MESSE DE LA STE GENEVIEVE – GENDARMERIE DE QUIMPER – CATHEDRALE ST CORENTIN – 29.11.11
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Le 29 novembre 2011
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Sainte Geneviève est une grande sainte. L’époque où elle a vécu, c’est-à -dire la deuxième moitié du V°s, n’est pas sans analogie avec la nôtre. En effet, Geneviève vit à une époque troublée par les invasions barbares. C’est l’époque où l’empire romain, avec ses institutions magnifique, et en particulier sons sens du droit dont nous avons hérité, cet empire s’effondre : les institutions politiques, économiques et sociales se disloquent. L’insécurité, le découragement et même l’anarchie sont omniprésents. Et Paris se trouve alors assiégé par les troupes d’Attila. Au milieu d’une telle débâcle, Geneviève, simple femme qui s’est donné à Dieu dès son plus jeune âge et que rien ne prédestinait à un tel destin, se dresse pour apporter réconfort et soutien. Elle enjoint aux parisiens de rester dans la ville et de se défendre, résistant ainsi à ceux qui paniquent, qui veulent fuir la ville après l’avoir mis à mort en la traitant de « prophétesse de malheur ». Grâce à sa persuasion, Paris sera sauvé. Plus tard, alors que Paris est à nouveau assiégée par les Francs, elle organisera pendant 5 ans le ravitaillement de la ville affamée par des expéditions fluviales allant jusqu’à Troyes. Sa prière, son autorité, son calme, sa sagesse et sa compassion apportent paix et sécurité, et ravive les énergies. Et sans doute pour cet esprit de service et d’initiative, son autorité et son courage que Geneviève vous a été donnée comme patronne.
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Homélie
Monsieur le Préfet, mon colonel, chers amis gendarmes, frères et sœurs,
C’est une joie pour moi de fêter une fois encore, la Sainte Geneviève avec vous. Vous êtes gendarmes et à ce titre fonctionnaires de l’Etat ; je suis évêque et à ce titre homme d’Eglise. En raison de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la ligne de séparation de nos deux corps constitués semble clairement définie. Mais il se trouve que l’évêque que je suis est aussi citoyen, et que les gendarmes que vous êtes, vous ici présents, sont aussi chrétiens. La démarcation n’apparaît plus alors aussi nettement. C’est pourquoi cette célébration annuelle est à la fois l’occasion de confier à Dieu votre mission et aussi de vous exprimer, en tant que citoyens et en tant que chrétiens, notre reconnaissance pour la manière dont vous exercez cette mission. Vous connaissez, et cela peut être un réconfort pour vous, le capital de sympathie dont vous jouissez dans la population. Et je sais avec quelle délicatesse et quelle humanité vous accompagnez les familles ou nos concitoyens dans l’épreuve ou les difficultés. Mais je sais aussi que votre mission n’est pas toujours très simple. L’évangile que nous venons d’entendre peut alors peut-être vous aider à l’accomplir.
« Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert… Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! ». Jésus prononce cette phrase lors du dernier repas qu’il prend avec ses apôtres, et il vient d’annoncer qu’il va être trahi par Judas. Et voila qu’en ce moment crucial où il leur dit qu’il va être livré et mourir, ses disciples se disputent pour savoir qui parmi eux sera le plus grand, réclament les premières places, en guettant le tableau d’avancement ! Plusieurs fois déjà , Jésus avait essayé de leur expliquer que le Royaume qu’il venait instaurer n’était pas un royaume comme ceux de la terre ; et là encore, il leur explique que, dans la famille qu’il est en train de fonder et qui plus tard sera l’Eglise, la puissance n’est pas le critère absolu, mais que c’est au contraire le service gratuit et désintéressé des autres. Il leur transmet un message particulier qui les aidera à assumer plus tard leur mission. Le contenu de ce message est simple : celui qui veut devenir grand et qui veut gouverner les autres sera le serviteur de tous. Et il se donne lui-même en exemple, lui qui, comme nous le dit saint Paul dans l’épître aux Philippiens (2, 6), était de condition divine et qui n’a pas réclamé le privilège de sa divinité, mais qui s’est fait homme et qui a obéi jusqu’à la mort et la mort sur la croix. Il nous a servi en allant jusqu’à la mort pour nous sauver. Grande leçon pour chacun nous, pour revoir la manière dont nous avons a exercé nos responsabilités en tant que chrétien, et aussi pour revoir la délicatesse dont nous avons à faire preuve dans nos relations mutuelles !
Et en même temps, cette parole de Jésus est plus qu’une manière de faire. Elle nous révèle qui il est, lui, Jésus : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! ». Voilà qui est notre Dieu : il n’est pas celui qui domine, mais celui qui sert, qui se donne pour que l’homme existe. Dieu est serviteur. Il est celui qui, par amour, fait exister tout ce qui existe. Il est créateur. Et il nous invite à participer, tous qui que nous soyons, à son œuvre de création, en imitant sa manière d’être. Là , et là seulement, est la vraie grandeur.
Ce que nous propose Jésus aujourd’hui est une véritable rupture avec ce que pense et ce que recherche le monde habituellement. La foi chrétienne produira toujours un écart avec les conceptions de la vie les plus communément admises. Etre chrétien introduit forcément une différence et même un renversement des valeurs. Jésus-Christ n’est pas venu apporter des nuances ou des aménagements dans nos manières de vivre ; il est venu pour nous faire vivre autrement. La question se pose alors de savoir si cet appel du Christ est reçu par nous, ou si ce n’est qu’une belle parole. La question est de savoir si cela a une véritable incidence dans notre vie. Si nous sommes croyants, pouvons-nous nous demander si notre foi transparaît dans notre vie, dans nos engagements quotidiens, même militaires, au service de notre nation ? Est-ce que cela nous permet d’exercer l’autorité et la responsabilité autrement, à la manière du Christ ?
Car il faut bien comprendre que ce que nous dit ici le Christ va au-delà d’un enseignement moral. Il nous dit comment lui ressembler dans l’exercice de la responsabilité et de l’autorité. Le Christ ne se présente pas comme le chef d’une nation païenne ; il ne se présente pas comme le concurrent de César ou du roi Hérode ; il ne se présente même pas comme un de ces leaders messianiques qui ont parcouru l’histoire d’Israël. Il se présente comme le serviteur souffrant annoncé par le prophète Isaïe. Il va délivrer son peuple et à travers lui l’humanité entière, non pas en imposant sa loi, mais en offrant sa vie. A partir de là , le chrétien comprend que ce qui change quelque chose dans le cœur et l’histoire des hommes, c’est de donner sa vie pour ce changement. On peut déclencher des événements, on peut supporter des événements, on peut être pris dans des luttes considérables, mais ce qui change le cœur de l’homme n’est ni la guerre, ni la révolution, ni la domination ; c’est l’offrande qu’il est capable de faire de lui-même par amour des autres et pour le service de tous.
Le vrai maître, c’est Dieu, et l’imiter en cela est un moyen sûr de faire ce qu’il y a de mieux pour les autres et pour nous-mêmes, dans la mise en œuvre de notre mission, le moyen le plus sûr de faire respecter la justice, de servir le bien commun et d’amener à plus de paix et plus de bonheur. Parce que nous sommes certains que Dieu sait ce que sont les êtres humains, et qu’en cela, il peut vraiment nous inspirer comment les guider et les servir. Ste Geneviève, votre patronne que nous fêtons aujourd’hui, est un exemple de cette conviction. Elle ne s’est pas retrouvée à sauver Paris face à Attila parce qu’elle en avait envie, ou parce qu’elle avait des qualités naturelles de chef de guerre. Elle l’a fait parce qu’elle a voulu servir le Christ, et qu’elle voulait servir comme lui. La foi chrétienne nous aide ainsi à mieux remplir notre mission. Nous pourrons nous en souvenir, en voyant le mot « servir » qui est si souvent dans les devises de nos institutions et de nos corps d’armée. Le Christ nous en montre la profondeur et la véritable mise en œuvre.
Aujourd’hui, un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants ne mangent pas à leur faim dans le monde. La pauvreté, pour ne pas dire la misère, engendre la violence et notre pays n’est pas épargné. Face à la violence, sous toutes ses formes, vous êtes souvent en première ligne et le serez encore davantage tant que nous ne serons pas vraiment sortis de la crise qui fragilise nos sociétés. Autant de raisons pour prier ensemble ce soir, pour savoir, au milieu de ces événements, comment servir, comment guider les autres et guider notre propre vie selon la manière de Dieu. Lui qui va se faire homme comme nous à Noël, lui qui est aussi appelé le Prince de la Paix, peut nous le montrer avec certitude.
A la prière de Ste Geneviève, votre patronne, que le Christ aide dans l’accomplissement de votre tâche. Qu’il renouvelle vos forces et qu’il vous donne de vous engager encore mieux dans le service des autres, à son exemple. Amen.