3° DIMANCHE DE L’AVENT – PARDON DE ST CORENTIN – 11 DECEMBRE 2011

Le 11 décembre 2011

Frères et sœurs, en cette fête de St Corentin,nous voici déjà arrivés au troisième dimanche d’Avent… Dans peu de temps maintenant, Noël sera là. Et nous venons de réentendre Jean-Baptiste proclamer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie et l’accomplissement des promesses de Dieu. Il annonce à tous la présence toute proche de Celui qui est plus grand que lui. Et dans le même temps, il appelle les foules à la conversion et à renoncer à leur conduite mauvaise, opposée à l’amour de Dieu et des autres.

Aujourd’hui, c’est toujours le même message qui nous est adressé : nous ne sommes ni pires ni meilleurs que les contemporains de Jean-Baptiste ; et nous aussi, nous cherchons le sens de notre vie, nous voulons savoir en qui placer notre confiance, nous sommes en attente du vrai bonheur. Nous aussi, nous voulons nous préparer à accueillir celui qui vient ; nous aussi, nous voulons goûter la joie qui vient de Dieu. Cette espérance nait de la foi indéfectible en la promesse faite par Dieu et en la certitude qu’il ne manquera jamais à ce qu’il a promis. Car Dieu n’abandonne pas son peuple, comme nous le rappelle le prophète Isaïe en parlant du Messie : « Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cÅ“ur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur » ; ou St Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens : « Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l'accomplira ».

L’évangile d’aujourd’hui nous repose donc la question de savoir si nous, chrétiens du XXI° s, nous vivons dans cette certitude que Dieu est le défenseur et le Sauveur de l’humanité, comme il l’a été du peuple d’Israël. Celui qui croit en Dieu, en sa fidélité, en sa miséricorde, en son amour et en sa puissance, est assuré que rien de ce qui survient en ce monde ne peut le séparer de Dieu, pas même les catastrophes comme celles qui ont marqué l’histoire du peuple d’Israël, au moment de la déportation à Babylone, de l’occupation grecque, de l’occupation romaine, de la destruction du temple de Jérusalem ou de la diaspora qui s’en est suivie. Cette certitude qui habite le cÅ“ur du croyant le conduit à regarder l’histoire de l’humanité, celle de sa propre vie ou les évènements de son temps, dans la confiance en la parole de Dieu, et non plus avec les yeux de la crainte et de l’anxiété, que beaucoup cherchent à susciter en brandissant devant nous les risques et les périls que courent l’humanité et l’univers. Celui qui croit que Dieu est fidèle ne craint pas le passé parce qu’il sait que la miséricorde de Dieu pardonne les péchés et répare les fautes ; il n’est pas inquiet pour le présent parce qu’il sait que Dieu n’est pas indifférent et agit en tout instant dans le cÅ“ur des hommes, et spécialement de ceux qui sont habités par la foi et la présence de l’Esprit Saint ; et il n’a pas peur de l’avenir, puisqu’il sait que le Christ vient sauver son peuple…

Peut-être que cette attitude est ce à quoi on peut reconnaître aujourd’hui un chrétien : peut-être que le chrétien est celui qui aborde les événements de sa propre vie ou de l’histoire du monde, non pas dans la peur et l’angoisse, mais dans la confiance et l’espérance. Et sans doute que la caractéristiques du chrétien est de savoir témoigner de cette espérance au milieu de notre monde troublé et parfois à la dérive. Mais nous savons aussi que, pour avoir une telle attitude, cela demande à chaque chrétien une conversion incessante, une intimité sans cesse renouvelée avec le Christ. Le chrétien ne peut traverser cette existence avec espérance et réconforter les autres que s’il sait qui est son Sauveur, qui est le Messie, et qu’il le suit. Et cela ne se fera que s’il met en pratique la consigne de St Paul que nous venons d’entendre : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N'éteignez pas l'Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu'il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ ». 

En fait, devant les événements du monde qui marquent notre temps, les chrétiens sont soumis à plusieurs tentations. La première serait de se laisser complètement démolir, décourager et bouleverser par tout ce qui arrive, et de perdre la paix intérieure. La deuxième tentation serait de se replier sur eux-mêmes, en construisant un petit oasis où l’on se débrouillerait pour que tout aille bien. Nous savons que cette tentation n’est pas illusoire. A travers l’histoire de l’Église, un certain nombre d’hérésies et de schismes ont été provoqués par ce désir de constituer une Eglise de purs, à l’abri des vicissitudes du monde et de ses difficultés. Mais le Christ n’est pas venu pour quelques uns seulement ; il veut rassembler tous les hommes et les sauver tous. Nous ne pouvons donc pas garder notre paix et notre espérance pour nous seuls, en nous retirant et en menant notre vie sans nous occuper de ce qui se passe pour le reste du monde. Nous avons à vivre unis au Christ, pour devenir ses témoins au milieu des hommes. Nous avons à être nous aussi de nouveaux Jean-Baptiste pour notre temps, non pas en nous présentant comme meilleurs que les autres, mais en indiquant à ceux qui veulent bien l’entendre où est le vrai salut, et qui est le Christ.

Frères et sÅ“urs, les hommes et les femmes d’aujourd’hui nous posent plus ou moins explicitement les mêmes questions qui ont été posées à Jean-Baptiste : « Toi, chrétien, qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Quel message veux-tu nous transmettre ? Â» Serons-nous capables de répondre comme Jean-Baptiste : « Je ne suis qu’une voix qui vous répète : au milieu de nous se tient Celui que vous ne connaissez pas, et qui est le seul capable de nous sauver Â» ? Bien sûr, ce n’est certainement pas à cause de nos propres qualités que nous pouvons répondre, mais par la force de l’Esprit Saint. Car comme Jean-Baptiste, ce n’est pas en notre nom que nous parlons. Jean-Baptiste n’annonce pas un baptême de conversion en son nom propre, mais au nom de celui qui vient derrière lui : « Je suis la voix qui crie à travers le désert : aplanissez le chemin du Seigneur… Moi, je baptise dans l'eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale ». Et nous ne pouvons répondre que si nous acceptons nous-mêmes d’entrer dans ce chemin nouveau, par notre propre conversion. Qui serions-nous sinon pour faire la leçon aux autres ? Mais nous pouvons quand même répondre, si nous vivons du Christ et de son Evangile…

Nous pensons peut-être que notre temps est trop difficile pour cela, que les hommes et les femmes qui nous entourent sont tellement préoccupés par autre chose qu’ils ne nous entendront pas… Pouvons-nous en être si sûrs ? Nous fêtons aujourd’hui St Corentin, patron de notre diocèse : le temps qu’il a connu, au moment où il arrive comme évêque en Cornouailles, était-il meilleur ? Corentin avait-il plus de perspective d’avenir ? Pouvait-il compter sur la prospérité de la société qui l’entourait ? La sécurité et la paix étaient-elles assurées ? Sans doute que non… Il a lui aussi connu un changement profond de société. Mais ce qui l’a fait tenir, au point que ce qu’il a fondé, lui est ses successeurs, subsiste encore aujourd’hui, c’est uniquement la foi, l’espérance et la charité, l’amour qu’il avait pour Dieu et pour son peuple. Et c’est aussi le fait que les chrétiens qu’il avait à guider ont entendu ses appels et l’ont suivi, mettant en Å“uvre l’Evangile du Christ… Dieu est toujours autant présent à notre monde qu’en son temps. Et nous n’avons pas à rêver de moments plus favorables pour annoncer que le Christ est au milieu de nous et qu’il vient nous sauver dans toutes les composantes de notre existence, y compris sociales, économiques et financières.

Que St Corentin, qui fut prophète en cette terre de Bretagne, nous aide à faire nôtre la promesse de Dieu et à en vivre, pour poser un regard chrétien sur les événements qui nous arrivent. Qu’il nous obtienne du Seigneur la force et le courage d’en être les témoins en ce monde. Qu’il nous aide à prier pour notre diocèse et pour que, demain, il y ait encore et toujours de communautés chrétiennes en Finistère. Et que notre paix et notre espérance soient les signes crédibles de notre foi. Amen.

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