NOEL – MESSE DU JOUR – CATHEDRALE ST POL DE LEON – 25.12.11
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Le 25 décembre 2011
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Frères et sœurs, au cœur de la nuit du monde, une lumière s’est levée. Il y a plus de 2000 ans, un enfant est né, qui est considéré par des millions de chrétiens comme le Fils de Dieu lui-même. Cette lumière resplendit encore pour nous en ces premières années du troisième millénaire. Mais que peut bien apporter aujourd’hui encore cet enfant couché dans une mangeoire à notre monde si tourmenté ?
Quand on passe dans les rues de nos villes les jours précédant Noël, et qu'on voit toutes ces illuminations et ses magasins assaillis par des acheteurs de toutes les générations, on pourrait se demander : mais où est donc cette fameuse crise dont on nous parle tant et qui angoisse nos dirigeants ? La crise, il serait certes malvenu de la nier : les statistiques du Secours catholique et des Restos du cœur nous montrent qu'elle est là ! Et il serait malséant de reprocher à ceux qui, de plus en plus nombreux, vivent toute l'année des temps incertains, de vouloir se préserver un peu de lumière et de joie au moment de Noël. Mais pour nous chrétiens, qui nous pouvons être indifférents aux difficultés de notre monde, Noël est l'occasion d'un acte de foi. Nous sommes appelés à ne pas oublier le personnage central de la Crèche, le Christ Jésus. La fête de la venue de Dieu dans notre monde est bien autre chose qu'un moment d'illusion ou d'évasion. Le Christ vient à notre rencontre, porteur d'un grand message. Cette Bonne Nouvelle, c'est que tout homme est précieux aux yeux de Dieu, que Dieu veut pour lui la vie et la paix, et que pour cela il scelle avec lui une alliance incroyable : il devient homme comme nous.
Mais cela nous convient-il ? Car peut-être qu’en ce jour, un certain doute nous assaille. Est-ce vraiment cela que nous attendons et espérons pour faire face à nos difficultés ? A quoi cela nous sert-il que Dieu devienne un enfant, pauvre parmi les pauvres ? Devant les forces mauvaises et les souffrances qui frappent l’humanité, il est compréhensible que les hommes attendent un signe qui soit à la hauteur de leurs craintes et de leurs angoisses, un signe d’une puissance exceptionnelle, qui seul pourrait les convaincre que Dieu veut vraiment nous sauver, qu’il se préoccupe réellement de nous. Alors, Noël est-il ce signe ? N’est-ce pas un beau conte pour enfants, ou une belle tradition, dont le message est un peu dépassé ? Est-il toujours en adéquation avec la dureté de ce temps ? Il y a un instant, dans le psaume de ce dimanche, nous avons chanté : « Toutes les nations verront le salut de notre Dieu ». Et je ne pouvais m’empêcher de penser à tous ces pays qui font la une des informations quotidiennes : les pays d’Europe, les pays arabes, le Moyen Orient, l’Irak, l’Afghanistan, la Corée du Nord, la Russie… toutes ces nations qui ont bien besoin d’un salut. Noël peut-il alors avoir une quelconque influence sur ces pays, sur ce que traverse notre monde aujourd’hui ? Certains en doutent et n’y croient pas, comme il y a deux mille ans.
Ainsi, déjà à l’époque, alors que le peuple d'Israël vit sous le joug de l'occupant romain, avec sa part de vexations, de brimades, de contraintes, tout un courant de la tradition juive attendait un Messie puissant qui rétablirait Israël dans ses prérogatives de Peuple de Dieu. C’est ainsi que Hérode a eu du mal à comprendre qu’un Messie puisse naître loin des lieux de puissance, à Bethléem, et non à Jérusalem. C’est ainsi que les contemporains du Christ ont douté que du village perdu de Nazareth en Galilée puisse sortir quelque chose de bon. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, beaucoup ne voient plus le contenu de Noël et l’immense espérance qu’il cache.
Pourtant, Dieu a répondu, et par une puissance qui dépasse toute imagination… qui sort tellement de nos concepts qu’elle est difficile à appréhender. Le Messie surprenant qui nous est donné n’apparaît avec aucun des attributs de la force qu’on attendrait de lui, mais dans la fragilité d’un enfant nouveau-né. Seul un acte de foi dans la puissance de Dieu qui agit à travers la faiblesse humaine et les incertitudes de l’avenir permet de reconnaître en cet enfant démuni le véritable Sauveur. La question nous est posée de savoir si nous y croyons, concrètement, face aux difficultés que rencontrent notre monde et aux craintes qui tourmentent notre cœur. Quelle est donc notre espérance en ce jour ? Je vous souhaite de découvrir, grâce à la prière de cette messe de Noël, que cette espérance est réelle, que le Christ vient vraiment nous sauver. La paix et la joie de Noël nous sont données réellement, non pas parce qu’elles escamoteraient les difficultés de chacune de nos existences comme par un coup de baguette magique, mais parce que « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. », parce que le Christ vient sauver l’homme et tout l’homme, dans toutes ses composantes.
Je ne peux célébrer cette fête de Noël sans évoquer l’année qui s’annonce. L’année 2012 sera une année importante pour notre pays. Nous aurons d’abord à surmonter la tentation du « chacun pour soi » face à la crise qui perdure. Nous aurons ensuite à faire œuvre de discernement, au cours de la période électorale qui a déjà commencée : quel type de société souhaitons-nous pour la génération qui vient ? Je vous invite à lire ou à relire le message des Evêques de France au sujet les futures élections. Dans notre société, l’individualisme finit par dissoudre la vie sociale, dès lors que chacun juge toute chose en fonction de son intérêt propre ; les nouveaux progrès techniques interrogent la conception que l’on se fait de l’homme et de sa dignité. Chaque candidat dit quelque chose sur tout cela, sur ce qu’il pense de l’être humain et de son bonheur. Il est donc important de réfléchir sérieusement : un vote ne peut être simplement dicté par l’habitude, par l’appartenance à une classe sociale ou par la poursuite d’intérêts particuliers. Il doit prendre en compte les défis qui se présentent et viser ce qui pourra rendre notre pays meilleur et plus humain pour tous, au niveau de la famille, de la vie naissante, de l’éducation, de l’éthique, de l’attention particulière aux plus faibles, de la fin de vie, de l’environnement, de la justice, du bien commun, de la culture, d’une juste laïcité qui ne rejette pas le fait religieux dans la sphère du privé… À chaque citoyen, il revient d’examiner comment les programmes des candidats traitent ces différents points, de déterminer si ces approches sont cohérentes ou non avec la société dans laquelle nous voulons vivre, et pour nous chrétiens, un tant soit peu avec l’Evangile.
Mais 2012 sera aussi une année importante pour notre diocèse : nous ycontinuons notre démarche diocésaine Mission 2012, qui culminera à la Pentecôte. Je vous y donnerai les orientations qui nous guideront pour les années qui viennent. Le message de Noël concerne donc aussi l’avenir de notre diocèse, spécialement en ces temps incertains où le paysage religieux de notre pays se redessine : sans cesse, nous devons nous replonger dans la confiance en Dieu, dans la découverte de sa volonté et de sa manière de faire, dans l’acceptation des moyens pauvres de la Crèche. Nous avons à nous rappeler que l’avenir de l’Eglise, en particulier de notre diocèse, est entre les mains de Dieu, que c’est Lui qui lui donne la vie. C’est ce que Mission 2012 tente de nous faire comprendre. Prions l’Enfant de Bethléem de nous inspirer ce que nous devons faire.
Frères et sœurs, en célébrant la Nativité, nous poserons l’acte de foi qui va être demandé à tous ceux qui se disent chrétiens : cet enfant emmailloté, couché dans une mangeoire, né dans une famille pauvre, qui n’a ni splendeur ni aucun des signes de la puissance, cet enfant est le Sauveur de toute l’humanité, il est l’espérance du monde, hier, aujourd’hui et demain… Et il n’y en a pas d’autres ! Le Christ Jésus a quelque chose à nous dire sur tout ce qui concerne la vie de notre monde, parce qu’il est devenu homme, parce qu’il est né dans une famille humaine comme nous, parce qu’il a été confronté aux joies et aux difficultés inhérentes à toute existence. Mais il faut aussi que nous acceptions, chacun individuellement, de reconsidérer nos manières de vivre au quotidien. La façon dont Dieu s’y est prise pour apporter l’espérance au monde et le sauver doit nous convaincre que ce n’est pas forcément suivant les critères habituels de notre société que nous pouvons mieux vivre et être heureux. Les deux mille ans qui viennent de s’écouler nous le prouvent : l'événement de Noël n'aurait jamais dû laisser la moindre trace dans l’histoire ; ce bébé né d'un couple de pauvres gens, dans un coin totalement marginal de l'Empire romain, personne n’aurait dû s’en souvenir ; ce qui aurait dû subsister, c'était bien cet empire romain alors en pleine gloire, basé sur la force, et dont l’empereur se faisait appelé « Auguste », c’est-à -dire le saint, le divin. Eh bien, non ! Ce n’est pas l’empire romain qui est resté debout ; c’est cette humble fête née d'un enfant…
Noël n'est donc pas une illusion, une simple pause, un moment de réconfort en temps d’épreuves. Un Noël chrétien, c'est un Noël qui ose proposer autre chose, un nouveau regard sur l'histoire et sur le monde. Noël est un acte de foi et d'espérance, et cela précisément à cause du Christ et de son message. L'homme ne peut se sauver seul, et les défis qu'il a affrontés dépassent ses propres forces ; mais Dieu ne l’a jamais abandonné. Alors, du fond du cœur, je souhaite un bon et saint Noël à chacun et à chacune d’entre vous, un Noël d’espérance, un Noël de foi ! Paix aux hommes que Dieu aime ! Amen.