AIMER L’EGLISE – CATECHESE AUX PRIMERO – VIGO – 14.08.11

Le 14 août 2011

Avant de quitter ses apôtres, le Christ leur a laissés deux grands dons : l’Esprit Saint et l’Eglise. Cette Eglise est voulue par Dieu depuis toujours. En effet, Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il vive seul. Il l’a créé en société. Et de même, il a voulu que la sanctification et le salut de l’homme ne se fassent pas isolément, hors de tout lien mutuel, mais au contraire il a décidé de le faire à travers un peuple [1]. L’Eglise est donc constituée de personnes qui cherchent ensemble à rejoindre Dieu, une famille dans laquelle nous sommes appelés à vivre comme des frères et sÅ“urs. Alors, avant de voir comment aimer l’Eglise, revoyons ensemble quelques points importants sur ce qu’est l’Eglise.


I - QU’EST-CE QUE L’EGLISE ?

Le mot « Eglise Â» signifie « convocation Â». Dans l’Ancien Testament, c’est le terme fréquemment utilisé pour l’assemblée du peuple élu devant Dieu (au Sinaï, spécialement). En s’appelant « Eglise Â», les disciples du Christ se reconnaissent comme héritiers de cette assemblée du Peuple d’Israël. En elle, Dieu « convoque Â» son Peuple à travers toute la terre. Et à travers elle, toutes les créatures sont « convoquées Â» pour être un jour rassemblées autour de Dieu, dans le Royaume. Au ciel, nous serons totalement en Eglise [2].

L’Eglise est fondée par le Christ pour continuer sa mission. Et cela est attesté par l’Evangile lui-même : le Christ a voulu l’Eglise, concrètement, comme lien entre Dieu et les hommes. L’Eglise n’est pas une invention des hommes, mais elle est voulue par Dieu. Cette fondation par le Christ va entraîner plusieurs caractéristiques :

- l’Eglise est le Peuple de Dieu. Dieu n’appartient à aucun peuple, mais il propose aux hommes de faire partie de ce Peuple ;

- on devient membre de ce Peuple, non par la naissance physique, mais par la « naissance d’en haut », « de l’eau et de l’Esprit » [3], c’est-à-dire par le baptême [4] : on ne naît pas chrétien, on le devient ;

- ceux qui font partie de cette Eglise sont appelés à vivre d’une manière d’agir nouvelle :sa loi est le commandement nouveau de l’amour (aimer Dieu et nos frères comme le Christ nous a aimés [5]) ;

- sa mission est d’être le sel de la terre, la lumière du monde [6], c’est-à-dire à porter à tous les hommes l’Evangile. L’Eglise n’a d’autre but que d’annoncer le Christ ;

- elle est aussi le corps du Christ, c’est-à-dire que celui-ci est donc toujours présent et agissant dans et par son Eglise ;

- l’Eglise est ainsi la famille de Dieu, notre famille.

Qui fait alors partie de l’Eglise ? On peut dire que l’Eglise est constituée de tous ceux qui seront sauvés. Et l’Eglise, à la fin des temps, ce sera le ciel. Il n’est donc pas là question de l’Eglise romaine, mais de l’Eglise universelle, dont les limites ne sont guère connues. L’Eglise catholique romaine, dont nous faisons partie, est dans notre foi le signe visible sur cette terre de cette grande Eglise universelle, pour l’ensemble du monde.

Cette Eglise est donc à la fois visible et spirituelle :

- visible parce qu’elle est une « société Â» composée d’hommes et de femmes. Et par là-même, pour son fonctionnement, elle est hiérarchisée ;

- spirituelle parce qu’elle est communauté de foi, d’espérance et d’amour, par laquelle nous recevons les grâces de Dieu et sommes en communion les uns avec les autres.

Autrement dit, à la fois humaine et divine, elle est mystère d’union des hommes avec Dieu et entre eux.

II – AIMER L’EGLISE

Si l’Eglise est voulue par le Père, fondée par le Fils, si elle est le Corps du Christ, aimer l’Eglise, cela commence par aimer le Christ. Et comme on ne peut aimer que ce que l’on connaît, cela suppose de connaître qui est Jésus. Et cela se fait par la prière et l’étude de l’Ecriture Sainte.

Et puis, l’Eglise existe dans les communautés locales qui la composent. Ces communautés sont notre diocèse, nos paroisses, nos aumôneries, nos groupes de jeunes, les communautés religieuses… Aimer l’Eglise, c’est donc aimer d’abord nos communautés. Et nos communautés ne sont pas de simples organisations : elles sont composées d’hommes et de femmes, de tous âges et de toutes conditions, avec leurs qualités et leurs défauts, leur grandeur et leur péché.

Toutes nos communautés, quel que soit leur genre, sont ainsi appelées à témoigner de cet amour dans les relations entre leurs membres. Aujourd’hui, beaucoup de personnes souffrent de l’agressivité qui s’exprime dans les relations sociales, mais aussi dans les rapports entre les générations, dans les familles comme dans les institutions d’éducation. Notre Eglise, nos communautés peuvent être des signes que l’on peut vivre autrement. Il nous faut rappeler sans cesse la parole du Christ : « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » [7].

Aimer l’Eglise, c’est aussi aimer ce qu’elle représente, et ce pour quoi elle est faite, c’est-à-dire le moyen habituel que Dieu donne aux hommes pour découvrir l’amour qu’il leur porte. Aimer l’Eglise, c’est croire en elle, parfois malgré les personnes qui la composent et qui peuvent être défaillants. Aimer l’Eglise, c’est aimer ce qu’elle propose, y adhérer et y contribuer. C’est pourquoi une manière d’aimer l’Eglise, c’est de s’y engager, de se mettre au service des autres.

Aimer l’Eglise, c’est enfin la faire aimer ; c’est montrer qu’elle compte dans nos vies. Et là, nous avons à nous demander comment nous parlons de l’Eglise aux autres, comment nous parlons de nos communautés, de notre diocèse, des autres chrétiens, des prêtres, etc. Ne nous étonnons pas que ceux qui sont un peu éloignés de l’Eglise n’y entrent pas si nous ne faisons que la critiquer devant eux. Il est vrai que tout n’est pas parfait dans notre Eglise. Il peut arriver que nous-mêmes, ou d’autres fidèles, ou notre prêtre, même notre évêque, nous ne soyons pas forcément à la hauteur, ou que nous ayons des défauts. Il peut arriver que nous ayons du mal à les supporter. Il est vrai que nous ne choisissons pas ceux font partie de nos paroisses ou de nos groupes. Nous ne choisissons pas non plus la réaction instinctive, le sentiment immédiat que nous avons vis à vis de quelqu’un : il nous plaît ou non. Mais nous choisissons, dans notre liberté, ce que nous faisons de ce sentiment. Or, face aux failles d’un autre, on peut avoir une autre attitude que de se polariser sur elles. On a toujours le choix : face à des limites d’un autre, on peut créditer ou discréditer ; on peut choisir de lui donner toutes les chances de réussir, de l’intégrer, d’en faire un ami, ou empêcher cela. Quand on passe son temps à ne voir que ce qui ne va pas, à critiquer, cela crée un climat déplorable. Il faut donc ne pas laisser s’installer les critiques et les divisions. Il faut donc mettre en place la qualité et même la vertu de vigilance… Ainsi, on n’est pas responsable de ce que l’on éprouve face à quelqu’un. Mais on est responsable de ce qu’on en fait.

III- CONSEQUENCES PRATIQUES ET SPIRITUELLES

Quelles sont les conséquences spirituelles de tout cela ? Elles sont importantes.

Tout d’abord, cette prise de conscience que nous devons faire que l’Eglise, c’est bien nous tous, évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses, laïcs, et pas seulement « l’institution Â» ou la hiérarchie ecclésiale ! Et cette prise de conscience ne doit pas seulement être théorique. Elle doit être au cÅ“ur même de nos actions et de nos manières d’être en Eglise. Cela veut dire que tout, dans l’Eglise, concerne chacun d’entre nous, et pas seulement ceux qui ont sont plus spécifiquement chargés…

Cela veut dire aussi que chaque fois que nous émettons une critique sur l’Eglise, c’est nous-mêmes que nous critiquons ; chaque fois que nous dénonçons une limite de l’Eglise, c’est un appel que nous nous faisons à nous-mêmes pour changer et aller plus loin. Cela veut dire que nous avons à aimer l’Eglise comme nous aimons notre propre corps. C’est St Paul qui dit cela au chapitre 5 de l’épître aux Ephésiens, quand il parle du mariage et fait le parallèle avec l’Eglise : « Le Christ a aimé l'Eglise : il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. Â» [8] Si nous aimons le Christ, nous devons aimer l’Eglise, puisque Jésus l’aime à ce point : ce n’est pas une option.

Sans doute que nous avons souvent à demander un plus grand amour de l’Eglise, un amour véritable. Je crois que souvent l’Eglise à plus besoin d’être aimée que critiquer ; du moins, on ne critique bien et on ne réforme bien que ce que l’on aime vraiment…

Deuxième conséquence : il nous faut ainsi comprendre que nous avons à tout faire pour augmenter l’unité et l’amour de l’Eglise, parce qu’on est dans la ligne de l’amour même de Dieu, on est dans l’œuvre de Dieu.

Nous savons aussi que cette unité, cette communion, cet amour fut le grand souci du Christ avant sa mort, et même en quelque sorte son testament. Elle est l’objet de sa prière [9]. Car briser la communion est un contre témoignage : « Qu’ils soient un pour que le monde croie » [10]. Le Christ ne nous demande pas d’être unis, d’être unis parce que cela fait plus ordonné et que l’Eglise fonctionnera mieux ainsi (ce qui ne serait déjà pas si mal), mais pour la foi du monde. Et on sait bien qu’un des grands obstacles à la conversion du monde est la division des chrétiens. Et chaque fois que nous allons contre cette unité, nous sommes un contre-témoignage… Cela veut dire que rien de nos choix, de nos dévotions, de nos attachements, même spirituels, de nos sensibilités, de nos conceptions théologiques, dans aucun domaine, ne mérite que nous nous mettions en dehors de l’Eglise.

Troisième conséquence : nous avons sans doute compris que l’amour de l’Eglise est à construire d’abord entre nous, au sein de notre groupe de jeunes, par exemple. Mais cela ne suffit pas. La communion ne peut en rester au niveau local. Aimer l’Eglise, cela s’exprime aussi par le fait qu’une communauté donnée travaille avec d’autres communautés. Et là aussi, il n’est pas simple de briser ce que l’on appelle couramment « l’esprit de clocher Â». Et de même que nos divisions entre individus sont de contre-témoignages, de même nos replis communautaristes, nos esprits de clochers vont contre l’extension de l’Evangile. Cela suppose un changement de mentalité pour chacun. Il ne s’agit pas seulement de fonctionnement, mais bien d’amour de l’Eglise.

Mais il y a ensuite l’aspect diocésain de cet amour. Nos communautés n'ont de véritable consistance que si elles sont elles-mêmes fortement reliées à l'Eglise diocésaine. Nous avons à prendre conscience de la dimension diocésaine de l’Eglise : une paroisse, un groupe n’existe pas en dehors d’un diocèse, qui est la cellule fondamentale de l’Eglise universelle. Nous avons ainsi, dans chaque communauté locale, à nous ajuster aux projets diocésains, à les mettre en Å“uvre. L’amour du diocèse évite ainsi aux diverses communautés de se replier sur elles-mêmes et de ne pas se préoccuper des autres.

Et enfin, il y a toute l’Eglise, les autres diocèses, l’Eglise catholique dans son ensemble… Les JMJ vous en montrent une magnifique réalisation. Cette Eglise si souvent critiquée et bafouée injustement... Il nous faut d'ailleurs être capable de répondre à ces critiques grâce à notre formation et à notre prière. Et surtout, il faut avoir un a priori de bienveillance vis-à-vis de cette Eglise et de ceux qui la composent.

Dans une société que l’on dit morose ou démoralisée, nous avons la grâce formidable d’avoir une espérance qui nous fait vivre et de pouvoir la proposer à nos contemporains. Ne manquons pas notre chance ! Nous avons la chance d’avoir à notre disposition une Eglise qui a traversé les siècles, et à qui le Christ a promis qu’il serait toujours présent, qu’il soutiendrait jusqu’au bout. Notre Eglise est belle, malgré ses limites, et je ne connais pas d’institution dont les membres ont une telle liberté de parole, et qui offre tant de choses à l’homme.

Soyez heureux d’être membres de l’Eglise. Remercier le Seigneur pur un tel don. L’Eglise naît du côté ouvert de Jésus Christ sur la Croix et du don de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte. L’Eglise ne nous appartient pas, nous la recevons. Sa grandeur, sa sainteté ne viennent pas de nous, mais du Christ dont elle est le corps. Et son humanité, ses limites, sa pauvreté ne sont pas des tares ; c’est ainsi que Dieu l’a voulue ; c’est ainsi qu’il nous faut l’aimer et la servir.



[1] « Aussi, dès le début de l'Histoire du Salut, Dieu a-t-il choisi des hommes non seulement à titre individuel, mais en tant que membres d'une communauté. Et ces élus, Dieu leur a manifesté son dessein et les a appelés "son peuple". Ce caractère communautaire se parfait et s'achève dans l'Å“uvre de Jésus-Christ. […] Premier-né parmi beaucoup de frères, après sa mort et sa résurrection, par le don de son Esprit, il a institué, entre tous ceux qui l'accueillent par la foi et la charité, une nouvelle communion fraternelle : elle se réalise en son propre Corps, qui est l'Eglise. » (L’Eglise dans le monde de ce temps - Concile Vatican II, 1965, n° 32…39).

[2] Il faut déjà comprendre que l’Eglise ne se limite pas à cette terre, mais que les saints du ciel et les âmes du purgatoire se préparant à y entrer constituent aussi l’Eglise.

[3] Jn 3, 3-5.

[4] Le baptême est le passage dans la mort et la résurrection du Christ : mort au péché, résurrection à la vie divine. Sa mise en oeuvre la plus « normale Â» est le baptême d’eau. Mais il en existe d’autres formes (ex : le baptême de désir).

[5] Cf. Jn 13, 34.

[6] Cf. Mt 5, 13-16.

[7] Jean 13, 35. 

[8] Ephésiens 5, 25-27.

[9] Cf. les chapitres 13 à 17 de St Jean, appelés « prière sacerdotale Â» de Jésus.

[10] Jn 17, 21-23.

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