mgr_le_vers"S'enraciner dans le Christ
qui vient" (Mgr Le Vert).


CATECHESE D'AVENT – S'ENRACINER DANS LE CHRIST QUI VIENT

Dans le cadre de mission 2012, notre relation au christ – 28.11.10

Pour cette catéchèse d'Avent, je voudrais vous parler de notre relation au Christ, parce qu'elle est au cœur de ce que nous allons fêter à Noël, puisque la foi porte sur l'identité même de cet enfant qui naît dans la crèche de Bethléem. Et puis parce que c'est bien cette relation que je vous invite à renforcer dans et par notre démarche diocésaine Mission 2012, en vous replaçant devant le Christ qui est notre avenir. Vous verrez que cela nous amènera à parler de l'amour, de la liberté, de la vérité, de l'Eglise, de la Bible et de la vie spirituelle. J'en parlerais en reliant mon propos au thème de prochaines JMJ à Madrid : « Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi ». En effet, cet événement important de l'Eglise ne concerne pas seulement les jeunes, mais également chacun d'entre nous. J'aimerais ainsi que, d'une certaine façon, vous accompagnez spirituellement ceux qui se préparent à se rendre en Espagne, en méditant vous aussi le message du Saint Père.

Tout d'abord, il faut savoir que cette expression ne vient pas de nulle part. C'est une citation de la lettre de saint Paul aux Colossiens, au chapitre 2 : « Je veux en effet que vous sachiez quel dur combat je mène pour vous, et aussi pour les fidèles de Laodicée et pour tant d'autres qui ne m'ont jamais rencontré personnellement. Je combats pour que leurs cœurs soient remplis de courage et qu'ils soient rassemblés dans l'amour, afin d'acquérir toute la richesse de l'intelligence parfaite, et la vraie connaissance du mystère de Dieu. Ce mystère, c'est le Christ, en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. Je vous dis cela pour que personne ne vous égare par des arguments trop habiles. Car si je suis absent physiquement, je suis cependant moralement avec vous, et je me réjouis de voir votre bonne tenue et la fermeté de votre foi au Christ. Continuez donc à vivre dans le Christ Jésus, le Seigneur, tel que nous vous l'avons transmis. Soyez enracinés en lui, construisez votre vie sur lui ; restez fermes dans la foi telle qu'on vous l'a enseignée, soyez débordants d'action de grâce. Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par leur philosophie trompeuse et vide fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ. » Cette lettre, dont le thème des JMJ est tiré, a été écrite par saint Paul pour répondre à un besoin précis des chrétiens qui vivaient dans la ville de Colosse. Cette communauté, en effet, était menacée par l'influence de certaines tendances de la culture de l'époque qui détournaient les fidèles de l'Evangile du Christ.

Avez-vous remarqué que le monde qui nous est offert présente les mêmes travers ? Dans son organisation matérielle, dans sa conception de la vie, dans sa manière de percevoir la vérité, dans sa façon de voir la famille, dans son rapport à l'argent, dans sa manière d'appréhender la liberté (et nous y reviendrons en voyant à quel point c'est important), dans sa conception de l'homme, dans sa volonté de manipuler le vivant, dans sa perception de la dignité humaine, dans tous ses contresens sur le bonheur, sur la vie, sur l'amour... Vous connaissez comme moi tous les obstacles que vous pouvez trouver sur votre route et qui peuvent vous éloigner du Christ et de son Evangile. Vous connaissez mieux que moi la part d'héroïsme qui vous est aujourd'hui nécessaire pour vivre en chrétiens dans la fidélité à l'Evangile au milieu de notre société.

Voilà pourquoi, dans le message qu'il adresse aux jeunes à l'occasion des JMJ ma is qui nous concerne tous, Benoît XVI écrit : « Notre contexte culturel a de nombreuses ressemblances avec celui des Colossiens d'alors. En effet, il y a un fort courant « laïciste », qui veut supprimer Dieu de la vie des personnes et des sociétés, projetant et tentant de créer un « paradis » sans Lui. Or l'expérience enseigne qu'un monde sans Dieu est un « enfer » où prévalent les égoïsmes, les divisions dans les familles, la haine entre les personnes et les peuples, le manque d'amour, de joie et d'espérance. » Un monde sans Dieu est un enfer parce que, précisément, l'enfer, c'est l'absence de Dieu. Un monde sans Dieu est un monde contre l'homme.

« A l'inverse, poursuit le Saint Père, là où les personnes et les peuples vivent dans la présence de Dieu, l'adorent en vérité et écoutent sa voix, là se construit très concrètement la civilisation de l'amour, où chacun est respecté dans sa dignité, où la communion grandit, avec tous ses fruits. Il y a cependant des chrétiens qui se laissent séduire par le mode de penser laïciste, ou qui sont attirés par des courants qui éloignent de la foi en Jésus-Christ. D'autres, sans adhérer à de telles approches, ont simplement laissé refroidir leur foi au Christ, ce qui a d'inévitables conséquences négatives sur le plan moral. »

Quelle réponse donner à cela ? Quelle attitude avoir face à cette situation ? Le texte de saint Paul nous invite à être « enracinés et fondés en Christ ».

Comprendre que nous sommes faits pour aimer

Nous comprenons bien que ces propos de St Paul et du Saint Père atteignent notre identité profonde. C'est la question que tout homme doit se poser : quel est le sens de ma vie ? Si Dieu m'a voulu, si Dieu veut que j'existe, quelle en est la raison et quel en est le but ? Quelle est la raison d'être de mon existence ? Comment faire pour être heureux ? Vraiment, totalement ? C'est LA question, et il est absolument nécessaire de se la poser. Ne vivez pas comme si vous n'alliez pas mourir. Posez votre vie face à son sens ultime.

Soyons clair ! Il n'y a qu'une seule réponse, et elle vaut pour tout le monde : nous sommes créés par amour et pour aimer. Il n'y a pas d'autre finalité, pas d'autre but. Aucun être humain ne peut vivre sans amour, ni vous ni moi. La question fondamentale qui traverse en permanence notre cœur et notre esprit est la suivante : est-ce que je suis aimé ? Est-ce que je suis aimable ? Est-ce que je peux aimer vraiment ? Notre court pèlerinage sur la terre a un sens très précis : apprendre à aimer, en vue de l'éternité bienheureuse où « Dieu sera tout en tous ». Rappelons-nous la célèbre phrase de saint Augustin, dans ses Confessions : « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. »

Saint Jean affirme dans son évangile que « Dieu est amour ». Et le livre de la Genèse nous apprend que nous sommes créés – avons-nous toujours bien conscience en cela de la grandeur de notre vocation ? – « à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Or, si Dieu est l'amour et si nous sommes faits à son image et à sa ressemblance, notre vocation naturelle est l'amour. Tenir cela fermement nous permet de comprendre le vrai sens que devraient avoir toutes nos actions, de toutes nos paroles, de toutes nos pensées et de tous nos désirs : je suis là par amour, pour aimer et être aimé.

Comprendre que l'amour exige la liberté

Mais qu'est-ce que l'amour ? On peut lui donner bien des images et aussi malheureusement bien des caricatures qui le défigurent. Saint Thomas d'Aquin enseigne qu'aimer, « c'est vouloir le bonheur de l'autre ». Vouloir : ainsi donc l'amour n'est pas avant tout question de sentiments, de passions, d'affections, de pulsions ; il ne dépend pas de nos humeurs, ni de la sympathie ou de l'antipathie envers tel ou tel. Il est d'abord une question de volonté et donc de liberté, car vouloir c'est choisir, et pour choisir, il faut être libre .

Une condition nécessaire pour aimer est donc d'être libre ! Notre liberté, c'est notre capacité de prendre une décision par nous-mêmes. Elle est aussi, par conséquent, une capacité de rejet de l'amour. Mais elle ne se réalise pleinement que dans le « OUI », que dans la réponse positive à ce pour quoi nous sommes faits. La Vierge Marie, qui va mettre au monde le Fils de Dieu à Noël, est l'exemple même de la liberté par son « oui » à l'appel du Seigneur.

Mais si elle est une condition nécessaire pour réaliser notre vocation à aimer, elle reste un moyen et pas une fin absolue en soi. Notre liberté est réelle, mais elle n'est pas totale. Dieu ne nous a pas demandé notre avis pour nous créer tels que nous sommes, ni pour nous aimer. Et notre liberté est proportionnée, déterminée par ce que nous sommes. Par exemple, un poisson n'est libre d'aller où il veut que dans la mesure où il vit dans l'eau. Il pourrait toujours décider de vivre dans l'air parce que cela lui plairait plus et, qu'après tout, rien ne lui empêche de revendiquer ce droit. Il n'empêche qu'il en mourrait ! Une personne peut décider de se droguer si cela lui chante, mais peu à peu, elle ne le fera plus parce que cela lui chante mais parce que son corps accoutumé l'y obligera. D'où l'importance de l'apprentissage de la liberté et de sa juste compréhension. La liberté n'est pas de pouvoir faire ce que l'on veut, mais de pouvoir faire ce que l'on doit en harmonie avec ce que l'on est. La liberté, c'est ne jamais être empêché de faire ce qui est bon, car ce qui est vraiment bon est ce qui nous rend pleinement humain. C'est pourquoi, pour nous, l'usage de la liberté est ordonné à l'amour, et il est balisé par les commandements de Dieu qui sont le mode d'emploi de notre existence selon ce que nous sommes, c'est-à-dire des êtres créés à l'image et à la ressemblance de Dieu qui est amour et qui veut notre bonheur.

Comprendre que la liberté se fonde dans la vérité

On peut alors se demander comment être libre, qu'est-ce qui nous rend libre. Nous trouvons encore la réponse chez saint Jean au chapitre 8, dans lequel le Christ nous dit : « La vérité vous rendra libre ». « Ah oui, mais je croyais justement que ma liberté, c'était de décider par moi-même de la vérité, que chacun a SA vérité ». L'homme qui veut se faire Dieu, voilà le drame de toute l'histoire de l'humanité, de la blessure de la nature humaine depuis le péché originel. C'est de croire que c'est nous qui décidons ce qui est vrai ou pas. Or la vérité pour un être humain, c'est reconnaître ce qui est vraiment : c'est l'adéquation entre ce que nous croyons et ce qui est. Et ce qui est vient de Dieu.

Mais c'est précisément lorsque nous voulons imposer au réel, aux faits, à l'histoire, à la nature notre vision de la réalité, sans chercher à la voir et à la comprendre telle qu'elle est, que nous risquons de perdre notre précieuse liberté, parce que nous ne sommes plus dans le vrai. Nous ne pouvons plus correspondre à ce que nous sommes et ce pour quoi nous sommes faits. C'est là le drame des idéologies, quelles qu'elles soient, et qui ont pu conduire à la pire « bestialisation » de l'homme en des temps pas si lointains, et même dans notre monde actuel lorsque l'on cherche à dominer la vie et la mort et à décider arbitrairement de qui doit vivre ou mourir, de qui est humain et de qui ne l'est pas. Il y a une réalité, indépendante de notre liberté, qu'il nous faut accepter et comprendre pour pouvoir être réellement libres. Si le poisson veut vivre, il doit vivre dans l'eau. Après il peut aller où il veut, mais dans l'eau. C'est donc bel et bien la vérité, c'est à dire la compréhension du réel tel qu'il est et non tel qu'on penserait qu'il doit être, qui permet à notre liberté d'être entière, qui nous permet d'être vraiment libres. Nous sommes faits pour la vérité.

Si nous résumons un peu, nous avons dit ceci : l'homme est fait par amour et pour aimer ; aimer ne peut se faire que librement ; ce qui rend libre, c'est la vérité.

Pourquoi en Christ ?

Tout cela est bien beau, mais qu'en est-il du Christ, puisqu'il est question d'être « fondés et enracinés en Lui » et que c'est lui que nous attendons à Noël, c'est lui qui est au centre de Mission 2012 ? Continuons donc notre lecture de saint Jean et allons au chapitre 14 où le Christ, peu de temps avant sa mort et sa résurrection, parle implicitement de la vie éternelle, de l'objectif ultime de toute vie humaine, et par conséquent s'adresse à nous tous : « 'Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin'. Thomas lui dit : 'Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ?' Jésus lui répond : 'Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu'. »

« Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » : ainsi, cette fameuse vérité qui rend libre, et qui par conséquent nous donne d'aimer, c'est le Christ lui-même, Jésus-Christ, Dieu fait homme, qui par son incarnation et sa passion se donne librement par obéissance au Père à tous les hommes. La vérité, c'est le Christ, qui nous ouvre les portes du bonheur éternel, nous précède et nous prépare une place au paradis, c'est-à-dire l'amour en plénitude. En fait, nous sommes tous traversés par une insatisfaction profonde, par la nostalgie de Dieu, comme le dit Jean-Paul II. Nous sommes faits pour plus que cette terre. Cela conduit l'homme à chercher Dieu ; mais un jour, on doit comprendre que c'est Dieu qui nous cherche. Ce jour-là, il y a un basculement : on comprend que ce n'est pas nous qui devons aimer Dieu, mais que c'est lui qui nous a aimés le premier. On saisit que Dieu se révèle à nous, que cette révélation a un visage, que c'est une personne, et non pas une idée ou un concept : c'est Jésus. C'est ce que Benoît XVI disait dans sa première encyclique Dieu est amour : « A l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une idée, mais une rencontre avec une personne qui donne à la vie un nouvel horizon et par là, la dimension décisive. » (Benoît XVI, Dieu est Amour, n°1).

Il y a donc un enjeu considérable à connaître vraiment qui est Jésus. Je pense à la question que le Christ pose lui-même à ses disciples : « Qui suis-je, au dire des foules ? Ils répondirent : Jean le Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres un des anciens prophètes est ressuscité. Mais pour vous, qui suis-je ? » Et il y a la profession de foi de l'apôtre Pierre : « Tu es le fils du Dieu vivant. » (Mt 16, 13-20 ; Mc 8, 27-30 ; Lc 9, 18-21). Vous devez vous poser cette question : pour vous, qui est Jésus ? Réfléchissez bien avant de répondre : de la réponse que vous donnerez dépend toute votre existence...

Pourquoi enracinés en fondés ?

Mais pourquoi ne suffirait-il pas alors d'être disciple du Christ, de suivre ses enseignements, ses pas d'un peu loin ? Pourquoi faudrait-il aller jusqu'à être « enracinés et fondés » en Lui ? Pourquoi faudrait-il finalement, comme le dit saint Paul, que « ce ne soit plus moi qui vive, mais le Christ qui vive en moi » ? N'est-ce pas un peu trop ? Cette phrase est difficile à entendre si nous la comprenons dans le sens où nous devrions perdre notre propre personnalité, notre identité personnelle, notre liberté finalement, au profit du Christ qui vivrait à travers nous comme un marionnettiste agiterait à sa guise ses marionnettes pour animer le scénario qu'il aurait écrit. C'est en fait tout le contraire ! Le Pape Benoît XVI, dans l'homélie de la messe d'inauguration de son pontificat, citait Jean-Paul II : « N'ayez pas peur, ouvrez toutes grandes vos portes au Christ » ; et il ajoutait : « N'ayez pas peur du Christ ! Il n'enlève rien et il donne tout ! Celui qui se donne à lui reçoit le centuple ! ».

Il ne s'agit pas de mettre en concurrence le Christ avec tout le reste, avec tous ceux que nous pouvons aimer. Il ne s'agit pas de moins aimer les autres pour plus aimer le Christ. Mais c'est en Le choisissant Lui, en L'aimant d'abord de tout son cœur, en se fondant en Lui, en se centrant sur lui, en en faisant le compagnon de notre route que nous pourrons d'autant plus et surtout d'autant mieux aimer tous les autres. L'argent, plus on en donne, moins on en a ; l'amour, c'est le contraire : plus on en donne et plus on en reçoit, plus on est capable d'en donner et d'en recevoir. Il en est de même pour la foi : la foi grandit et se fortifie quand on la partage. On peut se la dire les uns aux autres, entre nous, et aussi la transmettre à ceux qui nous entourent. Penser que l'on aime n'est pas la même chose que dire : « je t'aime » ; penser que l'on croit n'est pas la même chose que dire : « je crois ». Partager sa foi est comme un feu. L'amour de Dieu est comme un feu brûlant, qui grandit et vit en se communiquant. Et vous comprenez alors pourquoi Mission 2012 invite à l'évangélisation : il y a un lien intrinsèque entre la connaissance du Christ, la vie en lui, et le fait de l'annoncer à ceux qui nous entourent.

Ainsi, plus on s'abandonne à celui qui n'est qu'amour, plus notre personnalité est affirmée et grandie, et plus nous sommes nous-mêmes. Comment pourrions-nous persévérer dans l'amour et réaliser pleinement notre vie si nous ne nous fondions pas et si nous ne nous enracinions pas dans l'amour même qu'est le Christ ?

Comment ?

Mais, me direz-vous, comment faire, par quels moyens pouvons-nous nous fonder et nous enraciner en Christ ? Il y a plusieurs moyens très concrets qui demandent peut-être une exigence de vie, mais qui nous assureront d'entrer peu à peu dans cette vie en Jésus-Christ.

• La connaissance de la foi dans la confiance en l'Eglise et grâce à l'Ecriture Sainte

Dans la Lettre aux Colossiens où saint Paul parle justement de cet enracinement dans le Christ, il poursuit juste après en disant : « Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par leur philosophie trompeuse et vide fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ ». Un des premiers moyens est la confiance en l'Eglise dans la transmission de la foi. Aujourd'hui comme au temps de saint Paul, de nombreux courants de pensée, de nombreuses philosophies séduisantes ont pignon sur rue... parce qu'elles sont plus « modernes », plus « adaptées à la société d'aujourd'hui », parce qu'il faut bien « vivre avec son temps »... Mais, au cours des âges, toutes sont passées, toutes ont vu leur déclin arriver parce qu'elles n'ont jamais réussi à combler la spiritualité de l'homme, parce qu'elles n'étaient pas bâties sur la vérité. Dans le même temps, cette Eglise souvent qualifiée d'obscurantiste, de ringarde, de décalée, elle, a perduré. Et si nous ouvrons un peu les yeux avec honnêteté, nous pouvons même nous apercevoir combien l'Eglise peut être prophétique dans ce qu'elle dit et propose, et combien le message de l'Evangile rejoint vraiment l'attente des hommes. Mais il faut un peu de travail pour le découvrir et pour prendre de la distance avec les idéologies, les pensées pseudo scientifiques qui sont fausses et qui perturbent l'imagination et l'intelligence.

Pourquoi l'Eglise et son message ont-ils cette puissance ? Parce que, même si tous les membres de l'Eglise sont pêcheurs, l'Eglise n'est pas gouvernée par des hommes, mais par Jésus-Christ, et que la vérité de son message n'est pas l'œuvre d'hommes qui seraient supérieurs aux autres en sagesse ou en connaissance, mais celle de Dieu lui-même. C'est d'ailleurs un des messages forts que j'ai voulu vous dire dans ma lettre pastorale et que Mission 2012 veut vous donner.

On ne peut pas grandir dans la foi sans l'Eglise. Il ne s'agit pas seulement de ne pas être seul, mais il nous faut entrer dans la foi de l'Eglise, s'y appuyer. Et cette appartenance à l'Eglise n'est pas quelque chose d'abstrait : elle se décline pour chacun de nous par l'appartenance à une communauté, à un groupe. Personne n'est chrétien tout seul ! Il faut cultiver les liens avec d'autres chrétiens. Et vous retrouvez alors l'appel à la communion dans Mission 2012, particulièrement illustrée par les Visitations.

• La connaissance de la foi grâce à l'Ecriture Sainte

Ce « dépôt de la foi », cette connaissance de Dieu qui se révèle lui-même, transmis par l'Eglise au cours des âges, se base essentiellement sur les Saintes Ecritures, sur la Bible, et particulièrement le Nouveau Testament et les évangiles. C'est pour cela que Mission 2012 est basée, menée, irriguée par l'évangile de St Jean. N'hésitez pas à vous plonger dedans, comme dans tous les textes de la Bible, même si cela paraît parfois obscur. Vous apprendrez à y connaître Dieu tel qu'il est, par l'intermédiaire de son Fils le Christ Jésus, et à recevoir des conseils et enseignements pour mener une vie heureuse et bien remplie. Toute l'Ecriture parle de Jésus. Ne la lisez pas en étant centré sur vous-même, ni en y projetant vos propres idées. Lisez-la en regardant Jésus, comment il est, ce qu'il fait, ce qu'il dit, à qui il parle... En comprenant quelque chose du mystère du Christ, l'ensemble de notre vie change. En vous approchant de cette manière-là de Jésus, petit à petit, vous le découvrez. « Qui me voit, voit le Père » dit Jésus à l'apôtre Philippe dans St Jean (Jn 14, 9). Quand nous voyons Jésus, quand nous le voyons faible dans la crèche à Noël, quand nous le voyons parler, quand nous le voyons regarder le jeune homme riche, quand nous le voyons pleurer sur Jérusalem, quand nous le voyons souffrir, quand nous le voyons avoir le sentiment d'être abandonné de son Père sur la croix, quand nous le voyons mourir sur la croix, nous voyons Dieu. Nous découvrons l'amour de Dieu, que nous sommes aimés, jusqu'au pardon. Il faut toute une vie pour aller jusqu'au bout de cette démarche

• La prière et la vie sacramentelle

La connaissance purement intellectuelle du Christ serait sèche et aride si elle ne s'accompagnait pas de la prière. Il est nécessaire, en plus de la Messe dominicale, de prendre régulièrement un temps de prière, d'oraison comme on dit en langage savant, mais qui n'est rien d'autre qu'un dialogue avec le Seigneur. Faustino, un jeune espagnol mort à l'âge de 16 ans d'une grave maladie, n'hésitait pas à parler avec le Seigneur de matchs de football, de ses notes scolaires comme de ses amitiés ou de ses interrogations personnelles. Si Dieu est père, alors il s'intéresse à l'ensemble de notre vie. Là encore, Mission 2012 appelle à entrer dans cette vie intérieure.

Enfin, il ne faut pas hésiter non plus à fréquenter les sacrements, et particulièrement ceux de la Réconciliation et de l'Eucharistie. Ils nous donnent les forces nécessaires pour nous renouveler et persévérer malgré nos faiblesses et les obstacles placés sur notre route, parce qu'ils nous font communier à la vie de Dieu lui-même.

Pour terminer, laissons la parole à Benoît XVI. Dans son message à l'occasion des JMJ que je vous invite à lire et à méditer en profondeur, il écrit : « Ouvrez et cultivez un dialogue personnel avec Jésus Christ, dans la foi. Connaissez-le par la lecture des Evangiles et du Catéchisme de l'Eglise Catholique. Entrez dans un dialogue avec Lui par la prière, donnez-lui votre confiance: il ne la trahira jamais! «La foi est d'abord une adhésion personnelle de l'homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l'assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé» (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 150). Ainsi vous pourrez acquérir une foi mûre, solide, qui ne sera pas fondée uniquement sur un sentiment religieux ou sur un vague souvenir du catéchisme de votre enfance. Vous pourrez connaître Dieu et véritablement vivre de lui, comme l'apôtre Thomas quand il manifeste sa foi en Jésus en s'exclamant avec force : 'Mon Seigneur et mon Dieu !' »

+ Mgr Le Vert

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