme, comme dans la parabole. Le vrai pardon au-delà de nos forces humaines, et c’est pour cela que nous demandons d’en être capables dans la prière. Ce que nous disons dans le Notre Père n’est pas un constat, mais une prière, une demande. Les pardons que nous donnons témoignent dans le monde que l'amour, que le bien est plus fort que le mal.

1.2- Le pardon nous rend aptes à être nous-mêmes pardonnés

Il y a un autre enseignement dans la Parabole : le lien étroit entre le pardon que Dieu accorde et le nôtre.

Nous avons à pardonner parce que nous demandons que Dieu nous pardonne : si nous ne pardonnons pas, comment pourrions-nous prétendre au pardon de Dieu ? Comment demander quelque chose pour nous, que nous ne sommes pas prêts d’accorder aux autres ? Cela nous pouvons le comprendre assez facilement…

Mais c’est vrai aussi dans un autre sens : le pardon que Dieu nous accorde nous rend aptes à pardonner. Nous sommes capables d’accepter les demandes de pardon des autres seulement si nous savons nous aussi demander pardon au Seigneur ! C’est parce que nous nous savons blessés que nous pouvons comprendre les blessures des autres. C’est en nous rendant compte à quel point nous avons besoin d’être pardonnés, à quel point cela libère et fait grandir l’amour, que nous pouvons mieux accepter la demande de pardon de nos frères. Et c’est parce que Dieu nous guérit que nous savons guérir nos frères. Mais si nous ne demandons jamais pardon au Seigneur, nous n’apprenons pas cette grande leçon de vie. Savoir se reconnaître soi-même pécheur, objet de pardon, est donc nécessaire à la mise en Å“uvre de notre propre pardon. Nous retrouvons ici le sacrement de la réconciliation.

2- PARDONNER L’IMPARDONNABLE

2.1 Qui est mon ennemi ?

Pardonner l’impardonnable revient à se demander qui est notre ennemi. Car Jésus va aller encore plus loin que le dépassement de la vengeance ou de la loi du talion. Refuser de répondre à une offense, c'est une chose. Mais cela n'empêche pas de détester celui qui nous fait du mal. On peut pardonner par fatigue, par politique, par libéralité ou par grandeur d'âme. Mais est-ce suffisant, d’après le Christ ? « J'ai pardonné, mais il m'en reste quelque chose en travers de la gorge ; je n'ai pas oublié Â», disent certains... Jésus va alors prescrire d'aimer notre ennemi. En un sens, c'est encore plus fort que le pardon. Mais peut-on parler de vrai pardon sans amour ? Un pardon sans amour ne laissera-t-il pas toujours du ressentiment ? N'est-ce pas simplement commuer une peine de mort en un exil à vie ? Reprenons à nouveau ce que nous dit le Christ.

« Vous avez entendu qu'il a été dit: Å“il pour Å“il et dent pour dent. Eh bien! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant: au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau; te requiert-il pour une course d'un mille, fais-en deux avec lui. A qui te demande, donne; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos.

Vous avez entendu qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien! Moi je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 38-48)

Et en St Luc, Jésus précise : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement… Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. » (Lc 6, 31. 35)

Ce passage est extrait du Sermon sur la Montagne qui est, en St Matthieu, le premier grand discours de Jésus. Il y donne ce que l’on appelle la Loi nouvelle, qui remplace la loi du talion donnée par Moïse. Et cela répond à une question que se posaient les juifs. En effet, dans le livre du Lévitique qui transcrit toute la loi de Moïse, il n’est rien dit sur l'amour des ennemis ; il est seulement prescrit d'aimer le prochain comme nous-mêmes. Devant cela, les juifs se sont posés la question : qui est mon prochain (Lc 10, 29) ? Il y a donc dans leur pensée une distinction entre le prochain et celui qui ne l'est pas. Et la conclusion rabbinique s'imposait : si c’est mon prochain que je dois aimer, je n’ai pas à aimer celui qui n’est pas mon prochain ; et comme mon prochain, c’est à priori celui avec qui cela va bien, je peux « haïr Â» mon ennemi. Jésus va faire exploser cette frontière et cette distinction.

Avant toutes choses, qui est-il concrètement, cet ennemi dont Jésus parle ? Pour que nous ne puissions pas réduire ses paroles à un pieux langage ou à une forme de style, Jésus a pris le soin de préciser ce qu'il entend par « ennemi Â», en nous donnant dans l’évangile sept exemples réalistes et concrets, qui s’appliquent tout aussi bien à la vie profane. Nos ennemis sont :

- ceux qui nous haïssent, c'est-à-dire qui ne nous supportent pas ;

- ceux qui nous maudissent, c'est-à-dire qui désire pour nous le mal, qui est heureux quand cela ne va pas dans notre vie ;

- ceux qui nous calomnient, c'est-à-dire qui répandent à notre sujet des mensonges, qui ruinent notre réputation, qui interprètent mal toutes nos intentions, qui ne nous comprennent pas... ;

- ceux qui nous frappent sur une joue… et il y a de multiples manière de frapper quelqu'un : par le geste, la parole, le mépris, par l'agacement, par l'indifférence... ;

- ceux qui te prennent notre manteau, c'est-à-dire ce qui est important pour notre vie quotidienne, qui empruntent sans rendre, qui sont envieux ;

- ceux qui nous demandent quelque chose, les sans-gênes, ceux qui nous dérangent au mauvais moment, les casse-pieds, les profiteurs, ceux qui nous demandent notre temps... ;

- ceux qui nous volent, qui détruisent notre œuvre, qui prennent notre place par tous les moyens, qui t'écrasent et qui trichent pour arriver avant nous à un meilleur poste...

On pourrait continuer à donner bien des exemples. Face à cette parole du Christ, il serait facile de dire : « Mais je n'ai pas d'ennemi, moi. Je m'entends bien avec tout le monde Â». Mon ennemi n’est pas nécessairement un homme chargé de tous les crimes du monde. C'est d'abord quelqu'un comme vous et moi, ni meilleur ni pire. Mais il est souvent mon ennemi parce que son amour-propre ou son égoïsme a empiété sur mon amour-propre ou mon égoïsme. Cet ennemi n'est pas forcément quelqu'un de lointain. Mon ennemi, c'est celui qui m'a fait du mal concrètement, plus ou moins gravement, dans ma famille, dans mon métier, dans mes études, dans mes amitiés... Ce peut être pendant quelques instants mon conjoint, mon parent, mon enfant, mon ami… C'est celui contre lequel j'éprouve, peut-être avec « raison Â», une réelle animosité. L'ennemi, c'est mon plus proche ennemi, mon frère ennemi, mon prochain ennemi... Vous comprenez qu'alors le problème devient beaucoup plus délicat. Pour nous, chrétiens, seul Dieu peut demander un pardon pareil, parce que c'est lui qui en donne la force.

Et puis, ne nous mettons pas systématiquement dans le bon camp. Sans doute avons-nous des ennemis… Mais avons-nous déjà pensé que nous pouvons être aussi l’ennemi de quelqu’un, quelqu’un qui nous pardonne ou qui lutte lui aussi pour nous pardonner ? Nous sommes donc encore là dans le domaine du pardon donné et du pardon reçu.

2.2 Que veut dire « aimer Â» ?

Aimer, c'est vouloir et faire le bien d'autrui. C’est vouloir pour l'autre le bien, son vrai bonheur. Cela est vrai pour l’amour en général ; mais voila que Jésus rajoutera deux éléments :

- « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c'est-à-dire d'un amour respectueux du bonheur de l'autre comme si c'était le tien ;

- « Aimez-vous comme je vous ai aimés », c’est-à-dire jusqu’au don total de soi-même. Pour le Christ, c'est clair : l’amour véritable et ultime est de « donner sa vie pour ceux que l'on aime » (Jn 15, 13).

Jésus dira encore ailleurs : « Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux » (Lc 6, 31). Et tout cela est vrai non seulement pour mon prochain-ami, mais aussi pour mon prochain-ennemi. Notons que dans tout cela, il n’est question d’affection, mais de volonté. Il est ainsi évident que l'amour des ennemis demandé par Jésus n'est pas le même que celui que nous portons à nos plus proches, dans le domaine de l'intensité. Le christianisme n’est pas du masochisme. Et aimer l’ennemi et lui pardonner ne veut pas dire qu’il ne m’a pas fait de mal ou qu’il devient mon meilleur ami. Mais ce n’est pas parce que nous ne ressentons pas cette affection que l’amour ne peut pas exister ou n’existe pas. Si l’amour est le don de soi, si c’est vouloir le bien de l’autre, cela peut s’appliquer à mon ennemi, même si je ne ressens pas une folle tendresse pour lui.

L'amour de l'ennemi est donc un amour en Dieu : l'ennemi est aimé de Dieu comme moi ; voila la cause profonde de mon amour pour lui. Jésus continue en disant : « Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, que faites-vous d'extraordinaire ? » C'est vrai que l'amour que nous devons porter aux autres est plus qu'un amour humain, qu'il est un amour extraordinaire : le chrétien ne se contente pas d'aimer comme « les publicains et les païens », c’est-à-dire d’un amour profane. Non pas que l'amour de ces derniers soit mauvais, mais il est limité et trop restreint. Et c’est pour cela que St Jean pourra dire que c'est à l'amour qu'ils portent aux autres que les chrétiens se reconnaissent : « Voyez comme ils s'aiment ».

Comme quoi la morale chrétienne n'est pas une morale ordinaire. Il faut aller jusqu'au bout de la pensée du Christ : la solidarité, l’humanitaire, le geste de service des autres, ce n'est pas suffisant ! On peut y arriver sans être chrétien… Cette solidarité humaine ne devient chrétienne que lorsqu'elle devient universelle, en se libérant des affinités naturelles dans lesquelles l'entente et la sympathie s'exercent spontanément... bref, quand on se met à aimer comme Jésus. Et seul l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ reçu à notre baptême et à notre confirmation peut nous faire aimer ainsi.

2.3 Pourquoi aimer mon ennemi ?

a- Parce qu’il est aimé lui aussi de Dieu, et qu’il est un frère. Dieu aime et comble chacun dans ce monde, y compris ceux qui ne l'aiment pas. Il y a un très beau texte de St Augustin qui parle de l'amour des ennemis. Il y est dit que le méchant reste dans le monde en vue d'éprouver le juste, mais que le méchant peut se convertir, et devenir ainsi le frère de celui qu'il persécutait ; c'est pourquoi le juste doit aimer son persécuteur, car sinon, dit St. Augustin, « c'est un ennemi que tu croyais haïr, et c'est un frère que tu détestais ».

b- Parce que c’est la seule manière d’arrêter la spirale de la haine. L’amour et le pardon ont ceci de particulier qu’ils nous font sortir du cercle infernal du mal. La violence, la colère et la haine ne désarment pas l'injustice, la violence, la colère et la haine : elles ne font que se nourrir mutuellement. Seul « l'amour est fort comme la mort » (Ct des Ct 8, 6), et peut changer le cÅ“ur de celui qui est mon ennemi. On comprend alors que seule cette logique évangélique peut sauver le monde. Rendre coup pour coup ne fait que multiplier la haine. Aimer ses ennemis et leur pardonner, c'est la seule victoire véritable.

c- Parce que notre bonheur, même sur terre, en dépend. La haine va contre notre nature. Mais ce qui fait réellement partie de notre nature, c'est la nécessité d'aimer. Et notre bonheur en dépend, puisque ce bonheur ne peut être fait que d’amour.

2.4 Comment aimer mon ennemi ?

a- La prière : le premier moyen ou la première étape, c’est la prière : « Priez pour ceux qui vous persécutent ». Mais la prière pour mon ennemi est facile, me direz-vous ; cela n'engage à rien. En êtes-vous si sûrs ? Demander pour celui qui me persécute la conversion et le pardon, comme je les demande pour moi-même, suppose beaucoup de renoncement intérieur.

b- La bienveillance : un autre moyen est la bienveillance, dans le sens du bien voir. C’est m’efforcer de découvrir ce qui est bon dans mon ennemi, au lieu de ne me laisser accaparer que par ce qui est mauvais. Cela demande aussi la prière. C’est en effet l’Esprit Saint qui peut illuminer mon intelligence pour une telle découverte et renforcer ma volonté pour accepter et vivre de ce bien existant en l’autre.

c- Pardonner n’est pas oublier, mais cesser de voir l’autre au travers du prisme du mal qu’il m’a fait.

2.5 La conversion de mon ennemi

Ne croyons pas que l'amour réel de l'ennemi entraînera nécessairement une conversion immédiate de celui-ci. Nous risquons même d'en recevoir au départ qu'un peu plus d'affronts. Jésus le dira aux juifs : « Pour quelle bonne Å“uvre voulez-vous me lapidez ? » (Jn 10, 32). Mais notons que ce surcroît d'hostilité ou d’indifférence, c’est parfois notre attitude vis à vis de Dieu, lorsque nous continuons de pêcher malgré ses pardons réitérés.

Nous avons peur de vous « faire avoir Â» par une telle attitude ? Bien sûr que l'on « se fait avoir » quand on est chrétien. Mais réfléchissons bien. Quand nous n'aimons pas quelqu'un, quand nous ne pardonnons pas, nous sommes encore plus grugés que lorsque nous pardonnons. Car la rancune empoisonne notre cÅ“ur. Peut-être que si nous pardonnons, l'autre recommencera. Peut-être même qu'il en profitera. Mais si nous ne pardonnons pas, il continuera de toutes les façons à nous faire du mal, et de façon plus forte d'ailleurs, car nous lui donnons une arme supplémentaire pour augmenter sa violence. Dans tous les cas, en pardonnant, nous sommes gagnants, pour peu que notre pardon soit véritable.

2.6 Nous pardonner à nous-mêmes

Enfin, il y a une autre conséquence à cet évangile. Il nous est demandé de pardonner comme Dieu nous a pardonnés. Alors, n’oublions pas de nous pardonner à nous-mêmes, et de ne pas revenir sans cesse sur ce que Dieu nous a déjà pardonné. Nous avons à nous reconnaître pécheurs, mais pécheurs pardonnés et aimés. Car notre premier prochain et notre premier ennemi, c’est nous-mêmes.

Il y a des personnes qui n’arrivent pas à se libérer d’une faute passée pourtant pardonnée. Cela veut dire que le pardon réel n’a pas été accepté, souvent parce que nous avons du mal à ne pas correspondre au « top model spirituel Â» que nous nous sommes forgés et que nous voudrions être… et qui est bien moins beau que le saint que Dieu veut faire de nous ! Pour lutter contre une telle tendance, il faut d’abord comprendre que, même si le pardon fait partie de l’amour, il n’est pas tout l’amour. Et qu’après avoir été pardonné, il faut vivre de l’amour. Quelle serait l’attitude d’une épouse dont le mari viendrait, jour après jour, lui redemander pardon d’une faute déjà pardonné ? Ne finirait-elle pas par douter de l’amour même de son mari, car ce serait sa propre image qui le préoccuperait, et non l’amour de son épouse ?

On peut aussi, dès qu’une telle tentation se présente, rendre grâce pour le pardon déjà reçu, au lieu de s’accuser à nouveau. Il faut aussi croire que Dieu ne permet pas que nous tombions dans une faute, si ce n’est pour en tirer un plus grand bien. Et il faut remercier pour ce plus grand bien, même s’il ne nous est pas encore manifeste ou connu.

3- LE SACREMENT DE CONFESSION

On ne peut parler du pardon sans évoquer à un moment le sacrement de la réconciliation. Là encore, repartons de l’Evangile.

« Comme il était entré de nouveau à Capharnaüm, après quelque temps on apprit qu'il était à la maison. Et beaucoup se rassemblèrent, en sorte qu'il n'y avait plus de place, même devant la porte, et il leur annonçait la Parole. On vient lui apporter un paralytique, soulevé par quatre hommes. Et comme ils ne pouvaient pas le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent la terrasse au-dessus de l'endroit où il se trouvait et, ayant creusé un trou, ils font descendre le grabat où gisait le paralytique. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: "Mon enfant, tes péchés sont remis."

Or, il y avait là, dans l'assistance, quelques scribes qui pensaient dans leurs cœurs: "Comment celui-là parle-t-il ainsi? Il blasphème! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul?" Et aussitôt, percevant par son esprit qu'ils pensaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit: "Pourquoi de telles pensées dans vos cœurs? Quel est le plus facile, de dire au paralytique: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi, prends ton grabat et marche? Eh bien! Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton grabat et va-t'en chez toi." Il se leva et aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde, de sorte que tous étaient stupéfaits et glorifiaient Dieu en disant: "Jamais nous n'avons rien vu de pareil." » (Mc 2, 1-11)

Cet évangile pourrait nous sembler être une belle histoire, ou simplement le récit d’un miracle de plus de Jésus. Mais vous le savez, dans l’évangile, la maladie, en particulier la paralysie, est le signe d’une autre maladie qui paralyse l’homme d’une façon encore plus considérable : le péché. Le péché nous empêche de faire tout le bien que nous devrions faire ; il nous immobilise, nous empêchant d’aller vers le Christ.

Ecoutons alors le Christ nous dire : « Tes péchés sont pardonnés ». Ecoutons-le nous répéter qu’il est venu pour cela : pour nous sauver de la mort et du péché, pas d’abord pour nous donner une vie plus confortable, ou une bonne santé physique… Il vient nous donner ce qu’il y a de meilleur ; et les scribes ne s’y trompent pas, puisqu’ils disent que ce don-là est réservé à Dieu seul. Quand le Christ nous propose de nous pardonner, il nous donne ce qu’il y a de mieux. Ecoutons-le nous poser la même question qu’aux scribes : « Qu’est-ce qui est le plus facile : pardonnez les péchés ou guérir ce paralysé ? Â» Je crois qu’instinctivement, il nous semble plus facile d’être pardonnés de nos péchés que d’être guéris miraculeusement d’une maladie grave. Mais pour les scribes et pour le Christ, il semble bien qu’au contraire, il est plus facile de guérir le paralysé que de pardonner les péchés. Nous, nous serions prêts à faire des centaines de kilomètres pour être débarrassés d’une infirmité, même à venir à Lourdes ; mais sommes-nous prêts à mettre la même énergie pour être sauvés de notre péché, chose qui paraît bien plus primordiale et vitale aux yeux du Christ ? Nous avons pourtant à notre disposition ce qu’il faut pour être débarrassé de notre péché, et facilement : il suffit d’aller voir à un prêtre, un de ces porteurs que Dieu a mis à nos côtés, et lui demander de nous confesser. Et pourtant, on ne se bouscule pas pour cela dans notre Eglise de France ! Vous voyez le paradoxe ? Alors que le Christ nous propose un don immense et le met à notre portée, nous n’en profitons pas, ou peu. Pour les juifs de l’Ancien Testament, le pardon des péchés était fondamental, et ils auraient aimé avoir le don immense que nous avons. C’est pour cela que l’Evangile nous dit qu’ils étaient stupéfaits et qu’ils rendaient gloire à Dieu. Jésus se présente ici, non plus simplement comme celui qui guérit, mais comme celui qui délivre du péché, celui qui sauve.

La première parole de l’enseignement du Christ, la première phrase de la Bonne Nouvelle de l’Evangile est : « Convertissez-vous Â» (Mc 1, 15). Cela nous montre la place prioritaire que la conversion du cÅ“ur doit tenir dans la vie chrétienne. Pourtant, le sacrement de la réconciliation reste un des sacrements qui pose le plus de questions et qui provoque le plus de gêne. En fait, ce qui est en cause dans la pratique du sacrement de la confession, c'est la foi en la réalité de l'intervention de Dieu dans notre vie. L'ambiance du monde dans lequel nous vivons ne nous pousse pas à prendre au sérieux cette proximité agissante de Dieu. Tout nous pousse au contraire à vivre sans nous préoccuper de Dieu. Dans une société commandée par le « rentable Â» et le « palpable Â», on se demande à quoi ça sert. De là à conclure qu'on peut vivre en se passant de la religion, de la messe du dimanche, de la confession, du mariage chrétien, mais aussi de la morale chrétienne, il n’y a qu’un pas aisément franchissable. Si Dieu est absent, pourquoi s'en préoccuper ? S'il est loin de nous et s'il n'agit pas, autant se passer de lui ! Pour aller se confesser, il faut être au moins persuadé qu'il y a avec le Seigneur une relation réelle possible ! Cette relation implique, comme toute relation de personne à personne, qu'il y ait un minimum de dialogue et au moins l'amorce d'une amitié partagée. Et s'il y a une relation, il peut aussi y avoir des accrocs. Cela est inévitable parce que nous sommes des êtres limités. Eh bien, il en est de même pour le Seigneur : si nous voulons l’aimer, il y aura nécessairement un jour recours au pardon. « Le juste pêche sept fois par jour » dit la Bible (Pr 24, 16), montrant par là que personne ne peut se considérer comme à l’abri de la faute.

Faut-il vraiment se confesser ? Oui, parce que le péché est une réalité, et parce que le pardon du Seigneur est aussi une réalité, qui nous oblige à poser un geste réel, psychologiquement coûteux, mais qui n'a de sens que dans la Foi. C'est parce que je crois que je peux offenser Dieu, c'est parce que je crois que le Seigneur peut me pardonner, c'est parce que je crois que j'ai besoin de ce pardon pour vivre, que je vais concrètement voir un prêtre, lui confier ma misère et recevoir de lui la parole qui guérit et qui sauve. Le Seigneur Jésus nous dit que si nous avions de la foi comme une graine de moutarde (Mt 17, 20), nous pourrions faire des choses extraordinaires. Mais Il se demande aussi s’il trouvera encore de la foi lorsqu'Il reviendra sur la terre (Lc 18, 8). Chacun de nous est pris dans un dilemme ! C'est une question de foi. On peut toujours discuter à l'infini sur tous les détails possibles. Mais celui qui aime le Seigneur, celui qui a une réelle relation amicale avec Lui, n'hésitera pas à Lui manifester cette amitié et à recevoir de Lui cette force que Lui seul peut donner dans le sacrement de réconciliation.

Mais plus profondément encore, il faut savoir qu’il y a une « chance Â» d’être pécheur [1], disons plutôt une grâce spéciale : celle de mieux découvrir le vrai visage de Dieu. Quand nous péchons, il y a deux réactions qui peuvent être les nôtres face à la faute : une bonne ou une fausse contrition, qui correspondent aux attitudes de Pierre et de Judas après avoir chacun trahi leur Maître. La contrition chrétienne n'est pas simplement de dire « j'ai péché » mais de reconnaître la tendresse du Père que nous avons offensé et de croire qu’il nous garde dans son Amour, nous attend... Judas, comme Pierre, a été peiné. « Judas fut pris de remords Â», lui aussi a reconnu son péché : « J'ai péché en livrant un sang innocent Â» (Mt 27, 3-4). Mais il s'est retourné vers lui-même au lieu de se retourner vers Dieu. Judas s'est confessé à l'Eglise de son temps. Mais ces hommes l'ont renvoyé à lui-même : à toi de voir, c’est ton affaire. Face à lui seul, son péché lui est apparu sans issue. Pierre, lui, s’est retourné vers Jésus, et par trois fois, il a réaffirmé son amour pour réparer son triple reniement.

La pénitence chrétienne nous fait reconnaître notre péché ; elle met la faute devant les yeux de notre coeur, mais la pose aussitôt devant les yeux de Dieu. « Mon péché, moi je le connais, ma faute est devant moi sans relâche, contre Toi, Toi seul j'ai péché Â» (Ps 50, 5-6). « Contre Toi Â» : dans la confession chrétienne, le péché reconnu ne nous revoie pas à nous-mêmes mais au Visage du Père. Là est le salut ! Car ce n'est pas « Ã  nous de voir » mais à notre Père à qui l'on s'en remet de sa faute.

Le péché alors devient grâce car il devient chemin de rencontre avec le Père, chemin de dévoilement nouveau du vrai « Visage du Père Â». C'est toute la leçon de la parabole de l'enfant prodigue. Le fils infidèle ne connaissait pas son père quand il vivait dans sa maison ; il a fallu son drame pour que ses yeux s'ouvrent, qu'il voie alors son Père accourant à lui, les bras ouverts, le comblant (cf. Lc 15, 11-32). Le Père ne fait aucun reproche, ne pose aucune condition... Il est heureux ! Il se réjouit ! Le principal, l'unique nécessaire pour lui, c'est d'avoir retrouvé son enfant vivant : « Ne fallait-il pas se réjouir ? Ton frère était mort et il est revenu à la vie ! Â»... « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant et non plutôt à le voir se détourner de sa conduite et vivre , Oracle du Seigneur Â» (Ez 18, 23).

Le danger du péché se joue donc au moment où l'on en prend conscience. C'est là surtout où le démon travaille : va-t-on se replier sur soi ? Ou va-t-on se tourner vers le cÅ“ur miséricordieux de Dieu ? Allons-nous nous identifier à notre conscience qui nous condamne ? Ou allons-nous nous appuyer sur notre accès auprès du Père ? Le sacrifice et la mort de Jésus n'ont pas aboli notre faculté de pécher, mais ils ont produit une faculté autrement vertigineuse : celle de pouvoir nous approcher de Dieu en lui disant : « Père, j'ai péché contre Toi Â», mais je sais que Tu es mon Père, que Tu le restes et que je reste ton enfant. Et l'accès à notre Père qui nous est ouvert par Jésus, ne peut être fermé : « Mes petits enfants... il ne faut pas pécher... mais si nous péchons... allons à notre Avocat... Il est auprès du Père Â» (cf. Jn 11).

Dieu a inventé le sacrement de la réconciliation pour nous permettre de vivre tout cela. Ce qui est en jeu n’est donc pas simplement un problème de psychologie ou de règles ecclésiastiques. Il y va de notre salut. C’est sous l’angle de l’amour et de la miséricorde qu’il nous faut redécouvrir la confession pour vraiment en vivre.

Conclusion

Pardonner, c’est un des actes les plus puissants qu’il soit donné à l’homme d’accomplir. C’est la puissance de transformer un acte qui aurait fait grandir la violence en un acte qui fait grandir l’amour. Les pardons que nous donnons témoignent dans le monde que l’amour est plus fort que le péché, que le bien est plus fort que le mal. Que Dieu nous en donne la grâce



[1] Il faut lire à ce propos l’excellent livre de Victor Sion, La chance du pécheur, (Tome 3 de la Collection Pour un réalisme spirituel), aux éditions du Lion de Juda.

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