CATECHESE POUR LES JMJ – MADRID – 18.08.11
« ENRACINES EN CHRIST »
Le 18 août 2011
Dans votre catéchèse d'hier, vous avez dû voir un peu ce qu'est la foi, cette foi basée sur le Christ puisque nous sommes chrétiens, cette foi vécue en Eglise et fondée sur l'écriture Sainte. Ce matin nous allons aller un peu plus loin et justement approfondir le fait d'être enraciné dans le Christ.
Vous, les jeunes, vous êtes appelés à construire votre vie comme on construit une maison. Mais comment faire pour construire votre propre vie dans le contexte actuel, marqué par la « dictature du relativisme », où il est devenu si difficile de distinguer le bien du mal, le vrai du faux ? Eh bien, Jésus Christ vous invite à construire votre vie avec Lui, sur des fondations solides. Et ce matin, je voudrais vous transmettre l’invitation de Jésus à entrer dans une relation plus profonde, plus radicale, plus exigeante peut-être, plus simple aussi sans doute, avec lui. Et cela concerne tout le monde : les évêques, les prêtres, les religieuses, les laïcs ; les habitués des JMJ, ceux qui font des retraites et tous les pèlerinages, comme ceux qui se demandent pourquoi ils sont là ...
D’une certaine manière, je pense que l’on peut dire que la foi est un long dialogue avec le Christ, qui nous fait entrer dans l’amour de Dieu, sur toute une vie. Un dialogue sur toute l’existence, jusqu’au jour où on le verra face à face. Comme le disait Benoît XVI dans son encyclique « Dieu est amour », « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Deus caritas est, 1). Etre chrétien signifie être « greffés » sur le Christ comme les sarments sur la vigne. C'est pour cela que vous êtes appelés à entrer en relation avec Lui…
Mais pour pouvoir mettre cela en œuvre, encore faut-il savoir qui est Jésus Christ pour nous ; encore faut-il savoir ce qui nous apporte, et ce que signifie « être enraciné » en lui.
I- RENCONTRER JESUS
Permettez-moi d’abord quelques remarques sur cette relation avec Jésus. Pour entrer en relation avec Jésus, il faut d’abord le rencontrer. L’Ecriture nous montre plusieurs situations où le Christ rencontre quelqu’un. Je vais contempler avec vous deux d’entre elles et voir ce que cela produit.
Tout d’abord, le bon larron (Lc 23, 39-43). De chaque côté de Jésus en croix, se trouvent deux malfaiteurs, crucifiés eux aussi. Ils sont là parce qu’ils ont objectivement fait le mal. Les regards des deux larrons sont posés sur le Christ. Mais le bon larron constate que Jésus est innocent, et que lui, ne l’est pas. Et il se met à prier : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras avec ton royaume. » Et c’est alors la première canonisation faite par Jésus. « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Ce qui a sauvé le bon larron, c'est de reconnaître qui est Jésus, de comprendre ce qu'il est venu faire pour nous.
Le deuxième passage, très différent, est celui du jeune homme riche (Mt 19, 16-22 ; Mc 10, 17-22 ; Lc 18, 18-23). Il a un intérêt parce qu’il vous ressemble. Ce jeune homme s’approche de Jésus (c’est donc une rencontre) et il lui pose une question fondamentale : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » C’est la question que tout homme doit se poser : quel est le sens de ma vie ? Si Dieu m'a voulu, si Dieu veut que j'existe, quelle en est la raison et quel en est le but ? Quelle est la raison d'être de mon existence ? Comment faire pour être heureux ? Vraiment, totalement ? C’est LA question, et il est absolument nécessaire de se la poser. Le jeune homme riche place sa vie face à l’éternité, face à sa vocation ultime. Il est absolument nécessaire que vous fassiez de même. Je vous en supplie, ne vivez pas comme si vous n’alliez pas mourir. Posez votre vie face à son sens ultime.
1- Comprendre que nous sommes faits pour aimer
Soyons clair ! Il n'y a qu'une seule réponse à la question du jeune homme riche et à l'attente du bon larron. Et cette réponse vaut pour tout le monde : nous sommes créés par amour et pour aimer. Il n'y a pas d'autre finalité, pas d'autre but. Aucun être humain ne peut vivre sans amour, ni vous ni moi. La question fondamentale qui traverse en permanence notre cœur et notre esprit est la suivante : est-ce que je suis aimé ? Est-ce que je suis aimable ? Est-ce que je peux aimer vraiment ? Notre court pèlerinage sur la terre a un sens très précis : apprendre à aimer, en vue de l'éternité bienheureuse où « Dieu sera tout en tous ». Rappelons-nous la célèbre phrase de saint Augustin, dans ses Confessions : « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. »
Saint Jean affirme dans son évangile que « Dieu est amour ». Et le livre de la Genèse nous apprend que nous sommes créés – avons-nous toujours bien conscience en cela de la grandeur de notre vocation ? – « à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Or, si Dieu est l'amour et si nous sommes faits à son image et à sa ressemblance, notre vocation naturelle est l'amour. Tenir cela fermement nous permet de comprendre le vrai sens que devraient avoir toutes nos actions, de toutes nos paroles, de toutes nos pensées et de tous nos désirs : je suis là par amour, pour aimer et être aimé.
2- Comprendre que l’amour exige la liberté
Mais qu'est-ce que l'amour ? On peut lui donner bien des images et aussi malheureusement bien des caricatures qui le défigurent. Saint Thomas d'Aquin enseigne qu'aimer, « c'est vouloir le bonheur de l'autre ». Vouloir : ainsi donc l'amour n'est pas avant tout question de sentiments, de passions, d’affections, de pulsions ; il ne dépend pas de nos humeurs, ni de la sympathie ou de l’antipathie envers tel ou tel. Il est d'abord une question de volonté et donc de liberté, car vouloir, c’est choisir, et pour choisir, il faut être libre [1].
Une condition nécessaire pour aimer est donc d'être libre ! Notre liberté, c'est notre capacité de prendre une décision par nous-mêmes. Elle est aussi, par conséquent, une capacité de rejet de l'amour. Mais elle ne se réalise pleinement que dans le « OUI », que dans la réponse positive à ce pour quoi nous sommes faits. La Vierge Marie, qui accepte de mettre au monde le Fils de Dieu, est l’exemple même de la liberté par son « oui » à l’appel du Seigneur.
Mais si la liberté est une condition nécessaire pour réaliser notre vocation à aimer, elle reste un moyen et pas une fin absolue en soi. Notre liberté est réelle, mais elle n’est pas totale. Dieu ne nous a pas demandé notre avis pour nous créer tels que nous sommes, ni pour nous aimer. Et notre liberté est proportionnée, déterminée par ce que nous sommes. Par exemple, un poisson n’est libre d’aller où il veut que dans la mesure où il vit dans l’eau. Il pourrait toujours décider de vivre dans l’air parce que cela lui plairait plus et, qu’après tout, rien ne lui empêche de revendiquer ce droit. Il n’empêche qu’il en mourrait ! Une personne peut décider de se droguer si cela lui chante, mais peu à peu, elle ne le fera plus parce que cela lui chante, mais parce que son corps accoutumé l'y obligera. D’où l’importance de l’apprentissage de la liberté et de sa juste compréhension. La liberté n’est pas de pouvoir faire ce que l’on veut, mais de pouvoir faire ce que l’on doit en harmonie avec ce que l’on est. La liberté, c’est ne jamais être empêché de faire ce qui est bon, car ce qui est vraiment bon est ce qui nous rend pleinement humain. C’est pourquoi, pour nous, l'usage de la liberté est ordonné à l'amour, et il est balisé par les commandements de Dieu qui sont le mode d’emploi de notre existence selon ce que nous sommes, c'est-à -dire des êtres créés à l’image et à la ressemblance de Dieu qui est amour et qui veut notre bonheur.
3- Comprendre que la liberté se fonde dans la vérité
On peut alors se demander comment être libre, qu'est-ce qui nous rend libre. Nous trouvons encore la réponse chez saint Jean au chapitre 8, dans lequel le Christ nous dit : « La vérité vous rendra libre ». « Ah oui, mais je croyais justement que ma liberté, c'était de décider par moi-même de la vérité, que chacun a SA vérité ». L'homme qui veut se faire Dieu, voilà le drame de toute l'histoire de l'humanité, de la blessure de la nature humaine depuis le péché originel. C’est de croire que c’est nous qui décidons ce qui est vrai ou pas. Or la vérité pour un être humain, c’est reconnaître ce qui est vraiment : c’est l’adéquation entre ce que nous croyons et ce qui est réellement. Et ce qui est vient de Dieu.
Mais c'est précisément lorsque nous voulons imposer au réel, aux faits, à l'histoire, à la nature notre vision de la réalité, sans chercher à la voir et à la comprendre telle qu'elle est, que nous risquons de perdre notre précieuse liberté, parce que nous ne sommes plus dans le vrai. Nous ne pouvons plus être libres, puisqu’être libre, c’est correspondre à ce que nous sommes et ce pour quoi nous sommes faits. C'est là le drame des idéologies, quelles qu'elles soient, et qui ont pu conduire à la pire « bestialisation » de l'homme en des temps pas si lointains, et même dans notre monde actuel lorsque l'on cherche à dominer la vie et la mort et à décider arbitrairement de qui doit vivre ou mourir, de qui est humain et de qui ne l'est pas. Il y a une réalité, indépendante de notre liberté, qu'il nous faut accepter et comprendre pour pouvoir être réellement libres. Si le poisson veut vivre, il doit vivre dans l'eau. Après il peut aller où il veut, mais dans l'eau. C'est donc bel et bien la vérité, c'est-à -dire la compréhension du réel tel qu'il est, et non tel qu'on penserait qu'il doit être ou qu’on voudrait qu’il soit, qui permet à notre liberté d’être entière, qui nous permet d'être vraiment libres. Nous sommes faits pour la vérité.
Si nous résumons un peu, nous avons dit ceci : l'homme est fait par amour et pour aimer ; aimer ne peut se faire que librement ; ce qui rend libre, c'est la vérité… Tout cela est bien beau, mais qu'en est-il du Christ, puisqu'il est question d'être « enracinés en Lui » ? Pour la suite de cette catéchèse, essayons alors de voir si la rencontre avec le Christ a quelque chose à voir avec tout cela
II- POURQUOI EN CHRIST ?
Continuons donc notre lecture de saint Jean et allons au chapitre 14 où le Christ, peu de temps avant sa mort et sa résurrection, parle implicitement de la vie éternelle, de l'objectif ultime de toute vie humaine, et par conséquent s'adresse à nous tous : « ‘Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin’. Thomas lui dit : ‘Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ?’ Jésus lui répond : ‘Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu’. »
« Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » : ainsi, cette fameuse vérité qui rend libre, et qui par conséquent nous donne d'aimer, ce qui est notre bonheur, c'est le Christ lui-même, Jésus-Christ, Dieu fait homme, qui par son Incarnation et sa Passion se donne librement par obéissance au Père à tous les hommes. La vérité, c'est le Christ, qui nous ouvre les portes du bonheur éternel, nous précède et nous prépare une place au paradis, c'est-à -dire l'amour en plénitude. En fait, nous sommes faits pour plus que cette terre. Vous comprenez alors pourquoi il y a un enjeu considérable à rencontrer et à connaître vraiment qui est Jésus. Et ici, je pense à la question que le Christ pose lui-même à ses disciples : « Qui suis-je, au dire des foules ? Ils répondirent : Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres un des anciens prophètes est ressuscité. Mais pour vous, qui suis-je ? » Et il y a la profession de foi de l’apôtre Pierre : « Tu es le fils du Dieu vivant » (Mt 16, 13-20 ; Mc 8, 27-30 ; Lc 9, 18-21). Vous devez vous poser cette question : pour vous, qui est Jésus ? Réfléchissez bien avant de répondre : de la réponse que vous donnerez dépend toute votre existence…
1- Pourquoi enracinés en Christ ?
Mais pourquoi ne suffirait-il pas alors d'être disciple du Christ, de suivre ses enseignements, ses pas d’un peu loin ? Pourquoi faut-il aller jusqu'à être « enracinés » en Lui ? Pourquoi faut-il finalement, comme le dit saint Paul, que « ce ne soit plus moi qui vive, mais le Christ qui vive en moi » (Gal 2, 20) ? N’est-ce pas un peu trop ? Cette phrase est effectivement difficile à entendre si nous la comprenons dans le sens où nous devrions perdre notre propre personnalité, notre identité personnelle, notre liberté finalement, au profit d’un Christ qui vivrait à travers nous comme un marionnettiste agiterait à sa guise ses marionnettes pour animer le scénario qu'il aurait écrit. C'est en fait tout le contraire ! Le Pape Benoît XVI, dans l'homélie de la messe d’inauguration de son pontificat, citait Jean-Paul II : « N'ayez pas peur, ouvrez toutes grandes vos portes au Christ » ; et il ajoutait : « N'ayez pas peur du Christ ! Il n'enlève rien et il donne tout ! Celui qui se donne à lui reçoit le centuple ! ».
Il ne s’agit pas de mettre en concurrence le Christ avec tout le reste, avec tous ceux que nous pouvons aimer. Il ne s’agit pas de moins aimer les autres pour plus aimer le Christ. Mais c'est en Le choisissant Lui, en L'aimant d'abord de tout son cœur, en se fondant en Lui, en se centrant sur Lui, en en faisant le compagnon de notre route que nous pourrons d'autant plus et surtout d'autant mieux aimer tous les autres. Si le Christ est Dieu, il est l'amour absolu ; en allant à lui, nous apprenons à aimer vraiment. L'argent, plus on en donne, moins on en a ; l'amour, c'est le contraire : plus on en donne et plus on en reçoit, plus on est capable d'en donner et d'en recevoir. Ainsi, plus on s'abandonne à Celui qui n'est qu'amour, plus notre personnalité est affirmée et grandie, et plus nous sommes nous-mêmes. Comment pourrions-nous persévérer dans l'amour et réaliser pleinement notre vie si nous ne nous fondions pas et si nous ne nous enracinions pas dans l'amour même qu'est le Christ ?
2- Qui est Jésus ?
Mais, me direz-vous, comment faire, par quels moyens pouvons-nous nous enraciner en Christ ? Comment pouvons-nous le connaître ? Hier, on a dû vous parler de l'Eglise, de la prière, de l'Ecriture Sainte, des sacrements comme autant de moyens pour rencontrer et connaître le Christ. Il y a aussi la catéchèse, l'intelligence de notre foi.
Ainsi par exemple, nous disons à propos de Jésus : « Je crois en un seul Seigneur, le fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père. » Il serait bon de comprendre réellement chacune de ces expressions. Nous pouvons contempler Jésus en récitant le Credo. Il y a aussi à notre disposition toute l'Ecriture Sainte, qui nous parle de Jésus.
Mais quand nous lisons un passage biblique, ne commençons pas par chercher comment nous y correspondons ou ce qu'il nous poussait à faire ; commençons par essayer de découvrir ce que dit objectivement le texte, ce qu’il nous apprend de Dieu, du Christ, de nous-mêmes… Dieu s’est rendu visible à nous par l’Incarnation de son Fils. On ne peut aller au Père sans passer par le Fils, et on ne peut aller au Fils sans passer par son humanité. Il est donc nécessaire d’entrer en contact avec cette humanité : n’hésitez pas à rendre toujours plus « concrète » votre lecture de l'Ecriture Sainte, à imaginer Jésus dans ses faits et gestes, à vous rendre compte toujours plus concrètement que Jésus est l’un de nous, comme nous. Vous retrouvez cela dans toute l’histoire de l’Eglise. Je pense par exemple à Thérèse d’Avila, docteur de l'Eglise, réformatrice du Carmel. Elle dit qu’elle s’est convertie après 20 ans de vie religieuse. C’était déjà une bonne religieuse, mais elle n’avait pas encore été jusqu’au bout. Sa vie bascule en sortant de la chapelle en voyant la statue de Jésus Ecce Homo, de Jésus flagellé. Et elle en est bouleversée. A ce moment, elle a compris quelque chose du mystère du Christ qui a changé son existence, parce que la compris l'humanité de Jésus, sa mission dans le monde et l'amour qu'il porte à chacun d'entre, au point de donner sa vie.
Ainsi, peu à peu, nous pouvons comprendre quelque chose du mystère du Christ ; et alors, l’ensemble de notre vie change. Quand nous voyons Jésus, quand nous le voyons faible dans la crèche à Noël, quand nous le voyons parler, quand nous le voyons pleurer sur Jérusalem, quand nous le voyons regarder le jeune homme riche, quand nous l'entendons promettre au bon larron le pardon et la vie éternelle, quand nous le voyons mourir sur la croix, quand nous le voyons avoir le sentiment d’être abandonné de son Père sur la croix, nous pouvons petit à petit découvrir vraiment qui il est. Surtout, nous pouvons dans la prière lui demander qu'il nous révèle son identité : « Seigneur, qui es-tu ? Qui es-tu pour moi, et qui suis-je pour toi » ? Nous pouvons découvrir pourquoi, lui, la deuxième personne de la Trinité, a décidé de se faire homme ; nous comprenons qu'il est le Sauveur, le Libérateur, la Bonté, la Miséricorde, le Pardon, celui en qui nous pouvons placer toute notre espérance.
Le Christ est Dieu fait homme, l’Emmanuel, c’est-à -dire « Dieu avec nous ». Dans l’Incarnation, Dieu se fait présent et proche de nous : le Christ manifeste l’Amour de Dieu le Père qui intervient dans la vie de l’homme. Dans sa grande miséricorde, Jésus fait de nous ses amis (cf. Jn 15, 14-15). Parce qu’il est le Sauveur et qu’il nous libère du péché et de la mort, le Christ est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Il est la réponse de Dieu aux grandes aspirations de l’homme.
3- Ne pas en rester à une connaissance intellectuelle
Mais il y a un danger : ce serait de ne rester qu'une connaissance intellectuelle de Jésus, de bien connaître son CV, ses faits et gestes, mais sans que cela influence réellement notre existence, sans que cela change notre vie et notre comportement. Il y a donc au moins encore une autre étape : dans cette relation, dans ce dialogue, dans cette connaissance, il y a un moment où le Seigneur nous appelle, comme le jeune homme riche. Excusez-moi, je le redis à ma manière : « maintenant, c’est sympathique tout ça ; tu as de bonnes intentions, un vrai désir ; mais maintenant viens, suis-moi ». On peut répondre : mais je ne sens pas encore prêt, il faut que je réfléchisse encore, on verra plus tard… Mais à un moment, cet appel nécessite une réponse. Un moment, il faut choisir entre prendre Jésus comme compagnon de route et guide, ou rester sur le bord du chemin et le regarder passer et s’en aller tout triste… Un moment il faut choisir entre faire ce qu'il dit et suivre ses commandements, ou décider que ses paroles n'ont rien à voir avec notre vie.
Et vous comprenez alors pourquoi Jésus dit : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14) ; « Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements… Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime » (Jn 14, 15. 21) ; « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour » (Jn 15, 10). On ne peut suivre le Christ que parce qu’on est aimé, on ne peut le suivre que par amour pour lui, et on ne peut le suivre que pour aimer. « La clé de ma vocation, disait Sainte Thérèse, c’est l’amour. Et je compris que l’Eglise avait un cœur et que ce cœur était brûlant d’amour. »
Accueillir le Christ comme racine, comme fondation de notre vie, signifie prendre au sérieux notre baptême : le Christ a fait une alliance avec nous ; il nous invite à vivre avec Lui toutes les circonstances de notre vie et nous invite à être saints. La sainteté, c’est la plénitude de la vie dans le Christ.
Pour terminer, laissons la parole à Benoît XVI. Dans son message à l’occasion des JMJ que je vous invite à lire et à méditer en profondeur, il écrit : « Ouvrez et cultivez un dialogue personnel avec Jésus Christ, dans la foi. Connaissez-le par la lecture des Evangiles et du Catéchisme de l'Eglise Catholique. Entrez dans un dialogue avec Lui par la prière, donnez-lui votre confiance: il ne la trahira jamais ! «La foi est d'abord une adhésion personnelle de l'homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l'assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé» (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 150). Ainsi vous pourrez acquérir une foi mûre, solide, qui ne sera pas fondée uniquement sur un sentiment religieux ou sur un vague souvenir du catéchisme de votre enfance. Vous pourrez connaître Dieu et véritablement vivre de lui, comme l'apôtre Thomas quand il manifeste sa foi en Jésus en s'exclamant avec force : ‘Mon Seigneur et mon Dieu !’ ».
[1] Au passage, cela nous permet de comprendre le sens de cette parole de Jésus lorsqu’il nous dit : « Aimez vos ennemis ». Comment pourrions-nous aimer nos ennemis si l’amour n’est qu’une affaire de sentiments ? De ce point de vue-là il est bien évident que nous les détestons. L’Ancien Testament l’avait bien compris, lui qui enseignait : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ». Il est possible de ne pas apprécier, affectivement et effectivement, telle ou telle personne et on peut avoir de bonnes raisons pour cela, mais on peut tout de même vouloir son bonheur.