| Dans quelques jours, nous allons vivre la fête de tous les Saints. C'est la fête de l'Espérance, celle de cette multitude innombrable des hommes et des femmes qui sont dans la vision de Dieu. Et tous ces saints inconnus nous donne la preuve que la fidélité au Christ est possible dans la vie ordinaire d'un homme ou d'une femme, qu'elle n'est pas réservée à des gens particulièrement héroïques ou qui vivraient dans des conditions tellement particulières que nul d'entre nous ne pourrait songer un instant à s'identifier à eux. La Toussaint adresse à chacun un message d'espérance : « Toi, qui que tu sois, quelle que soit aujourd'hui ta situation de vie, l'Evangile s'adresse à toi et peut faire de toi un saint ».
Le résumé du contenu de cette espérance nous sera donné dimanche dans l'évangile des Béatitudes, le premier discours public de Jésus. Un discours dont chaque phrase commence par le mot « heureux », et qui est une liste de promesses : « Heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux ceux qui sont persécutés pour le nom de Jésus... le Royaume de Dieu est à eux ». Voilà ce que Dieu veut nous donner : le bonheur ! Évidemment, le contenu de ces promesses peut susciter en nous un trouble : il n'est pas certain que nous ayons vraiment envie de trouver notre bonheur dans la pauvreté, la douceur, les larmes, la faim et la soif de justice, la miséricorde, la pureté de cœur, la persécution. Chacune de ces propositions évoque davantage la souffrance et le malheur que le bonheur et la paix. Tout cela semble bien éloigné des critères du bonheur tel que notre société l'envisage ou que la publicité nous l'annonce ! Qui aujourd'hui a envie d'être doux et miséricordieux, quand la justice est instrumentalisée par les médias en instrument de vengeance ? Qui a envie d'être pauvre de cœur, quand les fluctuations de la Bourse deviennent des baromètres plus importants que les événements les plus graves de notre existence ? Qui a faim et soif de la justice, quand l'ambiance générale propose comme mode d'existence l'accaparement plutôt que le partage ? Qui acceptera d'être calomnié pour son attachement au Christ ? Il y a un tel écart entre ce que Dieu propose pour nous rendre heureux et ce que nous désirons spontanément ! Or, l'espérance qui nous est proposée aujourd'hui, c'est précisément de découvrir notre bonheur dans ces dons de Dieu dont nous ne voyons pas au premier abord l'attrait immédiat. Alors, y aurait-il erreur sur la conception commune du bonheur dans notre société ? En fait, il est clair que notre modèle de société ne sastisfait pas toutes les aspirations fondamentales au bonheur. Ce malaise vient d'une omission dans la recherche du bonheur : l'oubli de la vocation divine de l'humanité. Alors, chers auditeurs, voulez-vous prendre quelques instants et regarder lucidement quelle est l'organisation de votre vie ? A quoi donnez-vous vraiment la première place, la priorité ? Et dans ces priorités, quelle est la place du sens de la vie ? Quelle est la place de votre relation avec vos semblables ? Bref, quelle est la place de Dieu ? La réponse n'est pas théorique. Elle s'exprime dans des choix pratiques. Et peut-être pouvons-nous découvrir qu'il existe un certain désordre dans nos priorités. La vraie question n'est-elle pas alors de convertir le sens de notre désir ? Ce retournement de nos désirs, cette nouvelle orientation de nos aspirations n'est pas réservée à une petite élite de saints héroïques. La fête de la Toussaint est justement la fête de ceux qui ne sont pas connus, ceux qui n'ont pas été des héros, mais qui ont mis en œuvre l'Évangile modestement, jour après jour, à travers les difficultés de leur existence. La Bonne Nouvelle, c'est que nous pouvons faire partie de ces saints anonymes et inconnus, dont l'Écriture nous dit qu'ils sont une multitude, « de toutes nations, races, peuples et langues ». La sainteté n'est réservée à une petite proportion de l'humanité ; elle est la vocation de la multitude ! Tous, nous sommes appelés à la sainteté, et à nous tous, Dieu offre la possibilité de découvrir notre bonheur au cœur des événements de notre vie, même quand ils ne correspondent pas à ce que nous souhaitons. |
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| + Mgr Le Vert | |