REOUVERTURE EGLISE DE PLOUGASNOU – 2° DIMANCHE DE L’AVENT B – 04.12.11

 

Le 4 décembre 2011

 

Frères et sÅ“urs, à mesure que nous avançons vers la célébration de la Nativité, la liturgie nous invite à réfléchir sur le chemin dans lequel Dieu nous engage pour accueillir son Fils. Puisque Dieu est tout puissant et qu’il fait ce qu’il veut, nous aurions pu imaginer qu’il soit intervenu dans l’histoire des hommes sans laisser s’écouler tant de siècles et un si grand délai. Très naturellement, nous pourrions nous demander si Dieu n’est pas en retard pour tenir sa promesse. L’épître de saint Pierre que nous avons entendue, nous donne une clef pour comprendre le sens de ce temps qui s’écoule avant l’achèvement du dessein de Dieu. Il nous est dit : « C’est pour vous que Dieu patiente, car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre mais il veut que tous aient le temps de se convertir » (2 P 3, 9). Alors, nous comprenons que la venue du Fils de Dieu dans notre chair n’est pas simplement un acte décidé par Dieu de manière arbitraire, mais un événement qui s’insert dans l’histoire de la rencontre de Dieu et des hommes au long des siècles, et que tout au long de ce chemin chaque génération est invitée à recevoir à nouveau la promesse de Dieu et à convertir sa vie. C’est le sens de la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue : Dieu se prépare un chemin à travers le désert. Pendant plusieurs siècles, il a conduit son Peuple et l’a préparé pour l’avènement de la nouvelle Alliance. A travers les événements souvent dramatiques de l’histoire d’Israël (l’invasion du pays, l’exil, l’occupation étrangère…), alors que tout semblait contraire à la promesse de Dieu, les prophètes invitaient le peuple à reconnaître un appel et à accueillir « une terre nouvelle et des cieux nouveaux, où résidera la justice » (2 P 3, 13). Aujourd’hui, ce même chemin de conversion nous est encore proposé.


Cette conversion consiste d’abord à renoncer à ce qui fait le cÅ“ur de notre péché. Il ne s’agit pas tant de nos petites fautes morales quotidiennes, auxquelles il faut bien sûr renoncer et dont il faut nous corriger. La racine du péché qui habite notre cÅ“ur est de nous détourner de Dieu, de vivre dans l’indifférence par rapport à Lui, comme s’Il n’était pas là, de l’éliminer de l’histoire des hommes, de notre propre histoire et de nos vies. Le péché principal de notre humanité, c’est bien de croire qu’elle peut réaliser son salut, atteindre le bonheur et surmonter le mal et la mort sans avoir besoin de Dieu. Si bien que la première conversion à laquelle nous sommes invités par les prophètes, et par Jean-Baptiste en particulier, « le plus grand d’entre eux » (Mt 11, 11), c’est d’abord l’acte de foi, la reconnaissance que nous recevons tout de Dieu, et que, en retour, nous devons offrir tout à Dieu. Préparer le chemin du Seigneur à travers les déserts de notre monde, c’est reconstruire, année après année, notre vie autour de la présence de Dieu.


En ces jours où nous nous préparons à accueillir le Christ, nous pouvons réfléchir et nous demander quel espace nous laissons véritablement à Dieu dans notre vie. Est-il simplement une référence générale et lointaine, ou a-t’il une place concrète dans notre existence de chaque jour ? Quel temps prenons-nous le matin, le soir, et dans la journée pour nous remettre devant lui, pour le prier, pour lui exprimer notre foi, notre faiblesse et nos hésitations, pour lui dire : « Tu es là Seigneur, et je veux être avec toi. Je ne sais pas très bien comment je devrais faire, je ne sais pas très bien ce que je dois changer, mais je sais que je veux vivre avec toi. Seigneur, donne-moi de croire, donne-moi d’être vraiment présent à ton amour, à ta venue, à ta promesse Â» ? Si nous faisons régulièrement cet acte de foi, alors la lumière de Dieu éclairera notre vie et nous fera découvrir progressivement ce que nous devons changer dans notre manière d’être et ce que nous pouvons renouveler pour vivre vraiment en lien avec Dieu.


Comme saint Pierre nous y invite, nous pouvons passer en revue un certain nombre d’aspects de notre vie : comment sommes-nous en relation avec les autres, comment mettons-nous en pratique le commandement de l’amour, comment essayons-nous de construire quelque chose à travers notre existence, comment laissons-nous la générosité de Dieu transformer notre égoïsme, comment entendons-nous les appels au partage et à la fraternité, comment sommes-nous des artisans de paix ? Pour chacune de ces questions, je ne doute pas que nous puissions trouver dans notre existence quelque chose à changer et à convertir, pour devenir davantage disciples du Christ.


Tout cela peut prendre un sens particulier aujourd’hui où nous retrouvons dans cette église après les travaux qui y ont été réalisés. Car cela peut nous amener à nous poser une question : pourquoi tenons-nous tellement à la présence d’une église dans nos villes, nos communes, nos villages ? Pourquoi, indépendamment de l’obligation faite par la loi française, équipes municipales et habitants ont-ils cette volonté de sauvegarder cet édifice, à travers les siècles, et ce quelle que soit la foi des uns et des autres ? Sans doute parce qu’en général, c’est le bâtiment le plus ancien de la commune, et qu’en tant que tel il est témoin du passé, il nous enracine dans notre histoire locale : tellement de choses important pour la vie d’une commune se sont passées dans l’église au cours des siècles ! Sans doute aussi parce que nous sommes dépositaires de cet héritage, et donc responsables à notre tour de le transmettre.

Mais je crois, plus profondément, que l’être humain, qui est fait pour Dieu, a besoin de retrouver régulièrement le Christ. Et l’église bâtiment nous le rappelle constamment. Il y a là une part de mystère, qui est d’ailleurs ressenti par tous : combien de personnes entrent dans une église pas seulement pour la visiter, mais simplement pour y trouver un moment de paix et de recueillement ! Une église, quand elle est vraiment habitée par la prière d’une communauté chrétienne, élève l’âme vers Dieu, et pas seulement celles de ceux qui croient spécifiquement au Christ. Elle nous rappelle de ne pas oublier le Christ, et de rester attachés à lui. Elle nous rappelle que l’homme ne vit pas seulement de consommation et de matérialisme, mais qu’il est plus grand que cela, qu’il a besoin aussi de nourrir la part spirituelle qui est en lui. Elle nous rappelle ce pour quoi nous sommes faits. Et la beauté de nos églises n’est là que pour rappeler la beauté de Celui qu’on y célèbre et la grandeur de ce qu’il nous promet. Ce n’est pas qu’une Å“uvre artistique ; c’est une question de foi.

Tout cela, de façon mystérieuse, contribue au bien commun d’une ville ou d’un village : c’est vrai sur le plan de l’Histoire ; mais pour nous chrétiens, c’est vrai aussi sur le plan du bien de l’homme. Vous le voyez, Messieurs et Mesdames les élus, en permettant la restauration de cette église – et nous savons tous les efforts considérables consentis sur cet édifice –, vous avez Å“uvré pour le bien commun de votre commune d’une façon plus profonde qu’on pourrait le croire au premier abord. C’est un beau signe d’attachement, et cela est bon, puisque toute équipe d’élus a normalement comme objectif le bien commun de ses administrés. Alors, soyez-en vraiment remercié.

C’est pour cela que les chrétiens, dans une commune, ont une grave responsabilité : celle de faire vivre leur église, pour que tous en reçoivent quelque chose, même s’ils ne partagent pas notre foi. La meilleure façon que nous avons de remercier ceux qui ont permis la restauration de cette église, c’est de venir y prier. Et la prière, ce n'est pas seulement la messe. Vous pouvez organiser d’autres formes de prières : partage de l’Ecriture Sainte, chapelet, vêpres, méditation du chemin de croix, temps d’adoration... Cela dépend de vous, en accord avec votre curé. Je ne peux que souhaiter et même vous demander que votre église soit une église habitée, accueillante, et que vous vous y réunissiez régulièrement ; de vous organiser pour que votre église soit ouverte chaque jour. A quoi servirait-il de restaurer nos églises, si ce n’est pas pour les ouvrir et pour venir y prier ?

Et puis, rendre grâce au Seigneur pour la réouverture de cette église, c’est aussi entendre la mission qu’il confie à ses disciples d’aller au-devant de tout homme et de toute femme en ce monde, pour lui partager ce que nous avons reçu. C’est accepter d’être en ce temps les témoins du Christ au milieu des hommes et des femmes de cette partie du Trégor. Il ne servirait à rien que notre lieu de prière, notre église soit bien aménagée, si nous cela ne sert pas à annoncer explicitement le Christ à ceux qui nous entourent. Cette église est un signe visible de l’existence de votre communauté. C’est déjà beaucoup et il faut nous réjouir que ce soit possible. Mais pouvons-nous simplement nous en contenter ? Ou bien devons-nous plus positivement nous interroger pour savoir si la communauté qui se réunit dans cette église annonce aussi le Christ à ceux qui ne viennent pas ? Sommes-nous capables de devenir témoins de l’Évangile dans ce monde ? Frères et sÅ“urs, cette mission est la mission de tout baptisé.

Nous avons à annoncer à ceux qui nous entourent les raisons de vivre, d’espérer et de croire qui viennent du Christ, pour que leur existence ait un sens et qu’ils y découvrent un Dieu qui les aime et les appelle. C'est en percevant que nous sommes des hommes et des femmes dont la vie est transformée par l'amour du Christ et la foi en lui, qu'ils croiront en sa miséricorde. C'est en nous voyant nous aimer vraiment les uns les autres, par delà nos différences, en nous voyant pardonner, donner de notre temps et de notre disponibilité pour aider les autres, que ceux qui nous regardent vont comprendre que les commandements de Dieu sont mis en pratique en ce monde. Et peut-être qu’alors, en nous voyant, ils pourront voir le Christ, croire en lui, le suivre et par lui reconnaître le Père. Alors la beauté de votre église sera le signe de la beauté de votre vie et de votre foi. Elle sera le signe de la beauté et de l’amour de Dieu. Amen.

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