3° DIMANCHE DE L’AVENT – 150° ANNIVERSAIRE DE L’EGLISE DE PLOUDANIEL – 10 DECEMBRE 2011
Le 10 décembre 2011
Frères et sœurs, nous voici déjà arrivés au troisième dimanche d’Avent… Dans peu de temps maintenant, Noël sera là . Et nous venons de réentendre Jean-Baptiste proclamer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie et l’accomplissement des promesses de Dieu. Il annonce à tous la présence toute proche de Celui qui est plus grand que lui. Et dans le même temps, il appelle les foules à la conversion et à renoncer à leur conduite mauvaise, opposée à l’amour de Dieu et des autres.
Aujourd’hui, c’est toujours le même message qui nous est adressé : nous ne sommes ni pires ni meilleurs que les contemporains de Jean-Baptiste ; et nous aussi, nous cherchons le sens de notre vie, nous voulons savoir en qui placer notre confiance, nous sommes en attente du vrai bonheur. Nous aussi, nous voulons nous préparer à accueillir celui qui vient ; nous aussi, nous voulons goûter la joie qui vient de Dieu. Cette espérance nait de la foi indéfectible en la promesse faite par Dieu et en la certitude qu’il ne manquera jamais à ce qu’il a promis. Car Dieu n’abandonne pas son peuple, comme nous le rappelle le prophète Isaïe en parlant du Messie : « Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur » ; ou St Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : « Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l'accomplira ».
L’évangile d’aujourd’hui nous repose donc la question de savoir si nous, chrétiens du XXI° s, nous vivons dans cette certitude que Dieu est le défenseur et le Sauveur de l’humanité, comme il l’a été du peuple d’Israël. Cette certitude qui habite le cœur du croyant le conduit à regarder l’histoire de l’humanité, celle de sa propre vie ou les évènements de son temps, dans la confiance en la parole de Dieu, et non plus avec les yeux de la crainte et de l’anxiété, que beaucoup cherchent à susciter en brandissant devant nous les risques et les périls que courent l’humanité et l’univers. Peut-être que cette attitude est ce à quoi on peut reconnaître aujourd’hui un chrétien : peut-être que le chrétien est celui qui aborde les événements de sa propre vie ou de l’histoire du monde, non pas dans la peur et l’angoisse, mais dans la confiance et l’espérance. Et sans doute que la caractéristique du chrétien est de savoir témoigner de cette espérance au milieu de notre monde troublé et parfois à la dérive. Nous avons à être nous aussi de nouveaux Jean-Baptiste pour notre temps, non pas en nous présentant comme meilleurs que les autres, mais en indiquant à ceux qui veulent bien l’entendre où est le vrai salut, et qui est le Christ.
Frères et sœurs, les hommes et les femmes d’aujourd’hui nous posent plus ou moins explicitement les mêmes questions qui ont été posées à Jean-Baptiste : « Toi, chrétien, qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Quel message veux-tu nous transmettre ? » Serons-nous capables de répondre comme Jean-Baptiste : « Je ne suis qu’une voix qui vous répète : au milieu de nous se tient Celui que vous ne connaissez pas, et qui est le seul capable de nous sauver » ? Et nous ne pouvons répondre que si nous acceptons nous-mêmes d’entrer dans ce chemin nouveau, par notre propre conversion. Qui serions-nous sinon pour faire la leçon aux autres ? Mais nous pouvons quand même répondre, si nous vivons du Christ et de son Evangile…
Nous pensons peut-être que notre temps est trop difficile pour cela, que les hommes et les femmes qui nous entourent sont tellement préoccupés par autre chose qu’ils ne nous entendront pas… Pouvons-nous en être si sûrs ? Les temps passés étaient-ils meilleurs ? Nos pères dans la foi, qui ont bâti cette église, avaient-il plus de perspective d’avenir que nous-mêmes ? Sans doute que non… Dieu est toujours autant présent à notre monde qu’en leur temps. Et nous n’avons pas à rêver de moments plus favorables pour annoncer que le Christ est au milieu de nous et qu’il vient nous sauver dans toutes les composantes de notre existence, y compris sociales, économiques et financières.
Aujourd’hui, nous célébrons le cent cinquantième anniversaire de la construction de cette église. Faire mémoire de ces cent cinquante années de vie paroissiale, c’est d’abord avoir ce regard de foi, de discerner cette présence silencieuse de Dieu au milieu de nous. C’est aussi rendre grâce à Dieu pour les dons qu’il nous a faits, rendre grâce à Dieu pour la chance qu’il nous a donnée d’avoir un lieu de rencontre, un lieu de prière où les sacrements sont célébrés, d’avoir des prêtres, des religieuses, des laïcs qui font vivre ce lieu ; rendre grâce à Dieu qui, par le baptême, l’eucharistie et la confirmation, a fait de nous des chrétiens.
La première façon que nous avons de fêter l’anniversaire d’une église, c’est d’abord de venir y prier. C’est pour cela que les chrétiens, dans une commune, ont une grave responsabilité : celle de faire vivre leur église, pour que tous en reçoivent quelque chose, même s’ils ne partagent pas notre foi. Et la prière, ce n'est pas seulement la messe. Vous pouvez organiser d’autres formes de prières : partage de l’Ecriture Sainte, chapelet, vêpres, méditation du chemin de croix, temps d’adoration... Cela dépend de vous, en accord avec votre curé. Je ne peux que souhaiter et même vous demander que votre église soit une église habitée, accueillante, et que vous vous y réunissiez régulièrement ; de vous organiser pour que votre église soit ouverte chaque jour. Pour qu’une église remplisse sa mission, il faut des hommes et des femmes pour la faire vivre. Sinon, ce n’est plus qu’un musée ou le signe d’un passé révolu. Frères et sœurs, ces hommes et ces femmes, c’est vous. A quoi serviraient nos églises, si ce n’est pas pour les ouvrir et pour venir y prier ?
Mais rendre grâce au Seigneur pour ces cent cinquante années, c’est aussi entendre la mission qu’il confie à ses disciples d’aller au-devant de tout homme et de toute femme en ce monde, pour lui partager ce que nous avons reçu, pour l’aider à traverser les tempêtes de sa vie. C’est nous rendre disponibles pour que d’autres puissent connaître la même chance et la même grâce. C’est accepter d’être en ce temps les témoins du Christ au milieu des hommes et des femmes de cette partie du Léon, comme vos pères l’ont été. C’est pour cela qu’ils ont construit cette église. Vous êtes appelés à être les témoins de l’Espérance de l’Evangile. La fête d’aujourd’hui est pour vous une invitation à regarder la manière dont vous vivez votre foi chrétienne, et à réfléchir votre place et votre mission au milieu de la population de ce coin de Finistère. Il ne servirait à rien que notre lieu de prière, notre église soit bien aménagée, si nous cela ne sert pas à annoncer explicitement le Christ à ceux qui nous entourent. Comment pourrions-nous être vraiment disciples du Christ en nous contentant de nous retrouver entre nous sans nous inquiéter de ceux et de celles, si nombreux et si nombreuses autour de nous, qui attendent de notre part, et parfois sans le savoir, une parole, un signal qu’ils sont aimés eux aussi de Dieu ? Nous n’avons pas à rougir de vouloir faire rencontrer le Christ aux autres. Si vraiment nous pensons que la foi est utile pour les hommes, si cela nous rend heureux et si cela nous fait du bien, pourquoi ne pourrions-nous pas le partager avec les autres et pourquoi ne souhaiterions-nous pas qu’ils puissent en bénéficier eux aussi !
Et je veux tout spécialement m’adresser aux jeunes présents ici ce soir. Cette église, cette paroisse où vous avez l’habitude de venir, vous en héritez. Vous en profitez parce que beaucoup avant vous, prêtres, religieuses et laïcs se sont engagés et l’ont fait vivre. Vous avez, vous aussi, vous avez votre place dans cet ensemble paroissial, et vous avez à la prendre. Osez vous demander ce à quoi le Christ vous appelle. Osez lui demander si même il ne vous appelle pas, pour votre bonheur et celui des autres, à devenir prêtre ou religieuse. Depuis des siècles, des prêtres et des religieuses ont aidé les chrétiens de ce lieu à vivre leur foi ; c’est aussi grâce à eux que vous êtes là ce soir. Et je suis sûr que parmi vous, certains sont aujourd’hui appelés au même service.
Frères et sœurs, rendons gloire à Dieu pour tout ce qu’il a réalisé ici depuis tant d’années. Il a conduit ceux qui nous ont précédés à se poser la question : mais qui est donc ce Christ ? Devant les craintes qui nous animent face à l’avenir parfois incertain de nos communautés chrétiennes, découvrons que ce n’est pas nous qui conduisons Jésus, mais lui qui nous guide. C’est lui qui renforce notre foi, et qui nous rend missionnaires. En ce temps où notre monde a besoin d’une nouvelle évangélisation, supplions l’Esprit Saint de faire de nous une communauté qui rayonne sa foi, son espérance et son amour. Amen.