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« DANS UN MONDE QUI CHANGE, UN MONDE EN MOUVEMENT, QUELLE LIBERTE GARDE-T-ON POUR FAIRE VIVRE NOS VALEURS ET NOS CONVICTIONS ? » 1° AVRIL 2011 Le thème que nous abordons aujourd’hui est difficile. Non pas quant à sa compréhension, mais quant à l’engagement et au courage qu’il suppose si nous voulons vraiment le mettre en œuvre. J’y apporterai bien sûr mon regard de croyant et d’évêque : croyant appelé comme tout baptisé-confirmé à insérer dans ma vie les exigences évangéliques et à en témoigner ; mais aussi chargé comme évêque de veiller à ce que cette mission soit mise en œuvre et de le rappeler à tous. Derrière ce thème, se pose en fait la question de en quoi nous croyons. Aussi, dans une première partie, je vous aiderai, je l’espère, à réfléchir sur ce point. Puis je vous donnerai quelques balises pour pouvoir répondre à l’interrogation posée ; mais je le ferai du côté de la foi et de la spiritualité chrétienne. I- QUELLES SONT NOS CONVICTIONS ? Dans la responsabilité qui est la vôtre, vous êtes appelés, puisque vos établissements sont d’inspiration chrétienne, à mettre en œuvre les grands principes que l’Evangile nous offre sur le plan social. Vous savez que l’Eglise dispose là d’un trésor, qu’elle essaie de faire partager au monde, et qui a été désigné sous le titre de « Doctrine sociale de l’Eglise ». Ces principes sont basés sur une conception de l’homme, sur la vision anthropologique chrétienne, dont le cœur est la dignité humaine qui vient de ce que l’homme est « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1, 26). En ces temps difficiles, il est intéressant de noter que de plus en plus de responsables politiques, économiques ou sociaux, même non-chrétiens, sont en train de les découvrir et commencent à dire qu’il faut redécouvrir ces principes et ces valeurs. Nous avons donc à nous tenir prêts à répondre à cette demande, et pour cela à connaître ce trésor. Il y a quatre grands principes évangéliques pour guider « socialement » le monde : le bien commun, la justice, la subsidiarité, et l’amour. La première question que nous pouvons nous poser est de savoir si le fait d’être chrétien change quelque chose à notre vie et à notre manière d’exercer nos responsabilités… ou si c’est un domaine à part, cloisonné par rapport au reste de notre existence, sans influence véritable. En effet, si nous voulons faire vivre nos valeurs et nos convictions, encore faut-il en avoir, penser qu’elles peuvent être bénéfiques pour les autres comme pour nous, et croire qu’elles apportent quelque chose de plus, quelque chose d’incontournable. Sinon, à quoi beau les transmettre ? A quoi beau être chrétien si cela ne change rien à notre existence ? Le Christ nous invite plusieurs fois à cette réflexion dans l’Evangile : « Je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux… Vous avez entendu qu'il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi’. Eh bien, moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 20. 43-48). Notre justice, c’est notre manière d’être ajusté à Dieu ; et le Christ nous dit qu’elle doit être différente de la justice de ceux qui constituent la société « normale » ou qui sont donnés en exemple, et qui, pour le temps de Jésus, étaient représentée par les pharisiens et les scribes. Il nous a été donné quelque chose en plus grâce à la Bonne Nouvelle de l’Evangile, quelque chose qui nous permet de comprendre notre monde et d’y vivre d’une autre façon, parce que nous savons, par grâce, par révélation, où est la vraie Lumière. Et cela peut susciter quatre réflexions : la première, c’est que, nous chrétiens, nous sommes dans le monde sans être du monde (cf. Jn 17, 14-18) ; la seconde est la manière d’exercer notre liberté ; la troisième est que derrière se cache la question du bonheur, puisque le Christ nous invite à imiter la perfection de Dieu ; la quatrième est qu’il nous faut témoigner auprès des autres de ce qui nous animent, pour qu’ils en profitent aussi, et que la joie qui vient du bonheur de croire est une des manières majeures de communiquer nos convictions. I.1- Etre dans le monde sans être du monde Être au milieu du monde, être dans le monde, sans être du monde, c’est la situation que connaissent tous les chrétiens, depuis la mort et la résurrection du Christ jusqu’à nos jours, et c’est la situation qu’ils connaîtront jusqu’à la fin des temps. Un écrit, qui date probablement du second siècle de notre ère, connu sous le nom de Lettre à Diognète, le disait déjà : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres. Ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier… Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous les devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. » Je trouve que cette lettre est comme un écho de la situation de chacun de nous en notre monde : à la fois pleinement participants de notre monde, de notre société, de notre culture, et en même temps, jamais satisfaits ni de notre monde, ni de notre société, ni de notre culture ; aspirant toujours à ce que le message d’amour du Christ soit reconnu, et toujours confrontés à l’opposition que ce message du Christ suscite ; désireux toujours que notre foi chrétienne fasse de nous des artisans de paix, et supportant aussi parfois que notre foi soit un objet de répulsion ou d’objection. Alors, faut-il renoncer, faut-il remettre à plus tard - c’est-à -dire à jamais - la mise en œuvre de l’Évangile, ou faut-il au contraire devenir des militants ardents de l’Évangile au risque de nous couper de nos semblables ? La fracture entre le modèle chrétien et le modèle ambiant est constitutive de la foi chrétienne, et le Christ lui-même nous en a prévenus, car l’humanité dont il est venu partager l’existence est une humanité qui n’est rassemblée ni par l’amour, ni par la sainteté, ni par la justice, ni par la perfection. Le Christ et son Évangile poseront toujours question à toute société et à toute culture, et la foi chrétienne produira toujours un écart avec les conceptions de la vie les plus communément admises. Les chrétiens seront donc toujours d’une certaine façon étranges ou étrangers. On ne peut pas imaginer que le chrétien soit purement et simplement superposable avec le citoyen honnête homme. Etre chrétien, cela ne peut, cela n’a jamais pu et cela ne sera jamais « être comme tout le monde », avec en plus une statue de la sainte Vierge sur sa cheminée. Etre chrétien introduit forcément une différence. C’est ce que Jésus nous dit quand il demande que notre justice dépasse celle des pharisiens. Cela a des conséquences sur notre manière de vivre, en particulier dans le monde du travail, parce que la mission des chrétiens n’est pas de fuir le monde, mais d’y pénétrer et d’y annoncer la Bonne Nouvelle. Et donc, votre situation de chrétiens dans un monde professionnel, dominé par les impératifs économiques, est inévitablement une situation d’instabilité à surmonter : instabilité face à une vision sur l’être humain qui n’est pas celle que Dieu nous a donnée ; instabilité face aux objectifs d’une société économique qui ne sont pas forcément en cohérence avec l’Evangile ; instabilité face une conception de la réussite professionnelle qui veut plus ou moins implicitement primer sur tout le reste et qui demande de renoncer aux autres dimensions de la vie… Mais le chrétien sait de source sûre que la réussite professionnelle n’est pas le critère du bonheur. I.2- Exercer notre liberté Il vous faut donc engager votre liberté et choisir. La foi au Christ veut proposer le salut, le bonheur. Si elle ne propose pas le bonheur, si elle ne propose pas le salut, elle n’a aucun intérêt. Nous ne sommes donc pas là pour apporter de simples nuances dans les manières de vivre de notre monde. Jésus-Christ n’est pas venu apporter des nuances ou des aménagements, il est venu pour nous faire vivre autrement. Et c’est là que s’engage votre liberté. Notre société de la communication est dominée par le formatage de l’information et la construction de la « pensée unique ». Comment alors avoir la possibilité de choisir nos manières de vivre sans être jugés, sans être condamnés, sans être exclus ? Même si notre société est beaucoup basée sur le consensus, il arrive nécessairement un jour où nous ne pouvons plus être dispensés de faire des choix, car il y a dans la vie des choses qui ne se négocient pas. Lesquelles ? Il serait intéressant qu’au cours de vos discussions, entre vous mais aussi avec vos collègues peu ou non chrétiens, plutôt que de chercher seulement un certain modus vivendi, vous parveniez à un partage où chacune et chacun d’entre vous exprimerait ce qui pour lui relève du non-négociable, non pas abstraitement, mais concrètement. Peut-être d’ailleurs qu’une telle discussion permettrait à vos interlocuteurs de se poser de questions essentielles, qui donnent du sens, et pourquoi pas de découvrir eux aussi quelque chose de l’Evangile. Dans notre monde, tout n’est pas mauvais. Il y a beaucoup de choses magnifiques en notre monde, même dans l’univers économique et professionnel. De nombreux progrès ont amélioré la vie des hommes, et ont rendu leur vie non seulement moins pénible, mais même moins cruelle. Cela veut dire qu’on ne peut pas avoir un jugement simpliste sur notre monde. Il faut donc examiner avec discernement, réfléchir, peser, juger, ce qui est bien, ce qui est mal. Ce qui est bon, le retenir, et ce qui est mauvais, l’écarter. Notre liberté est donc mise à contribution, afin de définir notre chemin, non pas pour imiter les autres, mais pour imiter le Christ. Cette option radicale est au cœur de chacune de nos libertés. C’est à chacun de nous de savoir quel chemin il veut prendre ; c’est à chacun de nous de savoir quelles ruptures il est prêt à assumer pour être fidèle à des convictions qui ne sont pas négociables. C’est à chacun de nous de savoir s’il veut être fidèle à l’Evangile ou au contraire suivre d’autres chemins. I.3- La conception du bonheur Face à une telle exigence qui vient du Christ, on pourrait se dire que le christianisme ne peut être qu’un christianisme de la condamnation, de la frustration, de la tristesse, et qui ne progresse que dans l’insatisfaction ou le conflit permanent. Je suis sûr du contraire, et je crois fermement que l’on peut être chrétien et heureux. Et ce d’autant plus important que la joie est une des grandes sources du témoignage : le bonheur et la joie étant recherchés par tous, savoir montrer d’où ils viennent est une puissante manière de faire passer nos convictions. Alors, quelle est la racine, la source de votre joie ? Qu’est-ce qui vous rend heureux, qu’est-ce qui vous rend joyeux ? Est-ce d’éviter tout conflit ? Vous serez alors joyeux, heureux, dans la mesure où vous serez assez clairvoyants pour esquiver les chocs, les confrontations, les discussions, les objections… Est-ce de satisfaire tous vos désirs ? Vous serez alors joyeux, heureux, si vous pouvez vous payer tout ce qui vous plaît, tout ce qui vous tente et qui vous est présenté comme indispensable. Mais puisque dans ce monde, il faut de l’argent pour se payer ce tout qui nous plaît, il vous faudra beaucoup d’argent. Et pour avoir beaucoup d’argent, on ne connaît que trois méthodes : la fausse monnaie, le vol et le travail. Si donc vous n’êtes ni faux-monnayeur ni voleur et que vous voulez beaucoup d’argent, eh bien, il faut travailler beaucoup, toujours plus, encore... Mais plus vous travaillez, plus vous êtes fatigués, et plus vous avez besoin de vous détendre et plus vous avez besoin de satisfaire vos désirs, et plus vos désirs vous dominent, et plus vous perdez votre liberté et le contrôle de votre existence, ce qui n’est pas une bonne manière d’être heureux… Je crois profondément, pour ma part, que la source du bonheur est dans le Christ et dans le don de soi. Le Royaume de Dieu, contrairement aux royaumes de ce monde, est un royaume de serviteurs, puisque le Christ est venu pour servir. Ce qui change le monde, ce ne sont pas les promesses de don, ce sont les personnes qui se donnent réellement. On peut aider par une contribution financière, on ne peut pas remplacer le don de soi par un chèque. I.4- Témoigner du bonheur de croire Et cette source du bonheur, nous avons à la montrer aux autres. Dans votre vie professionnelle, il vous faudra accepter d’être en contradiction avec l’esprit du monde et exercer votre liberté si vous voulez rester chrétien. Mais il vous faudra aussi rendre témoignage, non seulement par votre manière d’être et votre manière d’agir, mais aussi par vos paroles. Quelle est alors votre véritable liberté de dire ce que vous croyez et ce que vous pensez ? Vous ne pouvez pas simplement répondre à cette question en vous disant que, même si vous devez dire ce qu’il faut dire pour être à la place que vous occupez, vous restez cependant libre de penser ce que vous voulez. Car le problème, c’est qu’on peut vivre un certain temps en cachant ce que l’on croit ; mais il vient un moment où l’on finit par ne plus croire ce que l’on cache. Comment donc ne pas seulement vivre chrétiennement dans notre monde professionnel, mais aussi le dire et en témoigner ? Etre chrétien, même dans le monde du travail, c’est d’abord et avant tout choisir Jésus, s’efforcer de le connaître, de l’écouter et de le suivre parce qu’on a acquis la certitude que ce qu’il nous propose est crédible pour conduire sa vie. Mais si vous croyez que Dieu est amour, qu’il peut vous donnez le bonheur, comment ne pas le dire aux autres pour qu’ils en profitent aussi ? Etre chrétien, c’est ne pas garder le cadeau de Dieu pour soi tout seul. Car si vous ne dites rien sur Jésus à ceux qui vous entourent, ceux que Dieu a placés à vos côtés comme compagnons de route, comment voulez-vous qu’ils soient libres de le choisir, puisqu’ils ne le connaîtront pas ? Comment être libre si on n’a pas le choix ? Et comment avoir le choix si on ne connaît pas ? Et comment connaître si personne ne dit rien à personne ? Le premier don, le plus grand don que vous pouvez faire à ceux que vous rencontrez, c'est de leur annoncer, de leur faire connaître Jésus, en leur montrant que comment il donne sens à votre vie et qu’il vous rend heureux. Il est donc souhaitable que, dans des groupes de réflexion comme celui d’aujourd’hui, vous ayez la possibilité de vous aider les uns les autres à répondre à ce genre de questions, que vous ayez la possibilité de vous éclairer mutuellement, à partir de vos expériences, sur ce que veut dire être disciples du Christ aujourd’hui, dans la société française du XXIème siècle, en essayant d’être honnêtement des professionnels, et d’être fondamentalement des chrétiens. II- COMMENT ETRE LIBRE ET VIVRE DE NOS CONVICTIONS CHRETIENNES ? Vous avez compris que, pour vivre de ses convictions et pouvoir les transmettre, il faut d’abord avoir des convictions, et donc s’interroger sur elles. A présent, je voudrais vous donner deux moyens pour en vivre : la prière à l’Esprit Saint et la manière de discerner ce qui est. Je me place bien évidemment du côté du croyant chrétien, qui a sa disposition les trésors qui lui viennent de la grâce et de la vie spirituelle. II.1- La prière à l’Esprit Saint Quand le Christ est prêt de quitter ses apôtres, juste avant sa mort, et qu’il sait combien ses disciples de tous les temps vont être soumis à des tentations, des pressions et des difficultés pour rester fidèles à ce qu’il leur a donné pendant trois ans, combien ils auront à persévérer face aux changements du monde, Jésus leur laisse comme un testament spirituel et leur promet une aide particulière : celle de l’Esprit Saint. Je vous rappelle quelques une de ses paroles. « On portera les mains sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom, et cela aboutira pour vous au témoignage. Mettez-vous donc bien dans l'esprit que vous n'avez pas à préparer d'avance votre défense : car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire » (Lc 21, 12-15)… « L’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26)… « L'Esprit de vérité vous introduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13). Nous avons donc à notre disposition une force particulière, si nous y faisons appel, pour ne pas céder devant des forces qui nous dépassent, et contre lesquelles, avec nos propres ressources, nous ne pouvons rien. Et par expérience, je vous assure que cela fonctionne ! Mais encore faut-il y faire appel, pour le bien commun et celui des autres, et pas simplement pour notre propre glorification ou pour montrer que nous avons raison… II.2- le discernement de ce qui vient de Dieu Mais une question demeure : comment reconnaître ce qui vient de l’Esprit, quand je le prie ? Comment discerner ce qu’il inspire à mon intelligence et à ma volonté quand je me place sous son regard ? Là encore, nous avons de la chance, car l’Ecriture Sainte elle-même nous donne les critères de discernement, spécialement dans l’épitre de St Paul aux Galates : « Laissez-vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. Mais si l'Esprit vous anime, vous n'êtes pas sous la Loi. Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d'envie, orgies, ripailles et choses semblables – et je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n'hériteront pas du Royaume de Dieu. Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi: contre de telles choses il n'y a pas de loi. Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir. Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement » (Ga 5, 16-26) La présence agissante de l'Esprit de Dieu en moi provoque donc des mouvements intérieurs tels que joie, allégresse, pacification, plus grande connaissance intérieure du Seigneur, paix, calme, lucidité, force ou courage... Il est donc possible de repérer ce travail de l'Esprit Saint par les fruits qu'il porte dans notre vie quotidienne tels que : une plus grande liberté intérieure, le décentrement de soi, l'ouverture aux autres, une plus grande simplicité dans mes rapports avec les autres, la persévérance dans une situation difficile... On peut allonger la liste... On peut dire de façon synthétique que ce qui vient de Dieu fait grandir les trois vertus dites théologales que sont la foi, l'espérance et la charité. Tout ce qui vient de Dieu fait grandir la joie et la paix intérieures. La caractéristique du Seigneur se situe toujours dans l'ordre du DAVANTAGE... Ce qui vient du Seigneur dynamise, met en route et porte à l'action de grâce. L’Esprit du mal, quant à lui, engourdit, angoisse, nous fait éprouver tristesse ou dégoût de soi, nous donne le sentiment de tourner en rond, nous fait envier les autres, crée des dissensions. Il provoque confusion, « bruit ou vacarme » intérieur, il disperse. Il inquiète ou rassure par de fausses raisons, nous enferme sur nous-mêmes, nous incline à la paresse, tente de nous faire changer ce qui a été décidé sous le regard de Dieu et dans la prière... Son objectif est de tout faire pour nous détourner de Dieu et de son œuvre, c'est-à -dire d’empêcher l’homme de vivre comme fils de Dieu, crée à son image et à sa ressemblance. On peut alors détecter son influence à ses fruits : par exemple la perte de confiance en soi, en l'autre ou dans le Seigneur, trouble et agitation intérieure qui paralysent dans les décisions, le regard qui juge ou qui réduit l'autre... L’Esprit Saint et l’Esprit du mal ont ainsi chacun leur manière de nous parler ou de nous inspirer des sentiments intérieurs. Ce qui permet de faire la différence, c’est l’affirmation inaliénable de Dieu : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). La prière à l’Esprit Saint et le discernement nous aident à prendre les bonnes décisions et à persévérer dans nos convictions, en nous favorisant notre liberté intérieure. Ils aident à conserver une chose indispensable pour vivre de ce que nous croyons et oser le transmettre : la paix intérieure. On ne peut communiquer la paix que si soi-même on en vit. Sinon, c’est sa propre inquiétude qu’on communiquera. Cette paix n’est pas l’absence de problème, de contrariété, tous nos désirs étant comblés. Cela, c’est la paix du monde ; elle n’est pas celle qu’a promise le Christ : « Je vous laisse la paix, je vous donne la paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie » (Jn 14, 27). Elle n’est donc pas au bout de nos seules forces humaines, mais elle vient de Dieu, du « Père du ciel qui sait ce dont vous avez besoin » (Mt 6, 32), comme le dit le Christ. Cela ne veut pas dire ne pas faire le nécessaire pour gérer notre vie, ne rien faire et ne rien prévoir. Nos capacités naturelles sont des moyens dont Dieu se sert en les inspirant. Mais il serait absurde de ne pas croire son Père, surtout quand celui-ci est le meilleur qui soit. Ce qu’il faut changer, c’est l’état d’esprit dans lequel nous faisons nos prévisions, en sachant que Dieu va toujours au-delà de nos capacités naturelles. Le grand drame de l’homme, c’est qu’il n’a pas confiance en Dieu. Alors il cherche dans tous les domaines à s’en sortir par ses propres forces. Perdurer dans nos convictions, ne pas les mettre de côté dans nos choix, ne pas avancer en tenue camouflée dans notre vie, et savoir trouver les mots justes pour transmettre ce que nous avons reçu et qui donne sens à notre existence, tout cela en définitive n’est pas une technique, mais une grâce qu’il faut demander régulièrement au Seigneur. Permettez-moi de conclure encore une fois par des paroles de St Paul : « N’ayez aucun souci, mais en tout, par la prière et la supplication, avec action de grâce, faites connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse toute intelligence gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4, 6-7). Et cette paix, nul ne pourra nous la ravir. |
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| + Mgr Le Vert |