1° DIMANCHE DE L’AVENT – ANNEE B – 27 NOVEMBRE 2011 – LAMBEZELLEC

 

Le 27 novembre 2011

 

Frères et sœurs, avec ce premier dimanche de l'Avent, nous entrons dans cette période de quatre semaines par laquelle commence une nouvelle année liturgique et qui nous prépare immédiatement à la fête de Noël. Et vous l’avez entendu dans l’évangile, cette attente de Noël nous projette déjà vers le retour glorieux du Seigneur, à la fin de l'histoire de notre monde.

Avent vient du latin « adventus Â», qui veut dire attente, mais qui pourrait être traduit par « arrivée Â», « venue Â», « présence Â». Dans le langage du monde antique, il s'agissait d'un terme technique qui indiquait l'arrivée d'un haut fonctionnaire, ou la visite de rois ou d'empereurs. Mais il pouvait également être utilisé pour l'apparition d'une divinité, qui manifestait ainsi sa puissance divine. En adoptant le terme d'Avent, les chrétiens voulaient exprimer la relation particulière qui les unissait au Christ crucifié et ressuscité. Il est notre Dieu, qui est venu visiter notre terre, et qui, après sa résurrection et son ascension au ciel, a voulu rester avec nous et en nous.

Nous sommes donc entrés dans un temps d’attente. Mais nous, chrétiens du XXI° siècle, que pouvons-nous bien attendre, alors que le Messie est déjà venu ? Sur quoi allons-nous réfléchir durant ces quatre semaines qui nous séparent de Noël ? Eh bien, nous attendons trois choses. Bien sûr, nous attendons cette fête de Noël 2011, qui va rendre présent dans nos cÅ“urs, au sens fort, ce mystère où Dieu se fait homme, comme nous. Dans quelques jours, ce sera, par la Messe de la Nativité, comme si nous étions transportés à la crèche, avec les bergers. Nous attendons toutes les grâces qui sont liées à la fête de Noël, en particulier une plus grande connaissance de Dieu, puisqu’il se rend accessible. Mais cette attente de Noël est le signe d’une autre attente : celle du retour définitif du Christ, à la fin des temps ; ce retour qui sera la délivrance définitive de la souffrance et du mal. Et c'est pourquoi l'Eglise nous donne à méditer l'évangile que nous venons d'entendre, puisqu’il nous invite à la vigilance.

Et enfin, tout cela nous rappelle les venues quotidiennes de Jésus dans nos vies : il est notre compagnon de voyage sur cette terre. Sa présence doit nous aider à voir le monde avec un regard différent, à interpréter les événements de la vie et de l'histoire dans l’espérance de sa venue et du Salut qu’il nous offre. C’est d’ailleurs ce que nous dit la première lecture, tirée du prophète Isaïe : la prière d’Israël laisse transparaître la misère qui a frappé ce peuple ; elle rappelle les épreuves qu’il a traversées, les attaques qu’il a subies, les humiliations et les blessures, tout ce qui a provoqué sa souffrance. Mais en même temps, cette prière exprime la foi profonde qui habite ce Peuple : « Tu es Seigneur notre Père et notre rédempteur, nous sommes l’ouvrage de tes mains. Reviens pour l’amour de tes serviteurs ». Et comme nous savons que le peuple d’Israël et son histoire racontée dans l’Ancien Testament sont le symbole de l’histoire de tous les hommes, nous sommes invités à porter nous aussi le même regard, dans la même espérance, sur notre propre histoire, personnelle, sociale et même mondiale.

En ces jours où nous sommes particulièrement sensibilisés aux difficultés qui touchent l’ensemble de nos sociétés, ce temps de l’Avent nous rappelle que notre vrai salut se trouve en Dieu, qui vient nous visiter, qui s’est fait pauvre parmi les pauvres, et qui vient sauver toutes les dimensions de notre existence, y compris la dimension sociale et économique. L’Avent nous invite à revoir en qui nous plaçons notre espérance. Si notre espérance est une espérance véritable, si elle est fondée dans le Christ, elle doit justement nous permettre d’affronter les conditions de l’existence humaine en gardant confiance en Celui qui est notre Seigneur, notre Père et notre Rédempteur. En effet, comment pourrions-nous, dans le même temps, exprimer cette foi en la toute puissance de l’amour de Dieu à l’égard des hommes, et désespérer de l’avenir de l’homme ? Si Dieu nous a aimés au point d’envoyer son fils partager notre existence, « qui nous séparera de l’amour de Dieu », comme le dit saint Paul (Rm 8,35) ? Et il poursuit : « Pas même la mort » (Rm 8,38), car, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, « il est fidèle, le Dieu par qui nous avons été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur ». Si nous sommes convaincus que l’amour de Dieu vient à la rencontre de la misère humaine, si nous croyons que la miséricorde de Dieu s’est manifestée dans la venue de Jésus de Nazareth, si nous reconnaissons que la vie du Chris a assumé les souffrances de l’existence humaine, comment pourrions-nous alors douter du dessein de Dieu de conduire tous les hommes vers la vie, la paix et le bonheur ?

L’Avent nous appelle donc à la conversion. Pour fonder notre espérance, pour qu’elle nourrisse notre capacité d’affronter les difficultés de la vie sans douter de l’amour de Dieu, nous devons être prêts à accueillir Celui qui vient. Pour les premiers chrétiens, le Christ étaient vraiment le centre de leur vie. En ce début d'Avent, peut-être pouvons-nous nous interroger pour savoir si c’est le cas pour nous, nous interroger sur notre attente, sur notre désir réel du Christ. Dans l'évangile, Jésus nous dit de ne pas nous endormir, de veiller. Il est vrai qu'une certaine manière de vivre dans notre société comporte ce risque : il y a le risque de prendre un certain nombre de plaisirs de la vie ou la consommation comme le seul but de notre existence. Et quand on est habitué à rechercher le bonheur seulement dans les biens terrestres, quand on ne voit comme avenir que la seule amélioration de nos conditions de vie sur cette terre, quand on met son espoir que dans le cours de la bourse ou dans la croissance, quelle place peut avoir le Christ dans notre vie ? A quoi cela sert-il qu’il vienne ? Quand les hommes éliminent Dieu de leur horizon, quand ils pensent qu’ils peuvent se donner par eux-mêmes le sens de l’existence, peuvent-ils construire une société où règnent la liberté, la justice et la paix ? N’arrive-t-il pas plutôt, comme nous le démontre amplement l’actualité quotidienne, que s’étendent l’arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injustice, la ruine, l’exploitation et la violence ?

Le Christ nous le conseille avec force : « Le Maître reviendra à un moment où on ne l’attend pas, comme à l’improviste... Prenez garde, je le dis à tous, veillez, veillez pour ne pas être trouvé endormis ». Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce jour nous invitent à croire que le salut de notre monde n’est peut-être pas là où beaucoup le croient. L'Avent est une invitation à changer certaines de nos habitudes de vie. Par ce temps de l’Avent, le Christ nous remet face à la promesse de sa présence. Qu’allons-nous faire pour remettre un peu mieux en Å“uvre une vie fondée sur lui, dans tous les domaines ? Comment être vigilant ? Peut-être nous faut-il tout simplement en reprenant les commandements de Dieu et en les laissant éclairer notre manière de vivre. En particulier les deux premiers : « Aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cÅ“ur, de toutes nos forces et de tout notre esprit ; et aimer notre prochain comme nous-mêmes » (Mc 12, 33).

Dans notre vie quotidienne, l’obéissance au premier commandement se réalise par notre manière de lui parler, de l’écouter, de méditer sa Parole dans la prière. Pour le chrétien, veiller c’est donc ne pas laisser passer une journée sans se tourner vers Dieu, pour lui redire, d’une façon ou d’une autre : « Tu es mon Père et mon rédempteur Â». C’est lui exprimer l’amour que nous lui portons, pas simplement d’une façon vague ou indéfinie, mais très explicitement, pour lui dire tout simplement notre foi, même si nous la jugeons faible ou médiocre, et même si nous sommes assaillis par toutes sortes de questions, pour refonder en lui notre espérance… Mettre en Å“uvre le premier commandement, c’est aussi mettre le Christ toujours plus au centre de notre vie, pour qu’il guide notre vie, en le mettant à la première place, lui qui n’a pas hésité à se faire petit enfant et pauvre pour nous mettre à la première place dans son cÅ“ur.

Quant à la mise en pratique du second commandement, elle peut être faite avec les membres de notre famille, avec les gens avec qui nous vivons tous les jours, dans les différents réseaux du travail ou des loisirs, et aussi à l’égard de celles et ceux qui connaissent le rejet et la misère. Cette mise en pratique du second commandement, elle se fait aussi en essayant de communiquer à ceux qui nous entourent le plus grand trésor que nous possédons : la foi au Christ Jésus. Nous sommes invités à ne pas nous assoupir dans ce monde dont nous sommes appelés à être la lumière et à bien remplir notre mission : c’est à nous, chrétiens, que revient la mission de rappeler au monde son vrai sens ; c’est à nous d’être les témoins d’une lumière qui va jaillir à Noël, une lumière dont beaucoup nos contemporains ont hélas perdu le sens.

Un chrétien est un veilleur, nécessairement. Mais c’est aussi un « Ã©veilleur Â», quelqu’un qui éveille ceux qui l’entourent. Que cet Avent nous secoue dans nos habitudes et nous permette de mettre Dieu un peu plus au centre de nos vies. Nous sommes appelés à la joie, à nous réjouir vraiment d’avoir été sauvés par un Dieu qui n’a pas hésité à se faire homme. Et nous sommes appelés à transmettre cette joie. C’est ainsi que nous préparons la venue du Christ et que nous réussissons à l’accueillir chaque jour quand il se présente dans notre vie. Amen.

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